Zoom sur Shunmyo Masuno

Lorsqu’on parle des jardins zen et des jardins japonais, on évoque une esthétique particulière, mais surtout un savoir-faire, tant traditionnel qu’ouvert à la modernité. Or, un orfèvre en la matière est le moine bouddhiste Shunmyo Masuno, responsable Soto Zen du temple Kenkoh-ji (Yokohama), professeur à la Tama Art University (Tokyo) diplômé de l’Université de l’Agriculture de l’Université de Tamagawa, et également concepteur de tels jardins dans le monde entier.

Tuttle Publishing, 2012.

Ses livres en la matière sont exceptionnels, notamment son ZEN Gardens – The complete works qui, comme le titre l’indique, se veut une rétrospective intégrale.

Son prochain livre à paraître au mois d’Août 2020 sera d’un grand intérêt puisqu’il est constitué sous une forme synthétique, ce qui peut intéresser ceux qui veulent créer un jardin japonais dans un esprit de fidélité à l’essence de cet art, et non vaguement sur quelques critères apparentés. En effet, lorsque des critères authentiques sont respectés, il se dégage une harmonie de l’ensemble et une émotion forte. Mais il demeure que cela reste un art et que chaque artiste concepteur propose sa propre vision dans la correspondance tradition/modernité, tout art devant évoluer pour ne pas se figer et s’étioler.

Ce livre à paraître le 18 Août 2020 s’intitule Zen Garden Design: Mindful Spaces, toujours chez le même éditeur Tuttle Publishing. Voici un extrait de la quatrième de couverture :

« It features 16 unique gardens and contemplative landscapes completed in six countries over as many years-all thoughtfully described and documented in full-color photos and drawings. Readers will also find insights on Masuno’s philosophy of garden design and a conversation between the designer and famed architect Terunobu Fujimori. Zen Garden Design provides an in-depth examination of Masuno’s gardens and landscapes-not just as beautiful spaces, but as places for meditation and contemplation« .

Dans ce livre à paraître, seront présentés 16 jardins exceptionnels à travers 6 pays, ainsi qu’un dialogue instructif avec l’architecte et historien de l’architecture Terunobu Fujimori, extrêmement audacieux dans son art et dont voici une conférence traduite en français (une vidéo postée par Ensa Strasbourg) :

Shunmyo Masuno étant bouddhiste, il enseigne aussi la voie de la simplicité zen dont deux ouvrages sont disponibles en français :

Ces thématiques ont tout de même un lien avec l’esprit des jardins zen car c’est grâce au caractère dépouillé qu’est mieux mise en valeur une chose simple, naturelle. De plus, ces jardins ont une vocation contemplative (l’esthétique au sens étymologique grec aisthesis est en lien avec la « sensibilité », la « sensation »), afin de pouvoir accéder, par la méditation, à l’essence, au substrat derrière l’impermanence des choses. Le caractère dépouillé est donc savamment recherché, entretenu.

Ici, un lien pour voir quelques-uns de ses travaux (relayés par le site kenkohji.jp du temple dont il a la charge).

Voici quelques exemples d’une certaine audace de Shunmyo Masuno dans le mariage tradition/modernité :

Crédit photo : Tuttle Publishing. Source : Zen Gardens, the Complete Works.

Ci-dessus la juxtaposition du naturel (roche à l’état pur)/artificiel (le mur) avec deux types de roches en verticalité. Et rappel des couleurs entre le métal du fond et la pierre grise devant. Le vert produit une belle harmonie avec le marron/brun et le gris.

Crédit photo : Tuttle Publishing. Source : Zen Gardens, the Complete Works.

Ci-dessus, les Nassim Park Residences à Singapour. Un beau mélange des textures de roche (lissé/brossé au premier) et une audace : un rocher flottant au milieu du petit bassin qui contraste par sa blancheur. Réalisé en 2008.

Crédit photo : Tuttle Publishing. Source : Zen Gardens, the Complete Works.

Encore une grande audace pour ce banc en bois de ceriser et en granit juxtaposé. Le bois et la pierre sont des bases traditionnelles dans le jardin zen. On appréciera aussi l’aspect laqué du bois et ses reflets. Et bien sûr, la perspective qui n’est jamais absente des jardins traditionnels. Tout un jeu entre les roches (carrelage, banc en double granit, roches du fond). Il s’agit d’une place au cœur d’une résidence. Source : Zen Gardens, p. 194.

Crédit photo : Tuttle Publishing. Source : Zen Gardens, the Complete Works.

Ci-dessus, une vue plongeante du Museum of Civilization d’Ottawa (Canada) en 1995. Les courbes des graviers et du chemin de pierres répondent aux courbes architecturales du Museum. Encore un beau mariage entre tradition et modernité avec ces petit îlots vert dans la terre.

Crédit photo : Tuttle Publishing. Source : Zen Gardens, the Complete Works.

Encore une démonstration de son audace, entre modernité et tradition, le jeu des matières et le rappel des couleurs est époustouflant ! Il s’agit du Canadian Embassy à Tokyo (1991).

Crédit photo : Tuttle Publishing. Source : Zen Gardens, the Complete Works.

Magnifique transition entre l’espace intérieur et extérieur (p. 101). Il s’agit d’un Museum.

Crédit photo : Tuttle Publishing. Source : Zen Gardens, the Complete Works.

Dialectique entre la matière granulée du gravier et lisse des dalles, en respectant une même direction, le tout uni dans une même couleur.

Crédit photo : Tuttle Publishing. Source : Zen Gardens, the Complete Works.

Incrustation du naturel dans de l’artificiel et de la pierre dans un dallage, ce qu’il pratique assez souvent, aussi bien horizontalement, que verticalement. La pierre met en valeur la pierre dans le rapport lisse/rugueux (texture) et jeu des teintes.

Il fait aussi des choses purement traditionnelles, mais nous avons voulu ici montrer quelques créations assez originales afin de démontrer que l’art zen des jardins n’existe pas uniquement tourné vers le passé. Il a aussi un bel avenir avec des mariages étonnants dans les matières, les textures, les couleurs et les lignes, les surfaces.

Shunmyo Masuno n’est pas qu’un moine bouddhiste épris de zen, c’est aussi un esthète très sensible, ancré dans l’art contemporain des jardins japonais. Il sait innover sans dénaturer au sens double du terme : sans quitter la nature, et sans rompre avec l’esprit traditionnel pour autant. Le jardin zen est un art de la sensibilité qui nous rend attentif aux petits détails et à la simplicité des matières du vivant.

C’est cependant un art qui cultive un paradoxe car le lien à la nature est consubstantiel et pourtant cette esthétique ne se trouve pas partout, elle est « construite », singulière, atypique. C’est un art qui a ses règles. Sans doute qu’un méditant zen sent en lui-même ce nécessaire rayonnement de chaque « pièce naturelle » qui ne doit pas être étouffée par une autre, mais entrer en harmonie, en correspondance. Il fait partie de ces artistes qui font le lien entre architecture et nature, passé et enjeux présents orientés vers le futur. C’est ainsi que l’essence du zen démontre qu’elle appartient à tout âge dans sa simplicité, son harmonie, son regard porté sur les choses, même si elles demeurent impermanentes.

Le 26 juin 2018, de 17h30 à 19h, il a tenu une conférence intitulée « The Art and Philosophy of Zen Garden Design » à la Brown University (Rhode Island, USA). Pour les anglophones, en voici l’archive audiovisuelle :

Sciences noétiques et Nature interconnectée

Q-zone – Q comme Quantique

Nous assistons depuis quelque temps à une émergence entre science(s) et conscience(s) selon le paradigme d’une interconnexion au sein du vivant. En effet, de plus en plus de recherches scientifiques parviennent à démontrer que le vivant ne vit pas dans une condition aussi isolée qu’il y paraît à première vue.

Peut-être avez-vous pu voir sur France 5, un documentaire assez exceptionnel d’Emmanuelle Nobécourt : « Le génie des arbres » (2020). Bien construit et bien documenté, montant en puissance, il a été démontré qu’un arbre – comme toute plante – effectue des partenariats avec le vivant pour bien s’adapter, par exemple, avec des champignons au niveau de ses racines (l’arbre donne des sucres et recueille énormément de bactéries utiles en retour), et qu’il n’est pas exagéré de parler d’une « intelligence adaptative » à son encontre. Le documentaire a montré également qu’il existait une logique bien plus efficace que la compétition darwinienne du plus fort : l’entraide entre espèces par complémentarité. Puis, il s’est achevé sur un cri d’alarme car il est urgent de reboiser si nous voulons enrayer le réchauffement climatique actuel. L’arbre est une petite usine de traitement du Co2 qu’il convertit en oxygène, il entretient un cycle indispensable et si nous déboisons massivement, nous cassons ce cycle. Mais ce cri d’alarme n’est pas représentatif de l’intelligence de ce documentaire. Ce qui était passionnant était de voir toutes les expériences scientifiques ingénieuses pour démontrer que l’arbre était bourré de capteurs complexes pour connaître son milieu et se dresser toujours vers le haut. Tel un serpent, « il croît en dandinant » (selon des formules mathématiques connues), mais se rattrape toujours en se dirigeant en fonction de la pesanteur. Il est aussi capable de renforcer sa base (en épaississant l’écorce de son tronc), afin de plier sans casser car il détecte aussi les forces du vent. Bref, notre concept d' »arbre » a des limites car comme tous les concepts, ils sont limitatifs, désignatifs, alors que la réalité qu’a exposé ce documentaire : c’est l’interconnexion.

Crédit illustration : « Il était une forêt – Apprendre la nature »

Un autre documentaire de 2013, « Il était une forêt » de Luc Jacquet, avait montré la communication à distance par les molécules d’éthylène entre acacias (pour sécréter du tanin dans les feuilles afin d’anticiper et de se protéger d’animaux voraces de feuilles tels les koudous), ce documentaire « Le génie des arbres » a fait de même avec le sous-sol : « la face cachée des arbres », pourrait-on dire.

Ces documentaires sont représentatifs de ce qui anime les sciences noétiques. Le concept de « noèse » est très utilisé en philosophie et en phénoménologie, mais il s’agit toutefois de recherches moins conceptuelles et abstraites, et beaucoup plus orientées vers une convergence entre science et conscience, esprit et spiritualité comme si la relève de la parapsychologie était assurée dans une vision et une version 2.0. La « noèse » est « l’acte de penser » dans son intellection pure, mais suscite d’autres outils conceptels comme le « noème » car nul ne pense « dans le vide ». Le « noème » est son corrélatif : l’objet pensé. Ce qui est novateur dans ces nouvelles sciences noétiques, c’est de braver avec audace les préjugés matérialistes et d’aller voir un peu plus loin que le bout de son nez ou plutôt des neurones électriques. Et c’est sans doute l’apport de la physique quantique qui favorise cela : réintroduire la conscience, ainsi que le spatial, la distance, le « télé » (du grec ancien τῆλε, tễle pour « loin »). Eh oui, il y a de la science possible au-delà du matérialisme pur et dur. Pourquoi la science se limiterait-elle uniquement au champ du visible et du tangible ? C’est peut-être très rassurant pour certains, mais quantités d’objets scientifiques ne sont pas visibles (les trous noirs, par exemple). Ils sont déduits ou induits par calculs et observations. Soulignons donc que nous ne sommes pas sur le terrain des « pseudo-sciences » car ce sont des scientifiques, des chercheurs en laboratoires qui effectuent des expériences en tout point reproductibles selon des protocoles précis. Mais ils bravent des tabous, bien que ces sciences soient encore balbutiantes.

L’interconnexion semble être une problématique très actuelle, un enjeu également, notamment pour les technologies avec les objets communiquants dont les robots de plus en plus miniaturisés. Mais les sciences noétiques sont le versant humain de la même problématique. Nul doute que ces deux versants (objets robotisés connectés et consciences reliées) nous engagent à grande vitesse dans une nouvelle civilisation et un nouveau paradigme.

Quelques références :

Le livre de Roger D. Nelson, préfacé par Dean Radin : Connected : The emergence of Global Consciousness, ICRL Press, 2019.

Au terme des expériences relatées à l’échelle mondiale, Roger Nelson expose son constat :

« Ces idées et ces conclusions sont soutenues par d’autres recherches de diverses façons, mais je les considère comme directement issues du travail du Projet de l’Émergence de la Conscience Globale (EGC) :

La Conscience est présente dans le monde. La Conscience est étendue et non locale. Les êtres humains sont connectés à un profond niveau. L’esprit peut avoir des effets que nous n’avons pas imaginés. L’intention collective a des conséquences. Lorsque nous sommes cohérents [tous unis], nous créons une Noosphère [thème notamment développé par Teilhard de Chardin, mais dans un sens différent]. Il est temps d’accepter l’Unité [oneness] comme une sagesse moderne » (Connected : The emergence of Global Consciousness, op. cit., p. 258).

Vocabulaire (proposé par Ulluriaq – car ce n’est pas dans le livre)

Noosphère : mot construit sur le grec ancien νοῦς ou Noûs (l’Intellect). Il s’agit de l’hypothèse d’une sphère au sens de « niveau de réalité » regroupant en son sein toutes les pensées, toutes les idées, voire tous les Intellects de façon interconnectée. Par exemple, les artistes (romanciers, musiciens, etc.), voire les penseurs (philosophes, scientifiques, inventeurs, etc.) pourraient puiser dans la Noosphère, des idées avant qu’elles ne se concrétisent dans des projets physiques (Cf. Demain est écrit de Pierre Bayard, Minuit, 2005), ce qui permettrait de mettre au point des inventions en même temps (par des moyens différents), voire même de prévoir des événements avant qu’ils ne se produisent.

Cf. Platon et « le monde des Idées« , Teilhard de Chardin et le développement possible de l’intellect humain, « l’Intellect agent » et « l’intellect patient » d’Averroès dans L’intelligence et la pensée (Flammarion, 1998) extrapolé d’après le De Anima d’Aristote, contextualisé historiquement dans Noétique et théorie de la connaissance dans la philosophie arabe (Vrin, 2020), qui ne sont que quelques exemples d’une possible « Noosphère » en philosophie.

Sur le rapport entre biosphère et Noosphère, cf. Integral Ecology : Uniting Multiple perspectives on the Natural World by Sean Esbjorn-Hargens and Michael Zimmerman, Integral Books, 2009. Ainsi que le livre de Lew Howard, Introducing Ken Wilber : Concepts for an Evolving World, AutorHouse, 2005.

Ce livre de Roger D. Nelson, Connected, n’est pas traduit en français. Néanmoins Dean Radin a écrit deux ouvrages traduits en français : La conscience invisible (Presses du Châtelet, 2000) et Superpouvoirs ? Science et Yoga : enquête sur les facultés extraordinaires de l’homme (InterEditions, 2014). Dean Radin a préfacé Connected, car il est lui-même l’auteur de The Noetic Universe : the scientific evidence for Psychic Phenomena, Corgi, 1997, 2009 – ouvrage dans lequel il envisage une métaphysique (p. 277) et les implications théoriques (quatrième partie, p. 309 et 323).

On peut lire la biographie de Dean Radin en français ici.

The INSTITUTE OF NOETICS SCIENCE (IONS) cofondé en 1973 par l’ancien astronaute Edgar MITCHELL.

Institut dont j’ai découvert l’existence par le livre Connected. Ils entretiennent un blog ici. Ce qui permet de voir l’étendue de leurs recherches et centres d’intérêt.

L’Institut Suisse des Sciences NOEtiques (ISSNOE)

Ils ont édité un livre : Voyage aux confins de la conscience (Trédaniel La Maisnie, 2016). Les auteurs et chercheurs scientifiques sont Sylvie Dethiollaz (Docteure ès sciences, mention biologie moléculaire à l’université de Genève) et Claude Charles Fourrier (psychothérapeute spécialisé dans les États Modifiés de Conscience). Ce dernier a d’ailleurs publié un livre sur le sujet, coécrit avec Sylvie Dethiollaz :

États modifiés de conscience : NDE, OBE et autres expériences aux frontières de l’esprit, Favre, 2011.

Il y a et aura sûrement d’autres instituts de recherches car les sciences noétiques peuvent faire des investigations dans de nombreuses directions car plus nombreux sont les outils (tant conceptuels que technologiques), plus nombreuses seront les applications et sphères de recherches.

Mathieu Ricard, ancien scientifique et bouddhiste

Nous pouvons aussi ajouter que toutes les recherches scientifiques qui visent à démontrer les ondes émises par le cerveau pendant une méditation profonde vont en ce sens. Nous pensons par exemple à Mathieu Ricard qui était scientifique (titulaire d’un Doctorat en génétique et qui a travaillé à l’Institut Pasteur) avant de devenir bouddhiste et de se prêter à des expériences (dans des centres IRM avec des électrodes) pour faire avancer la science en ce domaine.

Crédit : Jeph Miller

Avec le neuroscientifique Wolf Singer, il a rédigé un livre qui résume bien sa démarche : Cerveau et méditation – Dialogue entre le bouddhisme et les neurosciences, Allary, 2017.

Sa démarche volontariste a eu un bon impact en médecine notamment pour attester que les médicaments ne sont pas les seuls palliatifs pour apporter une détente nerveuse et psychique. Dans notre société hyper stressée car de plus en plus productive et rapide, la divulgation des connaissances ancestrales des diverses spiritualités (elles sont nombreuses et ne se limitent pas au bouddhisme) peuvent être très utiles. Pour les esprits occidentaux, la science représente une porte d’accès, une invitation possible à de plus larges prises de conscience dont l’écologie et l’environnement : tout est lié, tout est relié !

Des espèces rares refont surface

On aurait pu croire que nos actions destructrices sur les écosystèmes étaient irréversibles. Sur ce blog, nous préférons mettre en lumière ce qui redonne des lueurs d’espoir pour l’avenir – du moins si nos choix sont différents dans le monde d’après, c’est-à-dire si nous ne reproduisons pas les erreurs du passé. Or, voici quelques surprises : des espèces rares ou menacées ont refait surface puisque l’homme ne détruit plus, en ce moment de confinement largement généralisé à l’échelle planétaire, leur milieu de vie, leur habitat naturel.

La tortue luth

C’est le cas, par exemple, de la « tortue luth » qui a été sévèrement menacée pour plusieurs raisons : ses lieux de ponte sont souvent détruits (quand les espaces naturels ne sont pas protégés contre la présence humaine), confondant les méduses dont elle se nourrit, elle mange parfois des sacs plastiques, ce qui lui provoque des occlusions intestinales. Lors des pêches au filet, elle est souvent prise dedans en raison de sa taille. Même si cette espèce est la plus grosse des tortues existantes, elle est fragile vis-à-vis de la pollution dont celles des ondes dont les animaux se servent pour s’orienter dans l’espace. On a pu constater, en effet, que des tortues luth s’échouaient sur les plages. Or, avec 300 kg de poids en moyenne (en raison de la carapace), cette erreur d’orientation lui est fatale, le plus souvent. Elle est aussi l’objet de braconage pour sa carapace et sa peau. Bref, elle n’avait pas beaucoup de chance de survivre. Son espèce était menacée. Elle l’est sans doute encore car le coronavirus n’est qu’un répit. Mais c’est un répit dont elle a su profiter, par exemple, en Thaïlande où cela faisait cinq ans qu’on ne trouvait plus de nids sur les plages en raison des touristes. Onze nids de tortues luth ont été dénombré depuis novembre 2019, ce qui a réjoui notamment Kongkiat Kittiwatanawongassure, directeur du centre de biologie marine de Phuket :

Crédit photo : sailorsforthesea.org

Le dauphin rose

Ils pourraient disparaître comme les « Barbapapas » des années 70 (personnage rose de dessin animé créé par Taylus Taylor et sa femme), non pour cause d’abus de drogue, mais de mercure absorbé en trop grande quantité comme c’est le cas en Amazonie. Dans ce pays, la cause en est la fièvre de l’or (l’orpaillage). Le mercure est utilisé pour séparer l’or des autres minéraux : les dauphins – et les poissons (consommés par les hommes) – l’absorbent. Mais les déforestations et les incendies de forêts (si nombreux depuis l’été et ce passage 2019/2020) favorisent aussi l’apparition du mercure naturel dans l’eau. Le mercure est biodégradable, mais très lentement : une centaine d’années en moyenne… L’homme pressé et inconscient dépasse le rythme naturel du rééquilibre harmonieux. À l’échelle du monde, les causes de sa disparition sont liées toujours à la pollution dont les ondes qui perturbent son sonar, ainsi que le bruit produit par la surpêche, et la perte de son habitat.

Le dauphin rose est donc menacé, classé en liste rouge par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) car il ne se reproduit que tous les trois à cinq ans. La bonne nouvelle nous vient aussi de Thaïlande où dans le golfe près de l’île de Ko Pha Ngan, 150 individus osent montrer le bout de leur nez.

Le pêcheur Chaiyot Saedan a posté une vidéo sur Youtube en faisant partager sa joie : jamais, il n’aurait imaginé voir un dauphin rose de ses yeux !

Crédit photo : Chainarong Phrammanee

Le requin-baleine

Les requins jouissent d’une mauvaise réputation, cependant le requin-baleine est une exception car pour sa part, il se nourrit exclusivement de petites proies, les absorbant à la façon des baleines en aspirant une grande quantité d’eau (krill, phytoplancton, algues, petits crustacés dont certains inconnus, calmars, larves de crabe et petits poissons). Il n’est donc pas dangereux pour l’homme. De plus, il est calme et pacifique. Il est aussi en voie d’extinction selon l’UICN et se trouve parfois en mauvaise posture en raison des pếcheurs. En effet, il peut se retrouver piégé par leurs cordes.

Profiant du confinement, le requin-baleine s’aventure un peu… jusqu’au port de Brest, par exemple.

Lorsque l’homme se retire, on constate que son absence favorise l’épanouissement et la liberté de circulation des animaux. Cela n’est pas très étonnant. Mais ce constat pourrait favoriser une prise de conscience collective car si nous le voulions, nous pourrions apprendre à vivre en coopération avec la nature, plutôt que de la détruire, sachant qu’à ce rythme de destruction, l’homme ne peut qu’en pâtir indirectement. C’est la raison pour laquelle, nous relayons la remarque et la crainte de Sea Shepherd, présidente et co-fondatrice d’une ONG 100% indépendante Sea Sheperd France (fondée en 1977), lors d’un entretien mené par Lamya Essemlali :

« On voit effectivement des animaux, des baleines ou des dauphins, se rapprocher des côtes. Mais il ne faut pas confondre ceci avec une explosion de la vie. C’est simplement qu’on a laissé un espace vacant. Les animaux qui se tenaient éloignés de nos activités ont, d’un seul coup, un espace qui leur est laissé. C’est malheureusement quelque chose qui va s’annuler, de facto, quand l’activité humaine va reprendre comme avant le confinement (…) Si la vie est en train de s’effondrer, c’est parce que nous prenons trop de place, que nous investissons tous les espaces, et nous n’en laissons pas suffisamment à la vie sauvage. Je ne crois donc pas que l’on puisse s’en satisfaire, au contraire. Nous sommes même plutôt inquiets de ce qui va se passer à la levée du confinement. Certains bateaux de pêche sont restés à quai, et on craint que certains pêcheurs veuillent rattraper le retard et passent encore plus de temps en mer. Certaines habitudes perdues, notamment le fait de manger du poisson, vont reprendre. Ce très court répit donné à l’océan risque donc de n’avoir aucun effet. Egalement parce qu’il est trop court. On peut donc craindre que l’après soit encore pire... « .

En effet, il nous est possible de continuer la même fuite en avant, pendant ou entre les vagues du Covid-19 et après. Nous pillons nos ressources naturelles et considérons le vivant comme une abondance infinie de marchandises. Des lois et des sanctions plus justes pourraient permettre d’éviter ou de contenir les abus. Cela pourrait contribuer aux prises de conscience envers le nécessaire respect que nous devons au vivant. Vivre en harmonie avec son environnement doit devenir une éducation. Il serait bon que nos politiques entendent les considérations écologiques lorque nous comprenons que nous vivons tous sur la même planète et que l’effet domino est une réalité. Nous voulions ignorer le SARS-CoV-2 parce qu’il était lointain et il a touché le monde entier en quelques mois. La planète est aujourd’hui devenu un village.

Il faut se rappeler ce que disait Michel Serres, qui nous a quitté l’an dernier (le 1er Juin 2019) :

« Il faudrait trouver un avocat à la nature. (…) Nous dépendons de ce qui dépend de nous« .

Cette citation est issu de son livre Le contrat naturel, devenu son testament philosophique.

Les villes changent d’air

Les images de la NASA et de l’ESA (European Space Agency) sont impressionnantes : la mise à l’arrêt des entreprises qui polluaient l’environnement a produit un impact nettement visible sur la baisse de pollution dans l’atmosphère (dioxyde d’azote ou N02) et sur les gaz à effet de serre. Voici le ciel au-dessus de la Chine à seulement un mois d’intervalle :

Source : NASA

En ce qui concerne la France, voici deux photos à une année d’intervalle :

Source : ESA

L’Italie, toujours avec une année d’intervalle :

Source : ESA

Ces images de l’ESA proviennent du satellite Sentinel-5P (programme Copernicus) qui utilise des capteurs pour analyser l’évolution de la terre en observant l’état de l’atmosphère, celui de l’océan, ainsi que les sols. Sentinel 5P utilise un instrument nommé « TROPOMI » (TROPOspheric Monitoring Instrument), développé aux Pays-Bas. Cet instrument permet de cartographier des éléments polluants tels que le dioxyde d’azote, le méthane, le monoxyde de carbone, ainsi que des aérosols (mélanges de particules ou de gouttes de liquide dans un gaz).

Simonetta Cheli, chef du bureau de la stratégie, des programmes et de la coordination au département de l’Observation de la Terre de l’ESA estime qu’il y a eu une diminution d’au moins 30 % du dioxyde de carbone sur la durée d’une année au-dessus des grandes capitales d’Europe du sud.

Si vous souhaitez plus d’informations sur l’état de l’Europe et la prise de ces données, voici le lien du site de l’ESA.

Espérons que cela éveille plus encore la conscience collective vis-à-vis de l’écologie qui n’est encore que peu prise en compte dans les programmes politiques, concrètement sur le terrain. Nous pourrions faire beaucoup plus si nous le voulions vraiment, tant à l’échelle nationale, européenne, que mondiale. Si nous voulons laisser une chance aux générations futures, notre action collective pourrait faire la différence. Le cosmologiste Aurélien Barrau écrivait dans son livre Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité :

« La vie, sur Terre, est en train de mourir. L’ampleur du désastre est à la démesure de notre responsabilité. L’ignorer serait aussi insensé que suicidaire. Plus qu’une transition, je pense qu’il faut une révolution« .