Sciences noétiques et Nature interconnectée

Q-zone – Q comme Quantique

Nous assistons depuis quelque temps à une émergence entre science(s) et conscience(s) selon le paradigme d’une interconnexion au sein du vivant. En effet, de plus en plus de recherches scientifiques parviennent à démontrer que le vivant ne vit pas dans une condition aussi isolée qu’il y paraît à première vue.

Peut-être avez-vous pu voir sur France 5, un documentaire assez exceptionnel d’Emmanuelle Nobécourt : « Le génie des arbres » (2020). Bien construit et bien documenté, montant en puissance, il a été démontré qu’un arbre – comme toute plante – effectue des partenariats avec le vivant pour bien s’adapter, par exemple, avec des champignons au niveau de ses racines (l’arbre donne des sucres et recueille énormément de bactéries utiles en retour), et qu’il n’est pas exagéré de parler d’une « intelligence adaptative » à son encontre. Le documentaire a montré également qu’il existait une logique bien plus efficace que la compétition darwinienne du plus fort : l’entraide entre espèces par complémentarité. Puis, il s’est achevé sur un cri d’alarme car il est urgent de reboiser si nous voulons enrayer le réchauffement climatique actuel. L’arbre est une petite usine de traitement du Co2 qu’il convertit en oxygène, il entretient un cycle indispensable et si nous déboisons massivement, nous cassons ce cycle. Mais ce cri d’alarme n’est pas représentatif de l’intelligence de ce documentaire. Ce qui était passionnant était de voir toutes les expériences scientifiques ingénieuses pour démontrer que l’arbre était bourré de capteurs complexes pour connaître son milieu et se dresser toujours vers le haut. Tel un serpent, « il croît en dandinant » (selon des formules mathématiques connues), mais se rattrape toujours en se dirigeant en fonction de la pesanteur. Il est aussi capable de renforcer sa base (en épaississant l’écorce de son tronc), afin de plier sans casser car il détecte aussi les forces du vent. Bref, notre concept d' »arbre » a des limites car comme tous les concepts, ils sont limitatifs, désignatifs, alors que la réalité qu’a exposé ce documentaire : c’est l’interconnexion.

Crédit illustration : « Il était une forêt – Apprendre la nature »

Un autre documentaire de 2013, « Il était une forêt » de Luc Jacquet, avait montré la communication à distance par les molécules d’éthylène entre acacias (pour sécréter du tanin dans les feuilles afin d’anticiper et de se protéger d’animaux voraces de feuilles tels les koudous), ce documentaire « Le génie des arbres » a fait de même avec le sous-sol : « la face cachée des arbres », pourrait-on dire.

Ces documentaires sont représentatifs de ce qui anime les sciences noétiques. Le concept de « noèse » est très utilisé en philosophie et en phénoménologie, mais il s’agit toutefois de recherches moins conceptuelles et abstraites, et beaucoup plus orientées vers une convergence entre science et conscience, esprit et spiritualité comme si la relève de la parapsychologie était assurée dans une vision et une version 2.0. La « noèse » est « l’acte de penser » dans son intellection pure, mais suscite d’autres outils conceptels comme le « noème » car nul ne pense « dans le vide ». Le « noème » est son corrélatif : l’objet pensé. Ce qui est novateur dans ces nouvelles sciences noétiques, c’est de braver avec audace les préjugés matérialistes et d’aller voir un peu plus loin que le bout de son nez ou plutôt des neurones électriques. Et c’est sans doute l’apport de la physique quantique qui favorise cela : réintroduire la conscience, ainsi que le spatial, la distance, le « télé » (du grec ancien τῆλε, tễle pour « loin »). Eh oui, il y a de la science possible au-delà du matérialisme pur et dur. Pourquoi la science se limiterait-elle uniquement au champ du visible et du tangible ? C’est peut-être très rassurant pour certains, mais quantités d’objets scientifiques ne sont pas visibles (les trous noirs, par exemple). Ils sont déduits ou induits par calculs et observations. Soulignons donc que nous ne sommes pas sur le terrain des « pseudo-sciences » car ce sont des scientifiques, des chercheurs en laboratoires qui effectuent des expériences en tout point reproductibles selon des protocoles précis. Mais ils bravent des tabous, bien que ces sciences soient encore balbutiantes.

L’interconnexion semble être une problématique très actuelle, un enjeu également, notamment pour les technologies avec les objets communiquants dont les robots de plus en plus miniaturisés. Mais les sciences noétiques sont le versant humain de la même problématique. Nul doute que ces deux versants (objets robotisés connectés et consciences reliées) nous engagent à grande vitesse dans une nouvelle civilisation et un nouveau paradigme.

Quelques références :

Le livre de Roger D. Nelson, préfacé par Dean Radin : Connected : The emergence of Global Consciousness, ICRL Press, 2019.

Au terme des expériences relatées à l’échelle mondiale, Roger Nelson expose son constat :

« Ces idées et ces conclusions sont soutenues par d’autres recherches de diverses façons, mais je les considère comme directement issues du travail du Projet de l’Émergence de la Conscience Globale (EGC) :

La Conscience est présente dans le monde. La Conscience est étendue et non locale. Les êtres humains sont connectés à un profond niveau. L’esprit peut avoir des effets que nous n’avons pas imaginés. L’intention collective a des conséquences. Lorsque nous sommes cohérents [tous unis], nous créons une Noosphère [thème notamment développé par Teilhard de Chardin, mais dans un sens différent]. Il est temps d’accepter l’Unité [oneness] comme une sagesse moderne » (Connected : The emergence of Global Consciousness, op. cit., p. 258).

Vocabulaire (proposé par Ulluriaq – car ce n’est pas dans le livre)

Noosphère : mot construit sur le grec ancien νοῦς ou Noûs (l’Intellect). Il s’agit de l’hypothèse d’une sphère au sens de « niveau de réalité » regroupant en son sein toutes les pensées, toutes les idées, voire tous les Intellects de façon interconnectée. Par exemple, les artistes (romanciers, musiciens, etc.), voire les penseurs (philosophes, scientifiques, inventeurs, etc.) pourraient puiser dans la Noosphère, des idées avant qu’elles ne se concrétisent dans des projets physiques (Cf. Demain est écrit de Pierre Bayard, Minuit, 2005), ce qui permettrait de mettre au point des inventions en même temps (par des moyens différents), voire même de prévoir des événements avant qu’ils ne se produisent.

Cf. Platon et « le monde des Idées« , Teilhard de Chardin et le développement possible de l’intellect humain, « l’Intellect agent » et « l’intellect patient » d’Averroès dans L’intelligence et la pensée (Flammarion, 1998) extrapolé d’après le De Anima d’Aristote, contextualisé historiquement dans Noétique et théorie de la connaissance dans la philosophie arabe (Vrin, 2020), qui ne sont que quelques exemples d’une possible « Noosphère » en philosophie.

Sur le rapport entre biosphère et Noosphère, cf. Integral Ecology : Uniting Multiple perspectives on the Natural World by Sean Esbjorn-Hargens and Michael Zimmerman, Integral Books, 2009. Ainsi que le livre de Lew Howard, Introducing Ken Wilber : Concepts for an Evolving World, AutorHouse, 2005.

Ce livre de Roger D. Nelson, Connected, n’est pas traduit en français. Néanmoins Dean Radin a écrit deux ouvrages traduits en français : La conscience invisible (Presses du Châtelet, 2000) et Superpouvoirs ? Science et Yoga : enquête sur les facultés extraordinaires de l’homme (InterEditions, 2014). Dean Radin a préfacé Connected, car il est lui-même l’auteur de The Noetic Universe : the scientific evidence for Psychic Phenomena, Corgi, 1997, 2009 – ouvrage dans lequel il envisage une métaphysique (p. 277) et les implications théoriques (quatrième partie, p. 309 et 323).

On peut lire la biographie de Dean Radin en français ici.

The INSTITUTE OF NOETICS SCIENCE (IONS) cofondé en 1973 par l’ancien astronaute Edgar MITCHELL.

Institut dont j’ai découvert l’existence par le livre Connected. Ils entretiennent un blog ici. Ce qui permet de voir l’étendue de leurs recherches et centres d’intérêt.

L’Institut Suisse des Sciences NOEtiques (ISSNOE)

Ils ont édité un livre : Voyage aux confins de la conscience (Trédaniel La Maisnie, 2016). Les auteurs et chercheurs scientifiques sont Sylvie Dethiollaz (Docteure ès sciences, mention biologie moléculaire à l’université de Genève) et Claude Charles Fourrier (psychothérapeute spécialisé dans les États Modifiés de Conscience). Ce dernier a d’ailleurs publié un livre sur le sujet, coécrit avec Sylvie Dethiollaz :

États modifiés de conscience : NDE, OBE et autres expériences aux frontières de l’esprit, Favre, 2011.

Il y a et aura sûrement d’autres instituts de recherches car les sciences noétiques peuvent faire des investigations dans de nombreuses directions car plus nombreux sont les outils (tant conceptuels que technologiques), plus nombreuses seront les applications et sphères de recherches.

Mathieu Ricard, ancien scientifique et bouddhiste

Nous pouvons aussi ajouter que toutes les recherches scientifiques qui visent à démontrer les ondes émises par le cerveau pendant une méditation profonde vont en ce sens. Nous pensons par exemple à Mathieu Ricard qui était scientifique (titulaire d’un Doctorat en génétique et qui a travaillé à l’Institut Pasteur) avant de devenir bouddhiste et de se prêter à des expériences (dans des centres IRM avec des électrodes) pour faire avancer la science en ce domaine.

Crédit : Jeph Miller

Avec le neuroscientifique Wolf Singer, il a rédigé un livre qui résume bien sa démarche : Cerveau et méditation – Dialogue entre le bouddhisme et les neurosciences, Allary, 2017.

Sa démarche volontariste a eu un bon impact en médecine notamment pour attester que les médicaments ne sont pas les seuls palliatifs pour apporter une détente nerveuse et psychique. Dans notre société hyper stressée car de plus en plus productive et rapide, la divulgation des connaissances ancestrales des diverses spiritualités (elles sont nombreuses et ne se limitent pas au bouddhisme) peuvent être très utiles. Pour les esprits occidentaux, la science représente une porte d’accès, une invitation possible à de plus larges prises de conscience dont l’écologie et l’environnement : tout est lié, tout est relié !

La lumière manipulée à l’échelle nanométrique

Q-zone – Q comme Quantique

La lumière est matière (onde et corpuscule à la fois) : elle peut être manipulée. Tout comme l’art japonais du kirigami : le pliage et découpage de papier. Les applications seront nombreuses, aussi bien pour l’informatique quantique et la cryptographie, l’imagerie médicale, le cinéma holographique :

« Nous avons pu enregistrer des films holographiques d’objets en mouvement rapide en utilisant des impulsions électroniques ultra-courtes pour former les hologrammes » (déclaration de Fabrizio Carbone du laboratoire à l’EPFL en Suisse).

De tels rayons de lumière « nano-kirigamisée » peuvent créer de parfaits crop-circles… à une toute autre échelle !

Agroglyphe du 19 Juillet 2007, Wiltshire, Martinsell Hill (Angleterre)

Ou bien des figures de Chladni puisqu’on utilise des sons pour moduler la lumière à l’échelle nanométrique.

Un texte accessible à tous ici sur la lumière à l’échelle du nanomètre dont l’auteur est Jean-Jacques Greffet de l’Université Paris-Saclay. Il répond à la question qu’est-ce que la « nano-optique » et pourquoi vouloir manipuler la lumière à l’échelle du nanomètre. Une bonne entrée en matière… luminique.

Ici un texte qui explique que la loi de Plank ne fonctionne plus à l’échelle nanométrique – une découverte publiée dans la revue Nature.

Et ici, un texte très simple d’introduction à la nanoscience et la nanotechnologie avec ses diverses applications. Il s’agit d’un cours que l’on doit à Olivier Martin, Directeur de Recherches à l’INRA Le Moulon.