Méditation collective du 02/02/2022 à 22h

En ces temps si perturbés, nous avons tous besoin de retrouver ou conforter notre équilibre psycho-spirituel.

Nous ne voyons aucune compassion à la TV qui s’est vendue au service des lobbies et de l’État pour tous ces gens décédés des vaccins ou devenus handicapés, malades, souffrants. Nous ne voyons aucune compassion pour tous ceux qui ont perdu leurs proches en raison des vaccins, des déprogrammations en service hospitalier et anciennement du Covid. Aucune compassion non plus pour tous les suicides actuels. Nous vivons dans le déni, hypnotisés par nos médias propagande et cela est malsain, surtout dans un contexte où le chef de l’État tente de hâter le processus mis en marche, l’agenda en œuvre presque partout dans le monde.

Mais nous avons été sans l’ombre d’un doute au moins un million dans les rues, ce samedi 8 janvier, un grand nombre de villes et de villages ayant été le lieu de manifestations historiques, encore une fois dans le déni des grands médias qui minimisent les chiffres pour ridiculiser l’opposition à cette 01c1a1ure sanitaire devenue dangereuse et mortifère. Nous ne sommes pas seuls à résister : c’est une réalité.

Images que nous ne verrons jamais sur notre TV propagande.
Merci au youtubeur « Un monde meilleur ».

Si nous ne sommes pas lâches, ni aveugles, nous ne participerons pas au pire des projets mondialistes.

« Le monde est dangereux à vivre non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire »

(Einstein)

Mais pour mener ce combat, il faut du courage, une saine énergie qui aide à vivre au quotidien. Nous ne voyons non plus aucune compassion pour tous ceux qui ont perdu leur emploi dans cette nouvelle 01c1a1ure unique dans l’histoire de France. Ils ont sauvé leur vie et leur honneur, mais sont « emmerdés » par une élite de corruption et dont l’ampleur est vaste, orchestrée mondialement.

La méditation collective est un outil car l’Esprit est une interface dont cette élite aux rêves matérialistes n’a aucune idée.

Nous sommes tous des êtres pensants et à ce titre, l’Esprit est notre essence commune.

Méditer dans la paix, l’amour altruiste, la générosité, c’est à la fois DONNER ET RECEVOIR. Lorsque nous apportons du réconfort à autrui, peu importe la distance, nous en recueillons aussi en retour la valeur, le fruit. Méditer ne fait pas du bien uniquement au corps physique, mais aux corps énergétiques et à l’Esprit. C’est aussi une façon de VAINCRE LA PEUR car dans toute entreprise totalitaire, elle est orchestrée pour paralyser le jugement critique, les idées claires, les actions justes. LA PEUR EST UN POISON, elle dévitalise notre énergie subtile, affaiblit nos chakras et notre santé s’affaiblit. En revanche, l’amour altruiste, la générosité, la bienveillance NOUS RECHARGENT.

C’est en fait une LOI DIVINE, celle qu’il est si difficile de mettre en œuvre sur Terre tant l’argent, le pouvoir, les guerres de l’égo sont omniprésents dans les consciences. Si notre humanité est en danger, c’est probablement qu’un seuil de folie destructrice est déjà atteint. Nous devons donc réagir en DONNANT LE MEILLEUR DE NOUS-MÊMES.

C’est bien sûr une méditation ludique, purement symbolique, mais d’autres initiatives peuvent voir le jour. Tout le monde peut en faire et en organiser.

Comment méditer pour ceux qui ne pratiquent pas ou peu ?

LA MÉDITATION

  1. Faire le vide mental en inspirant et expirant longuement plusieurs fois profondément. Accompagner le souffle des deux phases, en toute conscience. Atteindre la paix de l’esprit par ce processus lent et concentré. Prendre le temps qu’il faut. Oublier le temps. Éteindre les servitudes électroniques.
  2. Chanter un mantra comme le son primordial AUM, ou n’importe quelle chanson si elle est saine et vient du cœur puisque C’EST L’ÉNERGIE QUI IMPORTE. Ce chant peut aussi être « pensé ». Les mantras ne sont pas tous vocalisés.
  3. Visualiser un SOLEIL RESPLENDISSANT à fois dans la tête (le visage, le chakra du front et le coronal), et dans le cœur. Sentir la lumière irradiante du Soleil dans la tête et dans le cœur.
  4. Faire UN AVEC SOI-MÊME, tout en sachant QUE NOUS NE FAISONS QU’UN AVEC TOUTE PARCELLE DE VIE SUR TERRE ET DANS L’UNIVERS.
  5. Durée : 22 minutes (ou la demi-heure)

C’est tout car cela DOIT RESTER LE PLUS SIMPLE POSSIBLE POUR ÊTRE LE PLUS ACCESSIBLE À CHACUN, à des enfants par exemple.

Le vide mental parce qu’il faut cesser l’agitation des pensées, ce qui produit un État Modifié de Conscience. La paix est ressentie profondément dans cet état.

Le mantra car c’est une énergie puissante enrichie d’une longue tradition et qui possède une signification (par exemple, les 3 lettres A, U, M symbolisent les étapes de création/maintien/régénération de l’Univers dans l’hindouisme, voire aussi le passé, le présent, le futur, etc.). Mais tout mantra a une signification d’éveil et toute chanson joyeuse diffuse son énergie.

Le Soleil intérieur car notre corps subtil est LUMIÈRE (la lumière chasse les ténèbres), ce qui purifie et améliore notre qualité d’être.

L’Unité en soi et collective CAR TOUT EST UN.

Ceux qui savent faire mieux, pas de souci pour eux. Ceux qui peinent à cela peuvent au moins chanter et expérimenter la présence spirituelle dans cet acte. Parfois, certains choristes ressentent CETTE UNITÉ alors qu’ils n’ont rien entrepris comme pratique méditative au préalable.

Aucune croyance religieuse n’est nécessaire car fondamentalement, TOUT EST UN. Dieu est un concept sur lequel nous pouvons mettre des noms, des mots à l’infini. Et par ailleurs, il vaut mieux un athée qui est altruiste envers autrui et le respecte, qu’un religieux qui condamne autrui et veut l’exclure. CE SONT LE CŒUR ET L’ÉTAT D’ESPRIT qui sont FONDAMENTAUX, non pas nos croyances, notre éducation, nos connaissances des textes sacrés. LE SACRÉ EST UN ÉTAT D’ESPRIT ASSOCIÉ AU CŒUR DE L’AMOUR. Voilà pourquoi le Soleil est associé à cette méditation. NOUS SOMMES AINSI DANS UN ÉTAT D’ESPRIT DE FRATERNITÉ. Bien sûr, les textes peuvent aider à éclaircir des notions importantes de spiritualité. Mais un texte où l’amour de la lettre l’emporte sur la pratique du cœur est lettre morte.

Ces méditations ne demandent par d’argent. Et pourtant elles donnent l’essentiel : de la paix, du réconfort, du courage. La spiritualité ne devrait pas être soumise à l’argent ou au marchandage car DANS L’ESPRIT, TOUT EST GRATUITÉ. Jésus est connu pour sa colère envers les marchands du Temple. Mais aussi pour avoir dit aux riches de donner leurs richesses. PUISQUE LA VRAIE RICHESSE EST CELLE DE LA BONTÉ. Nous voyons où nous mène une logique égoïste planétaire, inutile de brosser un tableau : nous sommes en plein dedans et nous en voyons les conséquences.

MÉDITER, REVIENT À DONNER DU SENS AU COMBAT DE L’ESPRIT.

Combattre, signifie ne pas faillir devant l’adversité. Aimer plutôt qu’haïr. Construire plutôt que détruire. Combattre avec le cœur. Pas avec les poings, avec les armes, avec les mêmes outils que le mal. Jésus, Gandhi ont été des figures importantes de la non-violence et il en reste encore aujourd’hui UNE FORCE, UNE PRÉSENCE car la violence n’engendre que destruction ET KARMA. Beaucoup sont enchaînés à ces vieux schémas de guerre, de tyrannie et en fait condamnent leur âme de vie en vie… Celui qui cède à cette tentation, échoue.

IL Y A PLUS DE GRANDEUR À AIMER, PARDONNER, PARTAGER qu’à faire le contraire.

Beaucoup aiment à jouer les gourous, les spécialistes, mais s’il n’y a pas cela dans la pratique, il n’y a rien, que poudre aux yeux. Ce n’est pas facile pour autant, il faut se rappeler que TOUS, NOUS PARTAGEONS UNE MÊME ESSENCE. Il y a ceux qui le savent, et ceux qui ne sont pas prêts à l’entendre.

LES FUSEAUX HORAIRES

L’ESPRIT n’est pas prisonnier de l’espace et du temps. Il n’est donc pas important de vouloir à tout prix être fiévreux sur des calculs. Si chacun le fait, peu importe son fuseau, le bénéfice sera le même de toute façon. Une même énergie, même décalée dans le temps, reste collective et agissante. Et puis, ce n’est qu’un jeu, mais tout de même sérieux car il a un IMPACT dans la sphère collective.

En revanche, ce qui est important, C’EST LA QUALITÉ DE L’INTENTION. Pas de peur, pas d’angoisse, pas de distraction : raison pour laquelle le vide mental qui apaise est un préalable utile.

Cette méditation pourrait être un symbole d’un autre monde à venir, une autre option que le Nouvel Ordre Mondial des élites car basé sur un autre paradigme. Partager un même état d’esprit, c’est aussi l’esprit de tous, dans la résistance : LA SOLIDARITÉ !

Et une petite vidéo pour finir de la part d’une personne sans laquelle une certaine spiritualité ésotérique actuelle n’aurait pas vu le jour. Elle a permis à ce que la spiritualité ésotérique soit un peu moins mercantile et mensongère (visitez un salon ésotérique, vous comprendrez vite), un peu plus basée sur des expériences vécues et à vivre. Elle ne fait pas l’unanimité, mais personne ne fait l’unanimité. Par ailleurs, nos expériences et nos manques d’expérience nous limitent. Ceux qui n’ont jamais vécu d’Expériences de Mort Imminentes, de Sorties Hors du Corps et autres expériences spirituelles ne peuvent que douter ou afficher leur scepticisme. Et ceux qui connaissent ces régions de l’Esprit mais savent qu’elles sont illusoires accordent tout de même qu’elles peuvent être expérimentées. Or toute expérience peut être source d’éveil. Bref, il s’agit d’Anne Givaudan.

Considérons le fait que lorsqu’elle a introduit tous ces sujets, il a fallu affronter les réactions de beaucoup de gens hostiles (car elle a donné aussi beaucoup de conférences dès le début). Or elle a tenu bon, n’a jamais dévié de sa route. Dans un monde si matérialiste, de telles initiatives courageuses méritent le respect. Tant mieux s’il existe des paliers plus élevés encore dans les traditions et les enseignements du monde entier, il ne faut mépriser aucune porte, aucun accès, aucune chance s’ils peuvent aider les âmes égarées. Le temps pour nous tous ne doit plus être celui des divisions, mais du CHANT À L’UNISSON. C’est en tous cas une invitation... celle du 02/02/2022 à 22h – le 2 symbole du miroir (réfléchit le 1, le dédouble), de la rencontre avec autrui et du multiple (au-delà de 1). Le 2 se prête donc à une méditation collective.

Faire circuler cette invitation sur vos réseaux sociaux, vos sites web permettra d’étendre l’ampleur et l’impact de cette méditation collective. METTONS LE TEMPS À PROFIT. Merci à tous et à toutes d’où que vous soyez pour votre contribution !

Dans le cœur, il n’existe plus de frontière.

1789 : La France et ses valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité

DAVID Jacques-Louis : Le serment du Jeu de Paume, 20 juin 1789

Cette crise relative à la pandémie a été le prétexte, manifeste, visible à l’échelle du monde entier d’un programme de privation de nos libertés et droits fondamentaux. Ceci est d’autant plus manifeste que le variant omicron est devenu inoffensif – ce qu’affirment les virologues les plus compétents, ce qui n’est pas le cas du très variable et dangereux o’macron.

En effet cet o’macron a anéanti nos libertés, créé tellement de divisions, qu’il n’y a plus d’égalité entre les citoyens (dont il veut « emmerder une partie d’entre eux » et les priver de leur droit de citoyen) et il en résulte qu’il ignore en conséquence le sens du mot fraternité. Mais n’est-ce pas l’évidence même de la part d’un spécialiste de Machiavel qui fut le sujet de son DEA de philosophie ? Car il n’a pas été que millionnaire grâce à Pfizer (en percevant une commission de plus de trois millions lors de la revente à Nestlé d’une branche de Pfizer), il n’est pas qu’un actionnaire s’enrichissant sur les morts, les paralysés, les gens de rien qui subissent les effets secondaires, il fut aussi un spécialiste de la pensée de Machiavel qu’il applique à la lettre. Pour ceux qui ne connaissent pas Machiavel et ses écrits, résumons l’essentiel :

  • la fin du pouvoir justifie tous les moyens
  • diviser pour régner (tirer profit des divisions)
  • le mensonge est systématique
  • le meurtre doit être à l’échelle du grand nombre car sur un petit nombre, les familles, les amis peuvent venger les morts et constituent une menace.
  • le peuple est donc l’ennemi

On a ainsi une idée de son maître à penser qu’il applique à la lettre puisque dans « les gens de rien », l’envie d’emmerder jusqu’au bout certains citoyens, de les déchoir de leur statut de citoyen, il applique la technique bien connue du bouc émissaire. On se souvient pendant la seconde guerre mondiale comment la haine d’un peuple, montré du doigt, pourchassé, spolié, interné, gazé a pu créer une unité dans une logique d’euthanasie et de race supérieure. N’oublions pas que ce peuple fut traité de « sous-homme », ce qui n’est pas bien loin des gens de rien qu’il faut emmerder jusqu’au bout et déchoir de leurs droits de citoyens. C’est le même principe.

Mais il serait illusoire de croire que cette attaque de l’intérieur des valeurs démocratiques ne reflète pas ce qui se passe dans de nombreux pays à l’échelle du monde à commencer par les USA. Il est évident que derrière l’homme de paille, des acteurs puissants organisent un plan qui est le même partout avec des stratégies identiques, des mensonges identiques, des privations de libertés identiques et quant aux injections expérimentales, des morts identiques, des paralysés identiques, des malades, des infirmes, des gens qui souffrent à l’identique. Certains, comme en Israël, implorent leur dernière dose pour en finir, mettre un terme à leur agonie. Il serait temps que l’on diffuse la connaissance des effets secondaires que la TV propagande dans tous les pays dissimule.

Nous vivons ce que l’archevêque Carlo Vigano a nommé un « putsch mondial » qui s’organise selon trois phases :

  1. Privation de nos libertés sous le prétexte du virus (étant donné qu’il est devenu inoffensif, il fallait instaurer un pass).
  2. Privation de nos libertés sous le prétexte de l’écologie
  3. Privation de nos libertés par l’internet (sous doute très réduit et plus contrôlé).

Cette phase 2 a d’ailleurs été dévoilée par la Ministre du logement et son projet fou d’interdire les maisons individuelles. La preuve ici. On voit donc bien que c’est une réalité. Il est URGENT DE PRENDRE CONSCIENCE DE CE QU’ILS PLANIFIENT « POUR NOTRE BIEN ». Ce putsch a aussi été dénoncé par Robert F. Kennedy et par Randy Hillier, député canadien de l’Ontario.

Tout ceci s’organise PROGRESSIVEMENT pour que les médias propagande (achetés par les mêmes acteurs puissants) aient le temps de JUSTIFIER LA PERTE DE NOS LIBERTÉS POUR DES CAUSES MORALES. Et c’est là qu’interviennent inévitablement L’IDÉOLOGIE ET L’OBSCURANTISME et donc une horde d’intellectuels et d’autorités diverses qui sont soudoyés, ou simplement hypnotisés par le narratif du pouvoir en place, souvent happés par les idéologies avec un recul critique bien tardif. Les connaissances livresques, les croyances personnelles ne rendent pas forcément lucides ou clairvoyants lorsqu’on ne s’intéresse plus au terrain, au concret de la réalité. Ils sont hors sol.

Pour créer une idéologie, il faut des médias. Hitler utilisait le cinéma. Aujourd’hui, nous avons la TV.

Or, ce programme est un projet qui est planifié et se nomme le Nouvel Ordre Mondial qui réserve une place de rêve aux élites les plus riches sur une planète… dépeuplée… puisque l’eugénisme a trouvé son arme : les injections expérimentales qui se font passer pour des vaccins. 40 % de morts suite aux injections selon certaines études (notamment en Alabama). Le projet de dépeuplement repose sur l’idée que les plus puissants de ce monde n’ont plus besoin de l’humanité toute entière, juste de quelques hommes qui supervisent, entretiennent, réparent les robots qui fabriquent tout le nécessaire. C’est un transhumanisme qui considère l’homme comme un objet sans âme, ce qui justifie tous les trafics, toutes les dérives (d’organes, clonages, esclavages, humains, etc.). Ces milliardaires qui hallucinent un tel « paradis » est un rêve infernal de psychopathes – un rêve en « pass » de devenir réalité si les peuples du monde entier oublient les valeurs fondamentales de ce que doit être une « humanité ».

Certains diront « nous savons déjà tout cela. Que faire face à cette corruption qui semble en œuvre partout : dans la politique (avec une Assemblée Nationale qui ne joue plus son rôle par exemple), dans la justice, dans les médias, dans la médecine, etc. ? ».

La corruption est partout si l’argent devient notre unique Dieu.

Car tous ces acteurs ont placé l’argent et le pouvoir au-delà de tout : ils vendraient père et mère pour en avoir encore plus.

Nous avons besoin de retrouver une INTÉGRITÉ dans notre conscience car c’est la corruption qui permet cette logique à l’échelle mondiale.

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ, INTÉGRITÉ

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ, INTÉGRITÉ – voici les 4 valeurs que nous devons retrouver et défendre car une vie où elles sont interdites ou anéanties n’est plus une vie ! C’est un système carcéral.

Nous devons déjouer ces planifications en étant lucides sur cette situation et des armes qu’elles utilisent, ainsi que des prétextes qui la justifient.

Deux remarques fondamentales sont à faire :

  • Si les peuples se révoltent dans la violence, le Nouvel Ordre Mondial sera ENCORE PLUS RAPIDE à se mettre en place. Toutes les provocations de notre o’macron le démontrent : il s’agit de créer des divisions pour produire de la colère qui entraînerait une violence ESPÉRÉE POUR Y RÉPONDRE ET INTRODUIRE UNE LOI MARTIALE.

Et ainsi, on élimine les élections, bien que ne soyons pas naïfs, d’autres candidats (les chouchous des médias en tête des sondages truqués/orientés) sont prêts à continuer ce projet dont l’UE sert de tremplin. L’UE est l’antichambre du mondialisme, le cheval de Troie qui anéantit les libertés identitaires nationales.

La violence n’est donc pas la bonne réponse. Elle précipiterait le chaos et la loi martiale. Elle accélérerait les plans prévus.

  • Si les peuples refusent massivement tout en bloc : la fin des injections qui ne servent plus à rien pour un omicron inoffensif, si ce n’est à préserver des vies étant donné les morts et les graves effets secondaires sur une partie non négligeable de la population, la fin du pass de l’apartheid et du traçage comme du bétail et des produits de consommation ayant des codes barres, la fin des masques dont certains comportent le même composant que dans les vaccins (le 9raphèn.e) puisqu’ils ne servent qu’à entretenir la peur nécessaire pour pousser les gens à subir les injections, toute cette folie cesse immédiatement.

Pourquoi cela ? Parce que ces milliardaires sont très peu nombreux sur la planète et que le peuple a pour lui la supériorité du nombre… le nombre qu’ils veulent réduire à grande vitesse.

SI LE NOMBRE N’EST PLUS COMPLICE, TOUT S’ARRÊTE.

LA NÉCESSITÉ D’UNE SOCIÉTÉ ALTERNATIVE

CE QUE NOUS DEVONS FAIRE URGEMMENT : CRÉER UNE SOCIÉTÉ ALTERNATIVE.

Puisque le Nouvel Ordre Mondial précipite ses plans, c’est qu’il est temps d’adopter UN AUTRE MODÈLE CIVILISATIONNEL.

Plutôt qu’une planète réduite à 1 milliard de gens avec des milliardaires qui de toute façon s’entre-tueront pour l’argent et le pouvoir, pourquoi ne pas changer carrément LES FONDATIONS de ce monde qui est devenu d’une totale absurdité : nos milliardaires détruisent la planète et tout le monde devra en subir les conséquences qui ne pourront être que fatales pour toute l’humanité.

Or, ces nouvelles fondations existent déjà dans le cœur et l’esprit de la plupart des citoyens du monde.

PLUTÔT QUE LE PIRE, ORGANISONS LE MEILLEUR, PROPOSONS UNE RÉELLE ALTERNATIVE.

Après tout, ce projet d’un Nouvel Ordre Mondial était une idée, psychopathe, folle, mais d’adaptation au futur. Nous pouvons avoir de meilleures idées que sacrifier les 3/4 de l’humanité pour que le quart restant s’entre-tue encore puisque la cupidité est leur seul moteur. On ne peut rien espérer de désirable et de viable quand la cupidité est le seul principe d’existence. Machiavel n’est pas le meilleur des philosophes. À force de mentir, de trahir, de corrompre, de comploter, il a fini au cachot et torturé. Il faut aussi voir où conduit une logique… « Je suis en guerre » contre les citoyens n’est pas la meilleure logique.

Pourquoi ne pas construire un monde désirable où chacun aurait sa place puisque nous savons tous que l’espace, le cosmos nous est devenu accessible ? L’humanité, même très nombreuse, peut se répandre dans l’univers, évoluer, devenir moins infantile, à condition qu’elle mette un terme à sa part la plus animale et sauvage.

Le chaos, la destruction, l’extermination ne sont pas la meilleure option pour un avenir meilleur. Jupiter et ses élites mégalomaniaques sont dans l’erreur.

C’est à chacun de méditer sur la situation PRÉSENTE car nous sommes encore au carrefour où tout est possible. Un livre qui peut être utile pour nourrir nos réflexions ici.

La France peut redevenir un pays de valeurs où la liberté, l’égalité, la fraternité, L’INTÉGRITÉ ont un sens. En 1789, elle a su défendre des valeurs dignes et fondatrices, la devise intégrale était « Liberté, Égalité, Fraternité ou la mort ». Car il en va de ce que nous voulons de la Vie.

Quelle vie voulons-nous pour nos enfants ? Un système totalitaire pire que celui mis en place pendant la seconde guerre mondiale ? Nous voulons repousser les limites de l’horreur au nom du progrès transhumaniste ?

À quoi cela sert-il d’être milliardaire si l’imagination est aussi PAUVRE ?

L’humanité est-elle obligée de refaire toujours les mêmes erreurs comme si elle ne comprenait jamais les faits et conséquences historiques ?

Refusons de nous soumettre à la logique médiatique et politique 0ic1a1oriale qui nous rappelle le triste spectacle des 0ic1a1ures du passé. On sait très bien où cela mène.

Refusons pacifiquement de collaborer au projet des élites.

Proposons des SOLUTIONS ALTERNATIVES : certains milliardaires comprendront que la « solution finale » n’est pas une option désirable et qu’il en existe beaucoup d’autres bien plus heureuses.

SI VOUS VOULONS, NOUS POUVONS.

NOUS DEVONS AVOIR UNE DÉTERMINATION SANS FAILLE POUR REFUSER LE NOUVEL ORDRE MONDIAL, ET FAIRE PREUVE D’IMAGINATION.

Et rejetons la haine, la colère qui ne mènent qu’au pire et nous fait devenir ce que nous combattons.

Soyons lucides et mettons en œuvre, tous, des solutions pour contrer la bêtise, l’horreur et le chaos. UNIS, NOUS POUVONS Y PARVENIR.

Focalisation – Intensification – Création : loi de l’esprit et synchronicité

Copyright : Murai.hr

Beaucoup ont pris conscience à quel point les médias en général, sauf quelques rares exceptions, peuvent être sources de stress, d’angoisse, de mal-être en raison du fait qu’ils accentuent les tensions entre leurs invités dans le but de faire le plus d’audimat possible : présence d’invités qui ne se supportent pas, questions provocatrices, questions qui fâchent, sujets polémiques, interruptions systématiques des réponses des invités en fin de phrase, etc. Une autre raison : la proportion de bonnes nouvelles est misérablement faible comparée aux nouvelles négatives, voire aux peurs qui sont sans cesse réactivées et surdimensionnées. C’est une logique pathologique anxiogène qui mine le moral des gens. Dans un contexte de pandémie où nos libertés sont restreintes, c’est encore plus difficile à vivre. Tous ceux qui ont une addiction pour « l’actualité » (le sentiment illusoire que tout se joue par l’image et certains invités) sont confrontés à la morosité entretenue.

Mais il existe un autre phénomène qui est d’ailleurs très connu en psychanalyse : nos peurs fabriquent notre réalité, en premier lieu par nos projections personnelles sur autrui et sur les événements (nous influençons les choses par nos paroles, nos pensées, nos comportements), mais aussi, dans un domaine plus métaphysique, parce que ce sont des énergies qui se connectent à des fréquences identiques dans le monde et attirent à nous ce qui leur correspond dans un délai plus ou moins rapide.

Nous allons donc traiter d’une loi de l’esprit car soit celle-ci est comprise de façon caricaturale (comme dans le documentaire « Le Secret » de Rhonda Byrne où il suffit de visualiser et désirer pour obtenir), soit elle est méconnue, ignorée.

La nécessité de bien connaître les lois de l’esprit est capitale à une époque où la paranoïa et les peurs collectives sont importantes et amplifiées en raison du contexte actuel.

Sur le plan purement psychologique, c’est assez facile à comprendre et à constater : si par peur, nous provoquons un individu, celui-ci pourra, en retour, être lui-même agressif. Action – réaction. Ne croyons pas que nos peurs sont innocentes dans notre existence. Par notre regard, notre expression faciale, notre comportement non-verbal, nos paroles : tout cela influence en modifiant les réponses de notre entourage et environnement. Il en va de même des animaux : nos peurs « provoquent » certains animaux à devenir agressifs. Ils la ressentent comme une onde. C’est un constat empirique. Évidemment, plus l’individu est évolué et moins il réagira de façon primitive à la peur : il dominera ce qu’il ressent. C’est probablement un instinct car la peur est souvent associée à l’agression (les animaux sauvages, ainsi que peu domestiqués éprouvant de la peur attaquent ou fuient, très souvent, sauf cas très particuliers). En physique quantique, ce que fait l’observateur, ce qu’il décide détermine le résultat.

Copyright : Marie-Michèle Bouchard

D’une façon plus métaphysique, l’habitude d’avoir certains modes de pensées possède un impact, une influence sur notre futur. Pourquoi notre futur est-il lié à ce que nous pensons présentement ? Parce que la réalité est un « mode-miroir » avec un certain délai de décalage entre cause et effet dans le plan physique. Mais comme cette loi est valable pour chaque être vivant, la réalité est la somme de toutes ces micro-créations. Il est donc utopique de croire qu’une seule peur ou un seul désir va changer la réalité. C’est plutôt dans le processus « focalisation-intensification par répétition » qu’il y a un impact réactif dans la réalité. C’est ce qu’on appelle les « formes-pensées » dans le milieu ésotérique.

Anne Givaudan, Dr Antoine Achram, Les Formes-Pensées aux éditions SOIS

De nombreuses lois passent inaperçues car nous ne prêtons pas attention à certains phénomènes. Si nous avons parlé de la psychanalyse, c’est qu’en ce domaine, il est fréquent de constater que les individus obsédés par certaines peurs fabriquent une réalité conforme à leurs attentes. Les événements leur donnent raison en quelque sorte. Car pour l’esprit, une création psychique fonctionne comme une cause. Nous avons oublié notre condition d’être spirituel co-créateur des choses. En psychanalyse, on assiste alors à des schémas répétitifs, des conditionnements de l’esprit qui peuvent d’ailleurs se transmettre (puisqu’il y a beaucoup de mimétisme conscient et inconscient dans nos comportements au sein d’une famille, par exemple).

Sur le plan de la spiritualité, la notion de « karma » est identique. Ce mot en sanskrit signifie « action ». C’est l’action de tout ce qui émane de notre être qui génère des effets. Le karma n’est ni négatif, ni positif en soi, c’est seulement un processus agissant : l’action répercutée. C’est une loi de l’esprit.

Pratiquement tout ce qui nous entoure est le produit d’une création qui s’origine dans l’esprit : l’architecture, le mobilier, la nature domestiquée, plantée, entretenue, disciplinée. Nous vivons dans l’illusion d’un monde déconnecté de tout. Mais la provisoire pandémie actuelle nous montre qu’il n’en est rien : tout est connecté, tout est relié.

En comprenant cette loi, nous en concluons que toute authentique spiritualité repose sur la maîtrise de ses pensées (et donc la maîtrise de soi). La méditation orientale (par le vide mental préalable) favorise la maîtrise des pensées.

À tort, nous croyons ce processus difficile à mettre en œuvre, alors nous préférons rester passifs. En réalité, nous le pratiquons tous les jours par purs automatismes. Nous nous croyons passifs, mais nos pensées sont présentes chaque jour… et même chaque nuit par nos rêves. La plupart de nos rêves sont eux-mêmes des créations de notre esprit. Il y a néanmoins des interférences puisque la vie est une mise en relation avec tout ce qui est.

Les choses ne sont néanmoins pas aussi simples que « visualiser + désirer = obtenir » car il y a justement ce jeu des interférences par les pensées d’autrui, parfois. La réalité des énergies psychiques combinées est aussi complexe que la météo atmosphérique : quantités de facteurs entrent en cause pour qu’on ne doive pas trop simplifier cette loi prise dans l’absolu. Dans l’existence, de nombreux obstacles sont sur notre route par les pensées contraires d’autrui. Il y a donc un jeu d’affrontements entre forces opposées et parfois y compris en soi-même (si l’on n’est pas maître de ses pensées et qu’on oscille entre pensées positives et négatives, entre confiance et soi et doutes).

Les synchronicités sont en rapport avec ce processus et beaucoup les mésinterprètent soit en les confondant avec le seul hasard, soit en les attribuant à des signes d’anges, de défunts ou autres. Ce n’est pas obligatoirement le cas en raison du mode miroir de la vie dont nous avons précédemment parlé. On constate, par exemple, des synchronicités qui ne peuvent pas être des messages de puissances célestes car cela serait absurde. Par exemple, un des auteurs qui les a beaucoup étudiées dans divers ouvrages, Jean Moisset, rapportait des récits où de nombreux homonymes qui ne se connaissaient pas se situaient le même jour dans un même hôtel. Il a rapporté aussi des synchronicités en rapport avec des séries récurrentes de chiffres (sur ticket de caisse, billet de train, etc.). Inutile de chercher des messages d’êtres désincarnés : ce n’est pas la bonne piste. Du moins, dans ces cas là.

Du chaos au Tao

Isabelle Robinet, Comprendre le Tao, Albin Michel, 2002.

Si l’on étudie la philosophie du Tao, un jeu de forces binaires combinées inhérent au fonctionnement de l’Univers a été remarqué par certains sages chinois. Elles sont inséparables, complémentaires, bien qu’opposées. Le célèbre livre du Yi King en expose partiellement la philosophie (dans une optique divinatoire).

Les forces s’aimantent entre-elles comme le semblable attire le semblable (les nombreux homonymes dans le même hôtel le même jour, des séries récurrentes de chiffres sur divers supports). La vie effectue des mises en relation avec des énergies de même nature. C’est un mécanisme. C’est une loi comme celle de la concrétion des planétoïdes par la force centripète.

Copyright : Anton Maksimov

Dans certaines dimensions métaphysiques, on peut voir ces énergies : leurs « lumières-couleurs », leurs lignes, leurs réseaux. C’est une espèce d’internet énergétique.

Les auras elles-mêmes en témoignent car nos peurs, nos colères, nos pensées négatives, nos blocages laissent des traces, des blessures, des impacts visibles en leur sein. Certains médiums perçoivent les images associées à ces traces énergétiques, des images de vécu douloureux non dépassé. Ce que la psychanalyse perçoit dans l’inconscient, le médium le voit parfois dans l’aura.

Anne Givaudan, Dr Antoine Achram, Lecture d’auras et soins esséniens, Éditions Sois

Nos pensées sont donc des énergies : dans notre aura (les couches énergétiques de nos enveloppes ou corps subtils) et dans les « filets » qui tissent des réseaux sur Terre et dans les autres plans d’existence.

Ainsi, en réalité, nous sommes toujours reliés à quelque chose : soit à de basses réalités quand ce sont nos peurs, nos angoisses qui dominent, soit à des réalités plus lumineuses quand ce sont des pensées de joie, des projets stimulants qui sont dans notre esprit. Les synchronicités confirment, en miroir, que nous sommes reliés à tout ce qui est, qui dépasse de loin notre corps physique. Ceci est aussi confirmé par les défunts (pour ceux qui s’intéressent aux récits des Expériences de Mort Imminente).

En définitive, qu’est-ce que le chaos, de ce point de vue (nous distinguons « chaos » de « révolte sociale » car cette dernière est organisée et consciente) ? Le chaos provient de l’ignorance de ces lois car tout chaos tangible est précédé par un chaos psychique. Mais si nous mettons de l’ordre dans nos émotions, nos humeurs, nos pensées : notre réalité change. Elle change petit à petit en fonction de notre capacité à focaliser et intensifier. Si l’on n’arrose pas régulièrement une petite pousse végétale, elle n’ira pas bien haut… Nos pensées sont comme des végétaux psychiques. Nous devons en prendre grand soin pour métamorphoser nos existences et le monde en général.

Copyright : Elena Mozhvilo

Il y aura toujours des forces contraires, mais ce qui importe, ce sont les proportions. C’est un peu comme en chacun d’entre-nous, si un léger doute est combattu par de nombreuses confiances en soi répétées, ce qui l’emporte, c’est l’action réussie. Les forces contraires ne posent alors plus de problème, « ne pèsent pas lourd » dans ce rapport de proportions. D’où l’importance d’être de plus en plus nombreux à comprendre et à connaître ces lois de l’esprit. Elles relèvent tout autant de la psychologie, que de la métaphysique. Nous pouvons ainsi devenir conscient de ce que nous faisons quotidiennement et apprendre à maîtriser le processus de cette chaîne causale : Focalisation – Intensification – Création ou co-création dans la collectivité de tous les êtres vivants.

Copyright : Robina Weermeijer

SOIGNER UN ORGANE PAR PSYCHOSOMATISME

N’est-il pas ironique que la plupart des scientifiques utilisent le terme « psychosomatique » pour critiquer et dévaluer toute action réelle d’un procédé mystérieux quelconque ? Alors que justement, la psychosomatique est la preuve de l’action réelle de l’esprit sur nos organes internes. Nous sommes « tout un » : il est donc normal que le stress génère une chimie complexe (adrénaline, cortisol…) et a contrario, qu’un esprit équilibré, joyeux même, génère une autre chimie (endorphine, etc.). De plus en plus souvent grâce à des capteurs, la science permet de vérifier l’action de l’esprit sur le corps, la santé des organes.

Mais il est possible d’aller plus loin en utilisant sa volonté consciente par cette loi de l’esprit « Focalisation – Intensification – Création ». Par exemple, nous pouvons rechercher sur internet l’illustration simplifiée d’un organe pour en avoir une représentation mentale assez schématique et s’il est malade, faible, déficient, nous pouvons focaliser notre attention mentale dessus (en ne pensant à rien d’autre), le faire régulièrement (intensification) en visualisant une lumière blanche revitalisante, en paix, en confiance, ce qui conduira à la création recherchée : la revitalisation de l’organe. C’est la fréquence et l’intensité de cet exercice de l’esprit qui en assurent l’efficacité.

Dans l’Astral et les autres plans de conscience, on constate que l’esprit peut créer tout ce qu’il imagine. Cela est vrai aussi depuis le plan physique, c’est juste un peu plus long car ce plan est ralenti par la densité de la matière. Je me suis amusé ainsi à créer des formes : ce qui est étonnant, c’est qu’elles prennent vie car le matériau utilisé par l’esprit est vivant ! Ce n’est pas une matière « morte », mais lumineuse, pulsante, animée : c’est en fait cela que les sages antiques nommaient l’Éther et qui emplit tout l’espace métaphysique. Éther est devenu synonyme d’espace, mais en réalité, c’est une substance vivante qui est corrélée à l’Esprit. L’Éther est plastique, souple, capable d’être le matériau de toutes nos créations.

Ceci est la clé pour comprendre la réalité illusoire des nombreux plans de conscience : si nous pouvons tout créer, en fait, nous vivons dans nos propres créations (ou celles d’autrui). Un enfant arrive dans le monde qu’on lui a construit. Et un défunt arrive aussi dans le monde qu’on lui a construit. Tout est construction. Illusion ne veut pas dire que ce n’est pas une réalité tangible. Illusion veut dire que ce n’est pas LA PREMIÈRE RÉALITÉ À LA SOURCE. Car cette Source première : c’est l’Esprit.

Par conséquent, il existe des plans d’existence, des dimensions de Pur Esprit, sans aucun artifice formelle

Copyright : Kevin Schmid

De la même façon qu’il existe des scènes de théâtre sans aucun décor. On pourrait nommer cela « de la virginité à l’état pur » comme peut l’être une feuille blanche… Ce n’est pas parce qu’une feuille est blanche, ce n’est pas parce qu’une scène de théâtre est vide, qu’elles n’existent pas ! Le vide enseigné par le Tao, par exemple, est ce type de vide « plein » (plein d’Esprit, plein de potentialités tel un vase prêt à accueillir une fleur).

L’Esprit est donc une espèce d’Artiste qui peut être au repos (le Vide non visible) ou en action (le visible tangible).

Copyright : Rajiv Bajaj

SE RELIER À UN DÉFUNT

Cette loi « Focalisation – Intensification – Création » peut aussi être mise en application pour se connecter à n’importe qui, peu importe le temps et l’espace. Mais il faut au préalable être disponible psychiquement, ne pas avoir l’esprit surchargé, préoccupé, donc apprendre à faire le vide mental ; il faut aussi au préalable développer ses ressentis au niveau de la poitrine : le chakra du cœur, ne pas être épuisé, fatigué, du moins mentalement.

Ensuite, nous devons créer un « contact » : se remémorer la personne ciblée, faire revivre de nombreux souvenirs, de préférence de façon positive, afin de se mettre en présence avec l’essence de la personne.

Puis, nous pouvons nous adresser à elle : soit en parlant à haute voix, ce qui facilite la concentration de l’esprit, soit mentalement en silence si nous avons une bonne discipline mentale, c’est-à-dire le contrôle de nos pensées (il ne faut pas céder aux divagations). Il faut garder ce processus « Focalisation – Intensification » et ne pas regarder le temps consacré à cela : afin d’être pleinement présent à ce que l’on fait. Alors nos pensées comme des filets lumineux atteignent leur but dans la réalité de l’Éther : cet espace métaphysique.

Copyright : Gabriel@natural

L’onde de choc de nos pensées

Là encore, beaucoup de gens le font sans être conscients qu’ils le font ! La plupart des médiums (authentiques) savent, par conséquent, qu’il n’est pas bon de « retenir les défunts », de les pleurer, de les accabler d’émotions lourdes. Pourquoi ? À cause d’un jugement moral ? Aucunement. C’est tout simplement que ces liens de l’esprit les touchent, les informent : ils reçoivent tout dans l’émotion, l’énergie brute et franchement, ça n’aide personne… Celui qui pleure et souffre créé de mauvaises énergies… qui sont envoyées au défunt. Notre égoïsme a donc un prix, même si c’est « par amour » (possessif).

Film « Au-delà de nos rêves / What Dreams May Come » de Vincent Ward, 1998 adapté du roman homonyme de Richard Matheson.

Imaginez que le défunt est dans un beau paysage ensoleillé, soudain, tout s’obscurcit comme si un orage menaçait… et c’est un appel sur Terre de quelqu’un qui lance ses émotions non contenues, non dépassées. Exactement comme l’une des scènes du film « Au-delà de nos rêves » de Vincent Ward.

Cela agit comme un mot blessant : cela devient pénible, difficile pour celui ou celle qui « encaisse ». C’est ce qui se passe quand nous ignorons tout des lois de l’esprit. On pourrait nommer cela « l’onde de choc de nos pensées ».

Ce n’est donc pas un hasard si toutes les authentiques spiritualités du monde enseignent la nécessité du lâcher-prise, de la bienveillance, de la bonté. Car si nous sommes dans ces sentiments très positifs : NOTRE CONTACT DEVIENT AGRÉABLE.

Paysage du Japon avec les cerisiers-pelouses devant le Mont Fuji.

Nous sommes des êtres narcissiques : nous voulons être propres, présentables, bien coiffés, bien habillés. Mais aimerions-nous émettre des odeurs repoussantes corrélatives à nos aigreurs, nos cupidités, nos égoïsmes ? La pureté ne doit pas être uniquement celle du corps physique. NOUS DEVONS APPRENDRE À PRÉSERVER UNE CERTAINE HYGIÈNE MENTALE QUI REND AGRÉABLE NOTRE PRÉSENCE.

L’odeur n’est pas une métaphore… De certaines âmes émanent des parfums semblables à des fleurs. Les défunts communiquent aussi de cette façon car c’est une réalité dans leur plan d’existence aussi.

Nous avons d’ailleurs des expressions qui se révèlent exactes vis-à-vis de ces autres plans de conscience : « sentir/ne pas sentir quelqu’un », « être en odeur de sainteté », etc. On trouve aussi dans de nombreux ouvrages mystiques historiques des récits relatifs à ces parfums, ces odeurs sans cause visible…

Un défunt qui reçoit des pensées aimantes, bienveillantes sera mieux aidé, que s’il est pleuré.

Autre point à prendre en compte : quand nous souffrons, nous sommes coupés des dimensions supérieures de conscience, ce qui veut dire que nous ne sommes pas disponibles pour cela. C’est comme une boite de messageries saturée : on ne peut plus laisser de message. On n’aura alors pas de contact conscient. Ce n’est pas que c’est impossible : c’est simplement que nous nous mettons « hors de portée ». Autrement dit, nos souffrances sont des parasitages. Ce sont des parasitages de communication. Ce sont des parasitages de santé mentale pour nous et pour eux. La solution ? L’amour, le lâcher-prise et la compréhension que de toute façon, nous aussi, tous, nous irons là-haut le moment venu. LES ABSENCES, LES SÉPARATIONS SONT PROVISOIRES.

Mais en fait, au niveau du lien du cœur : IL N’Y A PAS DE SÉPARATION.

Symbolique d’une position de mains qui honore une présence sans la retenir (souvent adressée au Soleil dans l’Égypte pharaonique)

COMMENT RÉUSSIR UN DEUIL

Que faire alors pour réussir son deuil ? Il suffit de lâcher-prise : ne pas ressasser le passé, accepter le temps présent qui réunit chacun au niveau du cœur. Il faut méditer ce rapport PRÉSENCE/ABSENCE. Nos défunts sont devenus invisibles momentanément (ils restent visibles dans nos rêves), mais ils ne sont pas absents pour autant. Ils peuvent être présents dans l’absence puisqu’ils sont là, reliés au niveau du cœur.

Dans certaines civilisations comme l’Égypte antique, c’étaient le cœur et la mémoire qui assuraient le contact avec le défunt. Ne plus penser à lui, ne plus honorer sa mémoire revenaient à une mort symbolique. Ils connaissaient bien sûr les lois de l’esprit car ils communiquaient avec eux par l’intermédiaire de jeunes enfants médiums et de signes ritualisés divers.

Les rituels sont donc justifiés quand on connaît ces lois de l’esprit car chaque anniversaire, chaque moment important de la vie peut être l’occasion de mettre en œuvre le cœur, la mémoire, les pensées adressées au défunt.

Faire un deuil, ce n’est pas oublier le défunt, mais ne plus le retenir ici-bas, ne plus vivre dans le passé, accepter la réalité du temps présent et la promesse du temps futur : les retrouvailles.

Liberté, créativité, nécessité : une nouvelle devise en temps de crise

Nous ne sommes pas encore sortis de cette pandémie mondiale et des multiples crises associées, mais nous en sortirons, tous. Néanmoins, dès à présent, nous pouvons utiliser nos forces intérieures pour changer les choses, ou du moins participer aux changements. C’est pour cela que nous avons associé la liberté (qui est précieuse et, comme nous le voyons, fragile dans nos sociétés), la créativité (car toute crise demande une nécessité d’adaptation) et la nécessité (car il s’agit d’être en adéquation avec notre époque et nos besoins). Ce qui nous donne une nouvelle devise « Liberté, créativité, nécessité ».

Nous ne sommes plus ici forcément sur un terrain politique : l’égalité et la fraternité sont indispensables dans le « vivre ensemble ». Sans égalité, nous avons de l’injustice, et sans fraternité, nous avons le chaos. Mais en temps de crise, nous constatons que les inégalités sont creusées et qu’il y a peu de fraternité. Il faut donc des outils pour améliorer les choses.

Nous sommes plutôt sur un terrain « existentialiste » : c’est-à-dire donner du sens à notre vie individuelle.

La liberté permet de réutiliser nos talents personnels, nos aptitudes, nos capacités, nos passions.

La créativité donne en fait de la joie car c’est nous qui sommes les auteurs de ce que nous faisons, ce qui donne du sens et de la fierté dans le travail accompli. La créativité est valorisante. Cela se vérifie aisément dans le domaine des sciences, des technologies, ou de l’art, mais concerne en fait tous les domaines.

La nécessité est ce qui donne du sens à nos efforts. Un travail utile est encore plus valorisant, surtout en temps de crise.

Ce sont des généralités mais chacun d’entre-nous peut se mettre en œuvre.

Liberté, créativité, nécessité en spiritualité

À présent, mettons cette devise sur le terrain de la spiritualité : jusqu’à quel point sommes-nous libres ? Adoptons-nous les opinions de nos parents ? de notre éducation ? de notre civilisation ? Nous nous croyons tous libres mais dans nos pensées, nos paroles, nos actions, il y a sans doute des automatismes dont nous ne sommes pas conscients. Conclusion : il n’y a pas de réelle liberté de pensée sans un travail sur soi-même. Le but : chasser les idées reçues, celles qui sont toutes faites, « prêtes à l’emploi ». Dans l’univers de la mode, le prêt-à-porter n’est jamais taillé pour votre silhouette. Le « sur-mesure » est conforme à votre anatomie. Il devrait en être de même pour nos réflexions : une pensée qui repose sur l’expérience personnelle a une force et une pertinence, que n’aura pas une pensée stéréotypée.

L’adage philosophique « connais-toi, toi-même » (gnothi seauton) n’aurait jamais été sculpté dans la pierre au fronton du temple de Delphes s’il était si facile d’être libre et d’être dans le vrai à tous les coups. Cela est difficile car la remise en cause suscite souvent des blessures narcissiques. Notre égo aime avancer, avoir raison, aime aussi la facilité, adopte en conséquence facilement la pensée dominante. Ne croyons donc pas que nos avis ne sont pas formatés par les préjugés ambiants ou ceux des doctrines que l’on nous a inculquées. Être cartésien, c’est accepter de passer par « la table rase » des idées toutes faites. Descartes a remis radicalement en cause les idées de son époque et tout l’héritage philosophique d’Aristote. Ce qui revient à se mettre à nu, inspecter tout en détail dans nos valeurs, nos choix de vie, nos actions. Cette crise remet cela au cœur des choses : est-ce que nous avons une vie qui a du sens à nos yeux ? Défendons-nous de justes causes ? Sommes-nous fiers de nos actions ? La « tabula rasa » (table rase), c’est aussi une expérience de vérité. Stop aux mensonges, aux faux-semblants, repartons sur des bases justes et saines. Nous ne sommes pas libres si ne nous faisons que dire « oui » sans chercher à comprendre. Et il n’y a pas de limites d’âge pour apprendre à se connaître soi-même. La vraie sagesse commence alors.

La créativité sur le terrain de la spiritualité, c’est de comprendre que notre esprit est, par essence, créateur. Il n’est donc pas normal de vivre comme des animaux ou des machines robotisées. Cela n’est pas normal au sens propre car ce n’est pas la « norme » de l’esprit qui est libre et créatif par essence. N’oublions pas que notre esprit n’a aucune raison d’être limité par le corps physique ou pas l’univers matériel. Nous avons beaucoup de ressources insoupçonnées en notre esprit, mais cela ne se découvre qu’avec le temps, l’expérience quotidienne ou la méditation et les expériences transcendantes. Nous sommes plus riches, plus vastes, plus capables que ce que nous croyons. Si nous nous lançons dans des défis réalistes, accessibles, nous découvrons qu’il suffisait de se faire confiance pour reculer nos limites.

Quant à la nécessité, elle repose sur le discernement : la capacité à comprendre notre vie actuelle, la crise actuelle, les besoins actuels. C’est donc « ici et maintenant » que cela se passe, puisqu’en définitive, c’est le seul « temps » qui nous est véritablement donné. Le passé concerne plus la mémoire et le futur notre aptitude à l’anticipation. Il faut donc être assez pragmatique : cette crise nous oblige à ne plus vivre dans une espèce d’hypnose de masse, mais à retrouver le sens de notre vie personnelle ici et maintenant.

Nous avons parlé d’existentialisme, mais si nous réussissons à associer « liberté, créativité, nécessité », notre but existentiel sert aussi l’intérêt collectif. Donner du sens à notre vie personnelle, ce n’est pas de l’égoïsme car c’est tourné vers autrui en finalité. Il ne faut donc pas céder à une sorte de culpabilité si nous apprenons à nous faire plaisir, à nous écouter et à agir en ce sens. Être libre, c’est aussi cela : apprendre à s’écouter soi-même.

Que gagnons-nous à agir ainsi ? Nous gagnons une certaine dignité. « Se regarder en face, dans la glace » est toujours plus valorisant si nous sommes fiers de nos actes. Il faut donc de l’audace, du courage, de la confiance en soi, de la détermination. Mais tout cela peut se faire dans la paix de l’esprit. Car c’est justement cela que nous gagnons : la paix de l’esprit. Fuir nos responsabilités, être lâche, céder à l’égoïsme sourd revient à vivre au quotidien avec l’esprit tourmenté. Et cet aveuglement intérieur génère de la violence en soi-même et autour de nous.

On parle souvent de l’impact psychologique de la crise actuelle, mais celle-ci pourrait être aussi un moteur de prise de conscience et d’éveil. Faire de ce mal, un bien. Ne plus en faire une fatalité : voici déjà la preuve d’une liberté de pensée. Se donner la possibilité de voir les choses autrement, sous un nouveau jour. Changement d’attitude : nous ne cédons plus à la fatalité. Après tout, le dicton ne dit-il pas « tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir » ? Nous ne sommes pas encore tous morts ! Chaque jour de vie supplémentaire sur cette Terre peut être l’occasion de faire quelque chose de bien, de juste, d’utile et de retrouver l’estime de soi.

On oublie souvent que le monde est LE REFLET DE CE QUE NOUS EN FAISONS. Le monde est « la somme des reflets ». Oui, c’est pour le moment le chaos car il y a beaucoup de confusion dans les esprits. Des illusions, des croyances, des peurs. Mais avec la « table rase », on peut tout reprendre à zéro et à sa petite échelle personnelle.

On devient aussi plus intéressant pour les autres si on adopte cet adage. Car quelqu’un qui a peur, qui se bloque de tout côté, fait fuir les autres. En revanche, l’esprit libre, créatif qui prend en compte les nécessités, touche quelque chose de juste et peut avoir un certain impact.

Et puis, il y a la joieQuand on se réalise dans des activités que l’on aime, on dégage de la joie. Quand on a peur, qu’on se referme, on dégage des énergies négatives. La joie est une formidable école de vie et elle est « ouverture » sur le monde : différents plans de réalité.

Tout ceci est très simple à comprendre et peut se mettre en œuvre facilement. La simplicité peut parfois devenir une véritable force. Ne croyons pas que toutes les issues doivent être horriblement compliquées. Car si nous adoptons de telles croyances, notre vie sera horriblement compliquée.

Liberté, créativité, nécessité : nous voyons que tout cela se tient. Une liberté en acte devient créativité. Et une création qui fonctionne bien répond à des nécessités. Cette devise peut devenir une clé, un programme de vie. Et chacun peut trouver comment appliquer cette devise dans sa vie. Si le monde est rempli de plus en plus de gens épanouis et qui trouvent des solutions aux problèmes, il ne pourra que s’améliorer. En fait, nous sommes confrontés à notre vouloir intérieur. Voulons-nous que les choses changent ? Et que faisons-nous pour cela ?

Cette crise en a déjà réveillé plus d’un. Changement de vie professionnelle, déménagement, etc. Cette devise est déjà mise en pratique par certains. Il faut rendre la vie « vivante » et même passionnante. Sinon, pourquoi sommes-nous ici ? Pourquoi le voulons-nous ?

« L’idée qui s’est imposée à moi sans réserve, c’est qu’il faut (de) la création : Il faut créer : tel est le principe dont la théorie esth/étique construit l’axiomatique. « Il faut » : au sens de ce qui est requis par la vie pour qu’elle vive, pour qu’elle puisse continuer de vivre et prendre plaisir à vivre, pour qu’elle puisse se réjouir de la puissance d’agir qu’elle est, et, ainsi, persister dans son être, pour qu’elle vive plus, pour qu’elle vive mieux, bref, pour qu’elle sur-vive, quand le pur fait de vivre lui apparaît insupportable ».

Paul Audi, Créer, Encre Marine, 2005, p. 47.

Et même si nous jugeons que notre vie n’a aucun sens, ou que la vie elle-même n’a aucun sens : pourquoi ne pas lui en donner un ? Une page blanche n’a aucun sens… Si on envoie une lettre vide à quelqu’un : elle n’a aucun sens. Pourquoi ne pas la remplir, cette page blanche ? Alors, elle obtient un sens. Tel est l’enjeu : donner du sens à son existence, ici et maintenant. Et quand nous partirons le moment venu, eh bien, nous ne regretterons pas ce que nous avons déposé sur cette page blanche.

Danse aérienne par la compagnie « Aerial Dance Chicago »

Même un danseur, une danseuse sont utiles à ce niveau – la nécessité étant d’exprimer de la joie, de la beauté, de la vie, du dynamisme, ce qui est précieux en temps de crise et aussi en temps normal.

Un exemple concret avec la nouvelle chaîne de TV « Culture-Box » du canal 19 : liberté – créativité – nécessité sont parfaitement illustrées. La nécessité est autant celle des artistes de pouvoir s’exprimer à travers leur art, que celle du grand public d’avoir un droit d’accès à l’art et la culture quand tout est fermé. La chaîne est gratuite et assez pédagogique dans sa démarche. Souhaitons qu’elle ne soit pas éphémère (comme le projet initialement annoncé), mais pérenne… Nous verrons bien.

Ne sous-estimons pas la petite chose que nous sommes capables de faire. Une petite chose peut changer un état d’esprit…

« De tout ce que l’homme entreprend et confectionne sur Terre, rien n’est étranger au déploiement du cœur de l’Éveil, si le cœur de l’homme dans son agir fait écho au cœur de l’Éveillé, c’est-à-dire au cœur de tous les êtres de l’univers ».

(Yoko Orimo, « Introduction. Déploiement du cœur de l’Éveil » in Maître Dôgen, Shôbôgenzô, Œuvres complètes, Tome I, Sully, 2005, p. 17).

Origami miniature (art japonais en papier plié)

D’ailleurs, ce virus, n’est-il pas lui-même si petit qu’il en est invisible ? Et il a un impact sur le monde entier. Et il mute car il est vivant ; lui, sait s’adapter. Pourquoi ne pourrions-nous pas en faire autant ? Faire des petites choses et qui s’adaptent, qui changent en fonction des besoins, des nécessités.

Liberté – créativité – nécessité. Une devise à adopter et à faire partager.

Le lâcher-prise et la bienveillance pour surmonter la négativité

Lorsqu’on souffre – et la période actuelle est assez lourde pour aborder ce sujet -, on ne sait souvent pas quoi faire pour sortir de son état émotionnel et mental. De plus, c’est un cercle vicieux car nous ne nous en rendons pas toujours compte mais nous fabriquons des HABITUDES DE PENSÉES : des façons d’aborder les choses. En fait, nous sommes prisonnier de certains schémas mentaux. Ceci est une vérité pour chacun d’entre-nous, quelles que soient notre instruction, notre condition sociale. Comment sortir de cela ?

Il faut commencer par apprendre le lâcher-prise car on ne peut pas passer d’une profonde détresse à une joie débordante qui donne envie de rire et de danser. On se retrouve « bloqué ». Sur un plan énergétique, c’est aussi une réalité qui est « palpable » : les gens sont « chargés », tout comme leurs lieux occupés, et cela se sent, se ressent, s’éprouve… Ces énergies stagnantes « verrouillent » aussi l’individu dans ses schémas mentaux. C’est comme si nous avions un processus de CONSOLIDATION ÉNERGÉTIQUE DE NOS HUMEURS. Imaginez un parfum : on détecte une fleur à distance. Autrement dit, nous avons un impact sur toute chose car LA VIE EST UN LIEU D’ÉCHANGES. Nous vivons dans un « milieu », nous l’impactons. Il est donc difficile de sortir d’une « ambiance » quand elle est devenue forte, prégnante. La solution est le lâcher-prise.

Le lâcher-prise correspond à l’idée que pour saisir quelque chose, même avec sa main : IL FAUT QU’ELLE SOIT VIDE AU PRÉALABLE. Si on a les mains pleines, on ne peut rien saisir. Il faut donc se DÉFAIRE DE TOUTES NOS PENSÉES NÉGATIVES. Nous ne devons surtout pas chercher à justifier notre « raison » car cela revient à refuser d’aller mieux… C’est contre-productif.

L’intérêt des méditations orientales est justement là : couper court avec le flux des pensées qui SATURENT LE MENTAL. Car si nous n’apprenons pas à stopper ce flux incessant, notre être SUBIT NOS CRÉATIONS PSYCHIQUES. Ne plus subir de souffrances commence par ne plus subir ses propres pensées. Il faut donc se défaire de toutes pensées… les unes après les autres, selon comment elles viennent. Ne pas y répondre, les laisser filer… En continuant à ne plus y répondre, elles diminuent, puis disparaissent. C’est en fait un B.A.-BA pour toute sérieuse méditation, mais tout le monde ne le pratique pas et ne sait pas toujours comment faire. Pourquoi ? Parce que nous sommes prisonniers de nos pensées. L’issue réelle est dans le lâcher-prise.

Le lâcher-prise est donc décisif. Mais comment y parvenir ? Certaines personnes ont véritablement peur… peur du vide, peur de quitter leurs habitudes de pensées, peur du changement. Le déclic peut arriver quand on réalise clairement que la souffrance est pénible et qu’on veut vraiment la quitter. Pour sortir d’un cercle vicieux, il faut en prendre conscience et vouloir résolument en changer la logique. Sans cette prise de conscience, l’individu peut se braquer.

On voit donc que le lâcher-prise s’accompagne d’une certaine forme de confiance en soi. Nous avons donc deux points absolument primordiaux avant de pouvoir « émerger » : la confiance en soi et le lâcher-prise.

Nous pouvons ajouter à cela : L’ENTRAÎNEMENT.

Pour un individu qui TRAVAILLE RÉGULIÈREMENT le lâcher-prise ET la confiance en soi, ce sera beaucoup plus facile, rapide à mettre en place, que pour un individu qui ne l’a jamais fait…

Ce que l’on dit est simple, mais il faut que ce soit simple pour que ce soit accessible et efficace. Beaucoup ne parviennent pas à visualiser, ne veulent pas entrer dans des exercices compliqués et leurs souffrances, de toute façon, les accaparent et les démotivent. La souffrance ne rend pas patient non plus.

Il est certain qu’il faut de LA BONNE VOLONTÉ, être le plus honnête possible envers soi-même pour effectuer l’état des lieux sur soi-même et les souffrances que l’on veut quitter.

Le lâcher-prise fait du bien : il permet déjà d’aller mieux. C’est comme un répit, un silence qui succède au bruit. Dans ce lâcher-prise, nous pouvons découvrir la paix de l’esprit. C’est elle qui calme les émotions, les humeurs.

Ensuite, il est impératif d’enchaîner sur la confiance en soi et des pensées positives car l’énergie ambiante conserve UNE EMPREINTE (ce qu’on appelle les « formes-pensées » qui sont des énergies résiduelles). La plupart des gens ne sont pas conscients qu’ils sont réceptifs, qu’ils accueillent en eux-mêmes des pensées, des émotions, des humeurs qui peuvent être propre à des lieux. Ce phénomène touche aussi nos rêves : nous pouvons capter par nos rêves des empreintes, des pensées qui sont comme des « dépôts » locaux. En fait, les pensées sont matérielles en un sens, elles ont une certaine substance et subsistance.

Ceci explique pourquoi le vide mental, le lâcher-prise peuvent ne pas suffire car aussitôt après, tout le négatif peut revenir… On voit donc que le phénomène est assez subtil, bien que simple à comprendre. Il faut pouvoir enchaîner lâcher-prise, confiance en soi et pensées positives, tout simplement pour NE PLUS ÊTRE RÉCEPTIF AU NÉGATIF. Ce qui revient à le contrer. Cela se fait en des phases successives et IL FAUT SOUVENT LE PRATIQUER POUR Y PARVENIR AVEC SUCCÈS. Mais cela n’est-il pas la norme pour toute chose ? Tout art, toute discipline repose sur des entraînements et des perfectionnements.

Du coup, il est évident que les personnes qui sont ouvertes à la spiritualité et aux pratiques méditatives sont largement favorisées car elles sauront comment remonter la pente. Il y a donc beaucoup d’intérêt à s’initier à ces pratiques.

Le lâcher-prise, la confiance en soi, la lumière intérieure des pensées positives peuvent devenir UNE HYGIÈNE MENTALE.

Dans le contexte que nous traversons, observer une hygiène mentale est indispensable car vous l’aurez remarqué : beaucoup de gens souffrent et ont des comportements négatifs en conséquence. Nous traversons une crise à de multiples niveaux. Il faut donc pouvoir « encaisser » cette négativité qui existe autour de nous. Ne pas y faire écho si nous voulons quitter le stade animal des comportements purement instinctifs : répondre à l’agressivité par l’agressivité. C’est d’ailleurs un test qui peut permettre de savoir où l’on en est exactement… Car chacun peut croire qu’il est très éveillé spirituellement, mais si l’on devient agressif avec les gens agressifs, on aura échoué. Si l’on devient violent avec les gens violents : où donc est cet éveil spirituel prétendu ? Certes, il peut y avoir des colères saines, mais ceci est un autre sujet car cela suppose D’ÊTRE MAÎTRE DE SOI. Les vrais maîtres spirituels font semblant d’être en colère quand ils ont des colères saines… Ils ne subissent pas leurs pulsions et ne répondent pas à l’agressivité par l’agressivité. Tout est DANS LE CONTRÔLE DE SOI.

Ce sont donc des paroles simples, mais sur le terrain, il y a la réalité effective. Les épreuves, nous pouvons les considérer comme des tests. Rester maître de soi en toute circonstance sera la démonstration de notre véritable capacité, de notre éveil mis en pratique.

N’oublions pas aussi que la bienveillance envers soi-même et envers autrui est une qualité d’énergie qui accélère la réussite de cette remontée de pente.

Alexandre Satller, Ode à la bienveillance, Hozhoni, 2019.

La bienveillance permet de rompre avec les schémas négatifs de pensée.

Lâcher-prise, confiance en soi, entraînement, pensées positives, bienveillance : voilà une succession d’actions psychiques qui peuvent mettre un terme aux souffrances et aux pensées négatives.

Quant aux « formes-pensées » stagnantes : si elles ne sont plus alimentées, un peu comme une plante sans eau, elles dépérissent. Un lieu peut ainsi rapidement retrouver une ambiance saine si nous adoptons un contrôle de nos pensées.

Tout ce qui peut ensuite « dynamiser » la joie : musique, danse, amis au caractère enthousiaste, activité sportive, ballade en plein air seront d’un grand soutien. Ne négligeons pas LE CONTEXTE DE VIE qui peut aussi grandement favoriser notre état mental. Nous devons aussi le prendre en compte et tenter de l’améliorer par des efforts personnels. Notre joie, notre liberté dépendent de nous : il nous faut nous prendre en main, être acteurs de nos vies plutôt que de simples spectateurs.

Shôbôgenzô de Maître Dôgen : un Rubik’s cube littéraire totalement zen

Photo du plus petit Rubik’s cube du monde (9,9 mm) réalisé par MegaHouse Corp de Tokyo.

« Que de fois figurent en effet au premier plan du Trésor, la métamorphose de l’objet vu sous des angles différents ».

(Maître Dogen, La vraie Loi, Trésor de L’œil, Seuil, 2004, p. 31).

Certaines œuvres sont des legs au patrimoine spirituel de l’humanité et le Shôbôgenzô de Maître Dôgen en fait assurément partie. Si vous ne connaissez pas encore ces textes de sagesse, cette présentation est faite pour vous.

PRÉSENTATION

À qui s’adresse ce « monument de la littérature zen » ? On pourrait penser qu’il s’adresse avant tout à des adeptes du zen. Mais sa forme littéraire en fait une sorte d’objet d’art puisque LE LANGAGE (sino-japonais) y est mis à l’honneur. Et de ce fait, cet ouvrage peut aussi intéresser ceux qui sont passionnés par la langue japonaise, ainsi que ceux qui sont épris de philosophie : par exemple, dans la veine phénoménologique Heidegger-Nishida Kitaro, donc à visée orientale.

« Le Trésor fait partie intégrante de la réflexion des penseurs japonais, surtout pour sa dimension philosophique. Il est aisé de constater une influence réelle du Zen chez les grands représentants de ce que l’on a appelé « l’école de Kyôto », Nishida Kitaro (1870-1945) et Tanabe Hajime (1885-1962), tous deux professeurs de philosophie à l’Université de Kyôto ».

(Maître Dogen, La vraie Loi, Trésor de L’œil, Seuil, 2004, p. 36)

A contrario, ceux qui cherchent une pensée simple, sage, épurée, voire poétique du Zen seront sans doute trop désarçonnés pour y trouver de l’intérêt.

D’une certaine façon, le Shôbôgenzô qui a été écrit au XIIIe siècle est une œuvre qui côtoie notre sensibilité contemporaine. Par exemple, si l’on adopte une perspective philosophique de ce vaste corpus de textes qui frôle la centaine, on est très proche de la critique du langage de Wittgenstein, ainsi que du jeu déconstructif de Derrida (il est l’auteur du néologisme « déconstruction » et d’une philosophie basée sur elle). En fait, le Shôbôgenzô est un jeu… comme il existe le jeu de Go, par exemple, qui derrière sa simplicité, cache des stratégies et une philosophie de vie.

Quel est donc ce jeu ? C’est un jeu intellectuel, un jeu langagier, mais avant tout un jeu dans le but d’atteindre l’Éveil spirituel. Pourquoi l’éveil devrait-il être « sec », sérieux, lourd, pompeux ?

Maître Dôgen a eu un éclair de génie (semblable à celui de Wittgenstein) : se servir du langage pour jouer avec lui, en révéler les limites, et en définitive se gausser de toutes les approches très savantes ou intellectuelles pour en revenir à l’acceptation du tout de la réalité, le « tout » se disant « zen » en japonais

Et donc, le Shôbôgenzô est un paradoxe absolu ! Car c’est une œuvre très cultivée qui recompile « une somme » d’écoles bouddhistes et de soutras, mais dans une visée transversale tel un « chien dans un jeu de quilles ». N’est-il pas paradoxal de faire une œuvre très cultivée pour justement dénoncer l’inanité de nos prétendus dogmes intellectuels ? Néanmoins, cette démarche est typiquement zen : abandonner quasiment tout… pour atteindre le vide… et retrouver tout…

D’une certaine façon, c’est une œuvre d’art séduisante et captivante qui « hypnotise le serpent de la raison » telle une roue qui tourne (sans doute la roue du Dharma : la Loi éternelle dont il est question dans le titre « Shôbôgenzô« ). Et si la raison capitule (capit : perd la tête), la compréhension la plus juste peut naître enfin.

Bref, Maître Dôgen se sert du langage d’un façon assez proche d’une certaine tradition zen et bouddhique, si l’on pense, par exemple à Nagarjuna (le moine indien bouddhiste du II-IIIe siècle), et plus tardivement des koan. Mais au lieu de rechercher purement et simplement l’aporie et la contradiction en une forme brève qui peut en devenir si hermétique, qu’elle risque de rater son but (surtout si l’on confond cette démarche avec du nihilisme), il préfère suggérer et donner les clés : expliquer la raison d’être de ce jeu qui pourrait paraître insensé du point de vue purement intellectuel. Car comme Wittgenstein, Maître Dogen se sert de la logique pour surmonter la logique, la transcender.

« Si l’on dit à la proposition initiale : « A » est « B », on présuppose déjà leur différence ; de même si l’on dit : « A est l’être » ou « A est le non-être », on présuppose déjà l’existence de A, qu’elle soit affirmée ou niée. L’énoncé logique, coupé de la situation d’énonciation, ne peut être que second par rapport au fait langagier. De même, nul ne saurait discourir dans l’absolu sans recourir au langage, alors que le langage lui-même n’est qu’un existant bâti sur le conventionnel [Keryû no hô] ; il n’est ni universel, ni absolu. Comment la formulation logique saurait-elle alors transcender le langage ? »

(Introduction de Yoko Orimo in Maître Dogen, La vraie Loi, Trésor de L’œil, Seuil, 2004, p. 32).

Ainsi, cette œuvre est-elle semblable aux poupées russes matriochkas en jouant avec quantité de connaissances et de niveaux narratifs emboîtés. Elle est donc quasi intraduisible car elle nécessiterait d’être Maître Dôgen lui-même pour en saisir toutes les directions et toutes les subtilités. C’est donc une œuvre volontairement énigmatique et riche pour qu’elle ne s’épuise pas trop rapidement au fil du temps. Mais la forme mérite-t-elle d’être pleinement saisie par l’intellect quand il s’agit justement de lâcher-prise, de renoncer, d’atteindre l’Éveil ?

Si nous comprenons que le Shôbôgenzô est un jeu où tout peut s’articuler par le langage et les métaphores tel un Rubik’s cube, alors on comprend l’état d’esprit de ce vaste corpus, en soulignant que l’Éveil spirituel peut aussi être atteint par des Voies inattendues qui ne sont pas toujours austères. Car il y a une grande générosité dans ce corpus qui relève pleinement d’une culture japonaise, toujours singulière, esthétique, et quelque peu surréaliste. Le Shôbôgenzô est donc une œuvre atypique qui mérite notre intérêt à condition d’être averti de la démarche mise en œuvre.

LA TRADUCTION

Se pose le problème de la traduction d’un texte lui-même difficile à comprendre en chinois et en japonais (car il existe deux versions d’origine de référence), en raison d’une langue dont le vocabulaire a évolué historiquement avec des mots parfois inusités ou rares. Il n’est donc pas plus aisé à pénétrer pour un chinois ou un japonais contemporains. Commençons par le titre « Shôbôgenzô », habituellement traduit par « La Vraie Loi, Trésor de l’œil« . Que signifie ce titre ? La Vraie Loi, c’est le Dharma, la Loi universelle sans âge en toute chose (révélée par le Bouddha). On est donc dans un enseignement traditionnel du bouddhisme zen. Mais « trésor de l’œil » ? En fait l’œil symbolise la conscience éveillée, mais aussi « le cœur des choses ». Ainsi, le titre signifie quelque chose comme « ce que chérit la conscience éveillée : la Loi Universelle. « Trésor de l’œil » est totalement à l’image métaphorique de ce corpus : il y a un risque de ne pas saisir les allusions…

Nouveau paradoxe : il faut être éveillé ou initié, avant d’aborder ce texte sybillin dont le but est l’éveil… Ou alors, bénéficier d’une bonne culture déjà poussée dans le zen ou le bouddhisme pour y percevoir des repères familiers.

D’une certaine façon, le jeu langagier de Maître Dôgen pourrait faire penser à Finnegans Wake de James Joyce. Non pas que ce soit « illisible » et « purement musical », mais plutôt par une langue « travaillée de l’intérieur » avec un langage inédit pour l’époque.

C’est donc « une folie » (au sens italien du terme folia), une « danse des mots », ou plutôt des idéogrammes kanji. Une folie jubilatoire pour un traducteur… Ou un casse-tête, un Rubik’s cube : tout ceci en même temps.

La version intégrale en 4 volumes par les éditions Daisen et dirigée du japonais par Gudô Nishijima. Trad. fr. Erick Albouy.

Dans cette gageure, il faut soit être maître zen ou disciples pour se frotter à cette langue qui est du même coup un voyage philologique entre Chine et Japon (c’est le cas de la traduction proposée par la maison d’éditions DAISEN et Gudô Nishijima, ainsi que Érick Albouy pour la langue française), soit être japonais et particulièrement érudit et initié à la langue et au Zen, voire aussi à la philosophie (c’est le cas de la traductrice japonaise Yoko ORIMO pour la maison d’éditions SULLY). Laissons de côté les traductions à partir de l’anglais en français, évidemment plus faciles, mais qui perdent une meilleure adéquation avec la langue vernaculaire. Voici pour les œuvres complètes des 92 ou 95 textes.

6 couvertures sur 8 dans une gamme « arc-en-ciel » pour les œuvres complètes en 8 volumes aux éditions Sully. (2005-2016)

Ceci dit, coup de chapeau pour le travail « fou » de Yoko ORIMO qui, pendant 30 ans, a voulu traduire patiemment cette intégralité dans une abondance de notes absolument indispensable et précieuse, directement du japonais au français. C’est fulgurant, c’est éclairant, c’est intelligent, même si parfois le texte d’origine conserve son charme, son mystère, son opacité. Mais cette traduction en français fera date, à n’en pas douter, tant elle est riche et « ouverte ». Car Yoko ORIMO ne cherche pas à imposer un sens unique à ce texte, ce qui serait contraire à l’idée même du projet d’origine, mais à nous guider dans un réseau sémantique tel un fil d’Ariane dans le labyrinthe des mots, des idéogrammes. Et ce travail est proprement éblouissant ! Une œuvre d’art !

Ceux qui veulent le sens exact, la traduction parfaite sont triplement dans l’erreur : d’abord les idéogrammes kanji laissent de grandes souplesses de traduction, ensuite la polysémie est voulue par Maître Dogen, enfin le jeu recherché est l’Éveil par un dispositif, une mise en scène langagière. On pourrait même trouver un quatrième niveau à prendre en compte : Maître Dogen lui-même joue en déformant le sens des mots ou de certaines métaphores. Non, c’est un travail d’art, une espèce d’orfèvrerie du langage, mais pas un traité de logique, de philosophie ou de science. L’exactitude doit laisser place à « une essence de pensée » à saisir : un jeu de l’esprit pour atteindre l’Éveil.

Traduire le Shôbogenzô, c’est finalement rendre hommage à Maître Dôgen lui-même, sa personnalité et son immense originalité !

POUR JETER UN ŒIL AU TRÉSOR

Pour y rentrer en douceur, je recommande un petit poche excellent : Maître Dogen, La vraie Loi, Trésor de L’œil : textes choisis du Shôbôgenzô, Seuil, 2004.

Un poche qui sélectionne 7 textes traduits par Yoko ORIMO

Pourquoi excellent ? Parce que ce sont exactement les mêmes textes que dans les œuvres complètes des éditions Sully, même s’il n’y en a que 7, judicieusement sélectionnés, dans ce petit recueil. Parce que les petites notes en bas de page révèlent déjà l’immense travail d’érudition de Yoko ORIMO. Parce que ce poche est économique et que ce sera un « test de passage » avant de se lancer dans les œuvres complètes en 8 volumes ou bien en un méga volume unique de 1815 pages. Parce que ce poche offre aussi une vision d’ensemble du corpus, une biographie et qu’il est en définitive une introduction très synthétique de ce chef d’œuvre de Maître Dôgen. Ce poche est un excellent investissement car Yoko ORIMO sait poser d’emblée les enjeux, révélant de nombreuses compétences en linguistique sino-japonaise, mais aussi dans le Zen, et dans la philosophie.

Les œuvres complètes en un volume aux éditions Sully en bilingue japonais-français (qui existent aussi en 8 volumes chez le même éditeur).

Notes : les 8 volumes (2005-2016) sont enrichis d’autres textes/essais qui sont étrangers au Shôbôgenzô et sont absents du volume unique.

REGARD SUR L’ŒIL DU TRÉSOR

Ceci dit, Maître Dogen a jeté un filet avec son Shôbôgenzô et beaucoup s’y laissent prendre. Par exemple, n’est-il pas ironique que certains lecteurs reprochent à la traductrice de ne pas avoir proposé une traduction fluide, poétique, dans un français naturel comme ceux qui traduisent à partir de l’anglais ? Mais est-on là dans une démarche poétique ? Recherche-t-on à défendre la beauté de la langue ? C’est absolument aux antipodes du but recherché par Maître Dôgen, tout comme le Socrate de Platon se moque totalement du raffinement des sophistes. Se prendre dans les mailles du filet est un risque car la langue, tout comme la logique peuvent séduire… Pour reprendre l’exemple de Socrate, lui aussi utilise le langage, mais non à des fins de persuasion ou de pure rhétorique… Pour lui, le langage n’est qu’un moyen, pas une fin, pour accéder à des vérités. C’est la raison pour laquelle il n’était d’ailleurs pas vêtu d’habits luxueux : au paraître, il préférait l’être. À trop jouer avec le langage, il y a donc le risque d’en demeurer prisonnier. L’étude des œuvres complètes a donc aussi pour intérêt de ne pas s’illusionner sur le subterfuge et le sortilège des mots.

Soyons clair : il existe des ouvrages plus radicaux, plus simples, plus efficaces pour accéder au Zen. Le Shôbôgenzô est une œuvre d’érudition. Mais de la même façon qu’on peut admirer une estampe japonaise aux subtiles nuances, ou un thé aux riches saveurs, on peut parvenir à se distancier des apparences, à les reconnaître comme telles.

On pourrait en oublier le but recherché : l’abandon de tout et même du langage puisque le Vide recherché inclut la totalité. Mais fallait-il ne rien dire ? ne rien écrire ? ne rien laisser, ne rien transmettre ? N’est-ce pas encore plus absurde pour favoriser l’Éveil ?

En tous cas, comme le souligne Yoko ORIMO, il n’y a aucune nécessité à étudier le Shôbôgenzô pour obtenir l’Éveil. Du point de vue du Zen, c’est absolument inutile. Il suffit d’adopter le silence total intérieur dans une posture correcte (zazen). De la même façon, rien n’est vraiment utile : aucun voyage, aucun déplacement aux antipodes quand tout est là. De nombreux sages hindous l’ont répété au cours du temps.

Il y a donc une folie – et l’époque actuelle l’expose brillamment – à vouloir chercher partout et tout le temps, ce qui est déjà là de toute éternité. Mais si nous comprenons fermement, sans aucune hésitation, que plus rien n’est utile, si nous le comprenons par le Shôbôgenzô, par exemple, au niveau du langage et des concepts, alors, c’est que nous sommes véritablement éveillés ! Car le Zen est une invitation au silence, au regard intérieur : l’œil qui perçoit tout.

Mais… si nous sommes déjà dans cet Éveil… pourquoi aurions-nous à fuir quoi que ce soit ? Fuir le langage ? Pourquoi ? Si l’on ne se laisse plus prendre par les dichotomies, les oppositions, le jeu des contraires, il n’y a plus le danger de la Mâyâ. Ainsi l’inutile devient totale indifférence et il n’est pas rejeté comme tel. Et l’inutile, pour certains, peut être utile… Tout devient relatif, tout comme le langage. Il n’y a donc aucune raison de refuser une réalité lorsque celle-ci participe d’une Réalité plus grande et même si tout ceci révèle un vaste écran de fumée, l’Éveil est aussi un voyage, un cheminement, pas seulement un but.

Le Shôbôgenzô est donc une œuvre d’art utile/inutile mais composée avec une grande intelligence, ludique, par Maître Dogen.

Ceux qui aiment le Japon, sa langue, sa culture, sa spiritualité peuvent aussi s’y retrouver au titre de ce « voyage » proposé. Qui sait : peut-être pourraient-ils trouver l’Éveil ?

Car s’il existe un « trésor » par l’illumination de l’œil intérieur, ne serait-ce pas dommage de passer à côté ?

AUTRES TRADUCTIONS

Personnellement, le travail de Yoko ORIMO, je l’ai trouvé remarquable. Pour la langue et la culture française : un grand merci. Elle méritait sans nul doute une distinction pour ce travail colossal au service du Zen, mais de la langue et la culture franco-japonaise également (elle a obtenu la Médaille Delalande-Guerineau de l’Académie des Belles-Lettres, « pour le meilleur ouvrage sur l’Orient paru ces deux dernières années« ).

Si nous ne parlons plus des œuvres complètes, mais de textes choisis, sachant qu’il y en a toujours qui sortent du lot et que l’on considère comme « majeurs », il y a des traductions diverses du japonais au français qui méritent d’être connues car on peut dire que le japonais, par sa langue et notamment ses kanji, favorise les approches multiples. Ce n’est pas qu’une traduction sera forcément meilleure qu’une autre, mais elle exprimera une autre sensibilité, voire un autre éclairage. Si cela est justifié selon une logique sous-jacente des idées, en fait, plusieurs traductions peuvent coexister sereinement. Et là, pour le coup, elles sont nombreuses. Mais je n’ai pas mené d’enquêtes comparatives pour faire un choix dans toutes ces traductions, je laisse donc chacun à ses recherches sur wikipédia et selon ses sensibilités propres.

Liens utiles

livresbouddhistes.com

Quelques livres de Yoko Orimo :

Comme la lune au milieu de l’eau : art et spiritualité du Japon, Sully, 2018

Et Dôgen et la spiritualité de la résonance : Variations sur le Shôbôgenzô, Sully, mars 2021 (à paraître prochainement).

Le pouvoir d’obnubilation

Ce mot est assez fascinant tant il est riche de significations et quasi poétique. En effet, le verbe « obnubiler », étymologiquement, signifie « couvrir de nuage », ou encore « mettre une nuée devant soi ». Si l’on consulte la référence du dictionnaire latin-français de Félix Gaffiot :

« Obnubilo : couvrir d’un nuage » (Félix Gaffiot, Dictionnaire Latin-Français, Gaffiot, 2016, p. 917).

Par exemple, nous avons l’adjectif « nébuleux » qui a la même origine. Une nébuleuse est un nuage de gaz. Un esprit nébuleux est un individu qui n’a pas les idées claires.

Donc, « obnubiler » signifie que notre esprit a la faculté d’abstraire (ou d’obscurcir) au profit de l’attention portée sur un objet unique (ou au détriment des autres objets). S’obnubiler marque à la fois une faculté positive – celle de distinguer, d’isoler conceptuellement, de se concentrer – et une disposition négative, celle de ne pas prendre en compte la totalité d’un contexte, ce qui créé, en définitive, de la confusion. En quelque sorte, c’est l’arbre qui cache la forêt.

Ce pouvoir est capital dans l’hypnose. Le pouvoir d’attention porté sur un objet unique peut nous mettre en transe, c’est-à-dire placer « en arrière-plan » tout le reste, comme sous un voile.

Si nous traitons à présent de l’obnubilation, c’est que ce thème entre en correspondance avec le sujet traité précédemment à plusieurs reprises de la mâyâ – la magie illusoire du monde sensible impermanent, mais aussi la représentation mentale des choses qui conceptuellement ne cessent de s’opposer par discrimination. La faculté d’obnubilation est au cœur du pouvoir discriminant de la raison, au cœur également de la mâyâ car nous sommes comme aveuglés par l’objet posé devant nous, au détriment du reste.

« Mâyâ produit le monde des apparences et son pouvoir d’obnubilation nous pousse à croire que les phénomènes existent bel et bien tels qu’ils nous apparaissent. Dans le bouddhisme, croire que les êtres et les phénomènes sont dotés d’une réalité objective et autonome est une des formes que prend mâyâ » (Alain Grosrey, Le Grand Livre du Bouddhisme, Albin Michel, 2007, p. 850).

En fait, qu’est-ce qui fait défaut à l’obnubilation dans le cadre de la spiritualité ? C’est l’absence de prise en compte de la vacuité interdépendante. Nous croyons, par obnubilation, que l’objet existe en soi et par soi. De ce fait, notre attention se cristallise sur l’objet et nous le figeons dans un concept.

« Si nous n’étions pas si attachés aux apparences, l’enseignement n’aurait pas besoin de mettre l’accent sur la vacuité. Cette insistence n’est due qu’à notre aveuglement matérialiste qui rend nécessaire un antidote pour nous amener à comprendre que la réalité des phénomènes diffère de celle que nous leur attribuons communément. Cet antidote, répétons-le, c’est la vacuité » (La Vacuité : la face cachée des apparences, Claire Lumière, 2016, pp. 14-15).

L’obnubilation est donc une sorte de « charme », d’hypnose que certains imputent à la magie de la mâyâ. S’obnubiler revient à s’obséder l’esprit : donner corps à une entité et la rendre omniprésente à nous-même. Ce peut-être le fruit d’un charme amoureux, mais aussi d’une peur obsessionnelle. Que ce soit le désir, la passion, ou la peur, la répulsion : nous créons des attachements par obnubilation.

Ainsi, ce mot est capital dans le vocabulaire de la spiritualité hindoue et bouddhiste. En effet, l’éveil spirituel n’a lieu que lorsque nous comprenons que nos divisions conceptuelles sont artificielles, fausses. Tout semble séparé alors que tout est lié. En fait, ce sont ces liens qui sont « nébulisés » car nous ne les voyons pas, nous ne les soupçonnons pas. Par exemple, ce sont les atomes, ou encore le vide, que nous omettons par les choses que nous voulons prendre pour argent comptant. Les apparences nous leurrent. La surface nous trompe.

Ce serait, par exemple, le reflet du visage de Narcisse qui est isolé de tout le reste. Ce reflet n’est même plus un reflet. C’est un visage. Un visage séduisant car relevant d’une « inquiétante étrangeté » : à la fois semblable et différent du modèle qui le contemple. Si Narcisse se laisse séduire, c’est en raison du pouvoir d’obnubilation. Tout le reste est occulté et ce visage « posé devant soi » obscurcit la conscience de Narcisse. L’eau devient la source nébuleuse – les nuages ne sont-ils pas constitués d’eau ? L’eau devient écran comme la mâyâ-cinéma. Narcisse se fait des films. Et il plonge, s’immerge dans une réalité illusoire. C’est un mythe important car il décrit un processus que nous expérimentons tous. Ce sont nos rêves illusoires, nos erreurs de jugement, nos croyances qui sont ici en scène. Un psychanalyste dirait que ce sont nos projections inconscientes.

« Par exemple, l’être qui, par erreur, prend une coquille de nacre pour un écu, est victime de l’ignorance. Cette avidyâ, désignée comme la cause de la pièce d’argent imaginaire, qui est perçue comme existant réellement, agit de deux manières différentes : elle cache les données exactes, le débris de nacre et, à sa place, elle fait apparaître une pièce d’argent. Ces deux aspects de la nescience reçoivent respectivement les noms d’āvaraṇaśakti et de viksepaśakti ; le premier est le pouvoir d’obnubilation, et le second, le pouvoir de projection » (Comment discriminer le spectateur du spectacle, trad. M. Sauton, Jean Maisonneuve Successeur, 1977, p. XLVIII).

Nous donnons « chair » aux objets inertes du monde. Le reflet de Narcisse prend vie par ses propres croyances. Le pantin prend vie si nous agitons ses fils. La mâyâ est autant en nous qu’en dehors de notre égo illusoire. Si elle n’était pas en nous, nous ne verrions que des objets inanimés, morts. Nous pourrions identifier le reflet et il n’aurait donc aucun pouvoir de fascination. Et si elle n’était pas à l’extérieur de notre enveloppe corporelle, nous n’y prêterions guère plus d’attention qu’à une pensée fugitive. C’est donc bien un jeu que permet l’obnubilation entre le dedans de nos désirs et de nos peurs, et le dehors des aspects formels. Mais ce jeu, nous le méconnaissons, le mésinterprétons.

Nous aurions pu aussi prendre l’exemple du mirage. Pour que le mirage agisse efficacement, il faut ignorer les lois de la physique et prendre les apparences pour des réalités substantielles. Il faut donc « charger les images », les « habiter », leur donner vie. Il faut que le masque trouve une expression, notre expression. Un psychanalyste sait qu’une projection inconsciente trahit une vérité portée en soi-même, une vérité refoulée. Le pouvoir d’obnubilation est donc une trahison, un aveu, une création qui a tout à voir avec nous. Il est reflet. Le mirage ne fait que véhiculer une image.

« Depuis l’Intelligence cosmique (mahat) jusqu’au corps grossier, le monde n’est qu’un effet de mâyâ. Cet effet et mâyâ elle-même constituent à eux-deux le non-Soi. Ils ne sont l’un et l’autre, pas moins illusoires qu’un mirage qui apparaît dans les sables du désert » (Le plus beau fleuron de la discrimination, trad. M. Sauton, Jean Maisonneuve Successeur, 1998, p. 34).

Ainsi, la Libération s’effectue tout autant à l’extérieur qu’à l’intérieur car il faut prendre l’illusion de la mâyâ « des deux côtés » en même temps. L’extérieur ne doit plus nous fasciner et l’intérieur ne doit plus nous induire en erreur par nos jugements. Tous ceux qui séparent l’extérieur de l’intérieur ne peuvent pas réaliser la Libération recherchée. L’issue n’est pas dans le miroir, le mirage, le reflet. L’issue n’est pas non plus dans l’esprit « à vide ». En somme, il faut être dans le jeu de la mâyâ, il faut jouer ce jeu, pour pouvoir le déjouer. Sans quoi, il n’a aucune issue, demeure insaisissable, incompréhensible, comme un chat qui tente d’attraper un point de lumière, un reflet…

Le secret de la Mâyâ : sa nature vibratoire (spanda)

Cet article s’inscrit à la suite de deux autres :

Si nous revenons sur ce sujet, c’est parce qu’il est fondamental et que la Mâyâ est au cœur de plusieurs enjeux : soit nous la considérons comme ce qui nous empêche de prendre conscience de la vraie nature du substrat permanent des choses, soit nous la considérons comme la manifestation d’une création incessante, sachant qu’elle est impermanente, donc re-créations à l’infini, ou bien récréation d’un Esprit se réflétant lui-même dans ses œuvres. Ce serait comme l’aspect « verre à moitié vide/verre à moitié plein » car en désignant la même chose, nous pouvons parvenir à nous opposer par des vues différentes.

Rappelons ici que le but d’ulluriaq.com n’est pas de défendre une religion ou une spiritualité en particulier, mais de donner des outils de réflexions qui stimulent les recherches d’éveil en spiritualité. Ainsi, nous sommes libres d’aborder de nombreuses spiritualités ou même d’aborder des thématiques connexes. Notre but est aussi de chercher de l’unité à travers les enseignements traditionnels car nous sommes hélas enlisés dans les dichotomies du mental qui embrouille les choses au lieu de les éclairer. En fait, l’intellect ne suffit pas pour dégager clairement « la voie », il faut nécessairement des pratiques méditatives et des expériences pour dépasser les armatures conceptuelles qui figent les choses en dogmes. Il faut aussi du cœur afin de vouloir unifier tout ce qui s’oppose et se rappeler que la Vérité étant universelle est diffractée partout et en tout, qu’elle n’est donc ni passée, ni présente, ni future, mais éternelle. Si nous prenons soin de clarifier l’esprit de notre démarche, c’est que la Mâyâ est source de divisions au sein des traditions. Et cela est normal puisqu’elle est dénoncée comme « trompeuse ». Il nous faut donc dépasser cet « écran de fumée ».

Nous avons précédemment abordé sa nature sensible, raison de sa terrible efficacité. Puis, continuant dans cette logique, nous avons abordé le rôle de la lumière car tout ce qui est donné à voir dépend d’elle. Nous en avons profité pour aborder deux « distributeurs » de Mâyâ que sont Brahmâ et Mârâ, selon que nous préférons aborder l’aspect divin et ludique, ou l’aspect maléfique et trompeur. Mais pour unifier tout cela, nous allons aborder à présent son secret, son essence véritable : la Mâyâ n’est pas qu’ombre et lumière, n’est pas que « sensible », elle est aussi « champ vibratoire ». Pour désigner cette nature vibratoire, nous allons reprendre un mot sanskrit qui se trouve adéquat : le spanda.

« Le ‘spanda‘ est identique à la Vie cosmique ou ‘prana’ universel, identique au Cœur suprême, au Sujet absolu. Sa richesse englobe tout, ce qu’explique sa racine ‘spand’ : entrer en mouvement, frémir, palpiter, vibrer, le spanda étant à la fois mouvement léger et imperceptible (kimcic calattâ), acte qui s’ébranle, pulsation, et de façon générale, vibration » (Lilian Silburn, Śivasutra et Vimarśini de Kṣemarâja, Institut de Civilisation Indienne, E. de Broccard, Paris, 1980, p. 6)

Quel est l’intérêt d’aborder la Mâyâ de cette façon ? C’est d’unifier justement les différentes traditions spirituelles ou religieuses. Car la Vérité étant une (ou universelle), si nous nous déchirons dans des points de vues d’écoles ou de religions, c’est que nous sommes nous-mêmes plongés dans l’obscurité. Nous nous déchirons en raison de nos limites conceptuelles, donnant trop de crédit à notre intellect – un instrument parfaitement adapté pour le plan matériel constitué d’objets distincts, mais totalement dépassé pour aborder sereinement la réalité des plans supérieurs de conscience.

« Dans sa réalité ultime, le Brahman est transcendant, absolu, infini, tandis que les sens et l’intellect – auquel les sens fournissent le matériel – sont finis (…). Par conséquent, par sa nature même, le Brahman doit être inconnaissable par l’intellect… » (Shri Aurobindo, Brahman et Maya dans les Upanishads, Dervy, 1980, p. 26).

« La naissance de Mâyâ, si naissance il y eut, s’est passée au-delà du phénomène, avant l’origine du Temps, de l’Espace et de la Causalité. Elle n’est donc pas connaissable pour l’intellect qui ne peut penser qu’en termes de Temps, Espace et Causalité » (Idem, p. 58).

Un instrument qui divise ne peut pas nous donner l’unité recherchée. Si nous prenons un casse-noix pour recoller les morceaux d’un vase, nous n’y parviendrons pas. L’intellect doit donc reprendre une place beaucoup plus humble : une parole de transmission, un support de pensée, mais il n’est pas une fin en soi.

« Mahâmati, on n’a pas recours au langage dans toutes les terres de bouddha, du fait que le langage n’est qu’une construction conventionnelle » (Soutra de l’entrée à Lankâ : Lankâvatâra, Fayard, 2006, p. 130).

Par ailleurs, avec l’intellect, il est impossible d’accéder à une « représentation » de ce qui dépasse la nature d’un objet et d’un sujet. L’Absolu ne se « représente » pas. L’essence de la Conscience ou de l’Être ne se représente pas.

« Le Nirvâna dépasse l’esprit et le mental : telle est l’unique réalité » (Soutra de l’entrée à Lankâ : Lankâvatâra, op. cit., p. 169).

Le substrat permanent derrière l’impermanence des choses se conceptualise sans difficulté, mais tombe sur une abstraction vide de sens. Bref, quel constat en tirons-nous ? La Mâyâ prend évidemment part à ces considérations car toute représentation conceptuelle des choses est fausse car incomplète, déformée et porteuse de croyances. Ainsi, le monde sensible, le rapport lumière/ombre pourrait être satisfaisant d’un point de vue conceptuel, mais nous sommes encore loin du compte. Il nous faut donc à présent aborder la nature vibratoire de la Mâyâ.

Mais tout d’abord, la Mâyâ est-elle de nature vibratoire ? Oui. Comment le savons-nous ? Parce que tout ce qui est existant est porté par une vibration. Bien avant que la science et la physique en particulier ne le démontrent, les livres sacrés des différentes religions l’affirmaient. L’onde est première, primordiale, primitive. Si nous voulons parler d’un « substrat permanent » derrière l’impermanence, nous accédons forcément à la nature vibratoire car à partir d’elle, tout est créé. La science nous a permis de certifier qu’une pensée possède une fréquence, qu’une couleur possède une fréquence et qu’il en va ainsi jusque dans l’infiniment petit. Lorsque nous sortons de notre corps physique et que nous découvrons d’autres réalités tangibles, c’est qu’il existe des plages de « mondes fréquentiels » comme l’aiguille balayant un tuner radio. Et même sans avoir besoin de sortir de notre corps physique, il arrive parfois que nous traversions d’autres réalités fréquentielles. Les fréquences sont partout : dans le plan physique et tous les autres plans d’existence. Les mondes sont séparés comme par des « rideaux fréquentiels ». Il est donc pertinent de déclarer que la Mâyâ est une illusion de magicien. À l’échelle du temps qui détruit toute chose (façon de parler), les mondes sont comparables à des mirages : tout ce qui peut naître, peut disparaître. Et en raison de la nature fréquentielle des choses, un monde peut apparaître, surgir… et disparaître. S’il existe des voiles d’ignorance, il y a aussi des voiles d’invisibilité. Nous pourrions parler des « voiles de la Mâyâ » car tout méditant sérieux ayant une longue pratique a certainement vécu des immersions dans d’autres réalités spirituelles : des mondes surgissent et disparaissent. L’esprit est tout à fait capable de faire cela. Nous le savons notamment par l’imagination. Nous le savons aussi par le souvenir. Nous le savons encore par les rêves (qui combinent imagination et souvenir). Comment cela est-il possible ? Parce que l’esprit est aussi de nature vibratoire.

Par conséquent, toute pensée est vibration, qu’elle soit visuelle ou purement conceptuelle. Toute pensée fabrique donc une Mâyâ. Nous pourrions ainsi dire que tout être est un magicien malgré lui puisqu’il peut s’illusionner lui-même dans ses fantaisies, ou bien que tout être est un créateur divin puisqu’il peut créer avec son esprit tout ce qu’il veut.

Ce rapport à la vibration a bien été identifiée par la plupart des traditions spirituelles et leur récit d’une cosmogenèse. En revanche, il faut y ajouter l’information – ce qui a été une découverte relativement récente de la physique. Car comment une vibration peut-elle prendre forme ou figure si elle n’a pas en elle de l’information ? Même le son possède de l’information puisqu’il se caractérise (en durée, en hauteur, en timbre, etc.).

« Du son, que déjà les anciens nommaient śabdabrahman, dérivent toutes les formes et tous les objets devenus tangibles après le second stade de la Parole (paśyantî). Issu et imprégné du Verbe, confondu avec le ‘Je’ universel (aham) et la vibration spontanée (spanda), le son se diversifie par la résonance (nâda et dhvani) contenant toutes les expressions verbales en son indifférenciation et qui jaillit perpétuellement. (…) Sans résonance et dynamique vibratoire, rien ne se transforme, donc rien ne vit, rien n’existe et il n’y a aucun transport d’information » (Jean Papin, Śakti Sûtra, Almora, 2006, p. 52).

Un son sans information devient une abstraction. Or de qui ou bien d’où provient l’information ? Nécessairement d’une conscience douée d’imagination. C’est la raison pour laquelle, l’école traditionnelle tantrique dite « Spanda » n’a pas dissocié le spanda de la pensée ou de la conscience (en sanskrit « citta« ) :

« De même, plus tard, Gaudapâda, dans la Mândûkyakârikâ (IV, 47, 48, 72) fait allusion à la vibration de la pensée (citta-spandita), cause de la dualité sujet-objet, ainsi que des apparences phénoménales » (Lilian Silburn, Śivasutra et Vimarśini de Kṣemarâja, op. cit., p. 10).

« Les anciens textes bouddhiques comme le Dhammapada (33-34) ont bien le terme pâli ‘phandana’, en sanskrit ‘spandana’, mais qui désigne la vibration de la pensée dispersée et qu’il faut donc supprimer » (Idem, p. 10).

« 33. Elle frétille, elle oscille la visée [phandana/spandana], difficile à contenir, à maintenir : l’homme intelligent la redresse, comme l’artisan, la flèche qu’il fabrique. 34. Telle créature des eaux jetée sur le sec, tirée de l’humide séjour, frétille comme visée pour échapper au royaume de Marâ«  (Le Bouddha, Dhammapada : les stances de la Loi, trad. J.-P. Osier, Flammarion, Paris, 1997, p. 59).

Nous constatons que ce sont bien la pensée et ses vibrationscitta-spandita – qui génèrent la Mâyâ : les apparences phénoménales, la dualité sujet-objet. En fait, l’école tantrique Spanda nous dépeint une gradation, voire une dégradation, depuis l’état originel nommé « spandatattva » – la Réalité absolue ou ultime vibratoire (tattva) – jusqu’à la pensée discursive, dichotomique, discriminante :

« L’originalité de cette école tient au spanda. Vasagupta fut en effet le premier à nommer ‘spanda’, la libre puissance qui éclaire, donne vie et mouvement à tout ce qui existe. Le ‘spandatattva’, Réalité ultime en tant que vibration est la Conscience universelle : une Conscience à la fois en acte et en repos, un repos que jamais elle ne quitte, un acte qui jamais ne défaille et qui, en outre, s’épanouit » (Idem, p. 5).

Et c’est la raison pour laquelle la Mâyâ, nourrie d’énergie vibratoire et d’informations, constitue une certaine force ou puissance (shakti) :

« La puissance par laquelle le monde de la dualité est manifesté est Mâyâ śakti. Et donc śakti est celle qui tout à la fois voile (avarana) et celle qui projette (vikṣepa) » (Serge Carfantan, Que faisons-nous de notre liberté ?, Almora, 2018).

« En raison même de cette parfaite liberté, Śiva déploie son énergie d’illusion (mâyâśakti), et la vibrante Réalité, son propre Soi, semble perdre son unicité, la division s’introduit au sein de l’unité indivise » (Lilian Silburn, Śivasutra et Vimarśini de Kṣemarâja, op. cit., p. 7).

Nous avons mis en gras « semble » car, bien entendu, la division, la distinction n’est qu’une apparence « vue d’en bas », en quelque sorte – depuis les plans d’existence les plus soumis à la matière lourde, dense, opaque. Car, en effet, dans les plans supérieurs, l’énergie vibratoire ou spanda n’est pas dissimulée, elle est visible au sein même des choses (les corps ont des auras, les plantes sont parcourues de parcelles lumineuses, etc.). Dès lors, nous comprenons que tout existe en inter-relations, ce qui est le sens véritable de « vacuité » :

« Vacuité : En sanskrit shûnyatâ, en pâli, suññatā. Impermanence et insubstantialité des phénomènes conditionnés qui n’existent pas de façon autonome, mais seulement de façon mutuelle. La vacuité est la désignation métaphorique de l’existence conditionnée, de l’interdépendance causale » (Jean-Pierre Schnetzler, De la mort à la vie, Dervy, Paris, 2000, p. 255).

Conclusion

Quel aura donc été l’intérêt de considérer la Mâyâ sous son aspect vibratoire ? Jusqu’à présent, nous avions surtout souligné le rapport au sensible, au visible et même au sentiment illusoire d’extériorité propre à la Mâyâ. Mais nous avions laissé de côté le rapport psychique qui génère lui-même la Mâyâ par ses représentations, ou bien son imagination. En ayant abordé le spanda – la nature vibratoire de toute pensée -, nous avons mis en évidence que la Mâyâ est en fait une faculté de l’Esprit, un Esprit en acte qui s’ouvre, se déploie. D’ailleurs, il est opportun de rappeler que le mot sanskrit « brahman » est construit sur la racine BṚH- qui signifie « augmenter, agrandir ». Notre concept de « big-bang », par exemple, correspond tout à fait à cette idée, avec un univers en expansion.

Ainsi, nous constatons une certaine unité au sein des traditions spirituelles car que ce soit un Dieu créateur au moyen du Verbe vibratoire, ou que ce soit un Brahmâ duquel émane sans cesse des créations infinies, ou que ce soit un Mârâ auquel nous rapportons toutes les illusions trompeuses en raison de la projection sur les phénomènes de notre mental discursif, dichotomique ou discriminant, nous dépeignons, en fait, une même Réalité qui est re-création permanente, par jeu, par récréation de l’esprit, qui est certes éphémère, mais qui a perdu « toute sa tonalité tragique » lorsque, par exemple, nous la dénonçons. Pourquoi a-t-elle perdu sa tonalité tragique ?

  1. Tout d’abord parce que l’illusion n’existe que si nous adhérons à la croyance que tout n’existe que de façon séparée et autonome.
  2. Ensuite, parce que de toute façon, à l’échelle de l’éternité, de l’Absolu et de l’infini, la notion de « provisoire, éphémère, impermanence » n’a plus de réelle importance.

En définitive, ce sont bien nos attachements qui rendent tragiques nos rapports à la Mâyâ. Mais « attachement » est à prendre dans tous les sens du terme : attachement à des croyances, des idées, des dogmes ; attachement à notre égo provisoire ; attachement aux objets sensibles éphémères – toutes sortes d’attachements. Ce sont ces mêmes attachements qui nous font voir la Mâyâ comme la production d’un malin génie qui voudrait nous tromper, contrecarrer nos projets et nos possessions. En fait, la Mâyâ a tout autant peu de responsabilité qu’un film projeté sur un écran. Ce n’est pas elle qui décide de nos croyances. Elle n’impose rien. De la même façon que lorsque nous voyons un tour de magie sur scène et dans la rue, nous savons qu’il existe un truc, nous ne sommes pas obligés d’être naïfs lorsque nous connaissons le processus d’une savante mise en scène. La Mâyâ serait plus comme une industrie efficace, performante pour rendre effective n’importe quelle pensée, tels les robots d’une chaîne de montage, par exemple. Sans la Mâyâ, il n’y aurait tout simplement pas de création !

« La liberté innée, spontanée, partout vibrante dans le monde animé et dans le monde inanimé, que tous éprouvent de façon immédiate comme leur propre nature identique au Seigneur, a pour forme la Réalité du spanda » (Lilian Silburn, Śivasutra et Vimarśini de Kṣemarâja, op. cit., p. 7).

La Mâyâ touche donc aussi notre rapport à la liberté (de penser et de créer) et, sans aucun doute, au rapport à l’Art également (au sens le plus large). Quand un bouddhiste fabrique la figure complexe d’un Mandala magnifique puis qu’il le disperse aux quatre vents une fois qu’il est achevé et apprécié, il a accompli le processus même de la Mâyâ. De plus, cette œuvre d’art symbolise la Création avec son Cœur, son origine.

112 méthodes d’Éveil : Le Tantra de la Reconnaissance de Soi

« Notre texte est la quintessence secrète de la connaissance expérimentale que l’Absolu a de lui-même » (David Dubois, Le Tantra de la Reconnaissance de Soi, Almora, 2015, p. 37).

Shiva (ou Bhairava) en compagnie de la déesse de l’énergie divine Śakti (« l’enseignement secret de Shiva »). Cette peinture illustre en fait Shiva qui confère la science mystique à sa propre énergie comme, par exemple, avec la méthode du cycle respiratoire.

Le confinement, en raison de la pandémie, aura permis certaines initiatives. Fin mars 2020, nous avons créé Ulluriaq.com pour tenter de combattre la morosité ambiante et de profiter de cette période cruciale pour favoriser une introspection spirituelle à la recherche de l’Éveil et d’une liberté spirituelle. Il est donc logique que nous présentions une démarche similaire qui a débuté quasiment en même temps, dès avril 2020, par un philosophe sanskritiste : David Dubois.

Crédit photo : David Dubois, 2020.

David Dubois est l’auteur de nombreux ouvrages appréciables car sans ses traductions en langue française, certains de ces textes en sanskrit resteraient inconnus ou méconnus – quelques-uns étant traduits seulement en langues étrangères (comme par exemple son livre L’essence du yoga selon Vasishta (Almora, 2015) et son Anthologie du Shivaïsme du Cachemire (Almora, 2020). Pour ma part, j’ai apprécié ses livres L’hymne à la forme du Sans-Forme – Le Dakshinâmûrtistotra et son commentaire (traduit du sanskrit, Lulu, 2014), et La liberté de la Conscience d’Abhinavagupta (Almora, 2015).

Qu’a-t-il donc proposé pendant le confinement ? Il a proposé d’accompagner sur sa chaîne Youtube une relecture de son livre Le Tantra de la Reconnaissance de Soi. Une relecture inspirée car ce n’est pas « une version audio » qu’il présente, mais une réinterprétation, une retraduction et une réflexion sur chacun des 163 versets du Tantra pour 112 méthodes d’Éveil.

Voici le livre aux éditions Almora que David Dubois nous présente :

Ci-dessous la première vidéo qu’il a postée sur sa chaîne YouTube et qui démarre son cycle. Il y explique sa démarche par rapport à la tradition et expose son introduction.

Nous voyons le titre en sanskrit : « Vijñāna Bhairava Tantra« . Ce texte a été précédemment traduit à partir du sanskrit par Lilian Silburn en 1999 (sous le titre en français « La discrimination de la Réalité ultime »), bien que son livre édité par le Collège de France, Institut de Civilisation Indienne (E. de Boccard), soit épuisé. Il a aussi été traduit à partir du sanskrit par Pierre Feuga en 2007 sous le titre Cent douze méditations tantriques (Accarias), ouvrage également épuisé. En revanche, le livre de Pierre Feuga, Tantrisme : Doctrine, pratique, art, rituel est toujours disponible aux éditions Dangles, 2010. Il existe d’autres traductions en français, mais à partir de l’anglais, non pas directement du sanskrit.

Pour ceux qui ne découvrent que maintenant ce livre et sa chaîne YouTube, il est encore temps de suivre en continu ses commentaires et ses traductions car il n’a pas encore achevé, au jour d’aujourd’hui, la présentation audiovisuelle des versets du Tantra. En effet, comme nous pouvons le voir ci-dessous, il en est au 98e verset en ce 18 juin et il y en a 163 au total.

Il introduit chaque verset par un chant (une « invocation de bon augure »), puis la lecture en sanskrit, avant de se lancer dans la traduction. Il médite sans doute avant car nous ressentons un véritable lâcher-prise avant qu’il ne prenne le chant et la parole, ainsi qu’un silence mesuré entre chaque énonciation. Bref, une démarche authentique, qui se veut rigoureuse dans la traduction, bien que toutefois paradoxale puisqu’il ne cache pas que ce texte soit à contre-exemple de la tradition. En effet, dans la première et seconde vidéos, il déclare : « ce tantrisme est à l’opposé du tantrisme » puisqu’il va « à contre-courant ». Ce texte s’inscrit néanmoins dans le Shivaïsme du Cachemire (dont David Dubois s’est fait le spécialiste à travers plusieurs ouvrages), bien qu’il nuance et qu’il affine : « En réalité, il s’agit d’un courant śakta, centré sur Śakti, le ‘pouvoir’ ou la ‘puissance’ du dieu Śiva » (David Dubois, Le Tantra de la Reconnaissance de Soi, Almora, 2015, p.11). Aspect corroboré par Pierre Feuga pour qui le tantrisme se définirait plutôt comme « shâktisme » (Pierre Feuga, Tantrisme, Dangles, 2010, p. 9).

Présentation du Vijñāna Bhairava Tantra

Ce « livre » ou texte sacré a été transmis oralement par les siddhas (sages hindous « accomplis ») et fait partie des plus anciens tantras ou Agama connus de l’école Shivaïte. Mais qu’est-ce qu’un « tantra » ? Ce mot sanskrit est construit sur la racine « Tan » qui signifie « fil », « tissu », « trame » sans doute parce que les textes étaient écrits initialement sur des parchemins, donc tissés. Mais l’idée est aussi de signifier que tous les tantras appartiennent à la même « trame », unie sur un même fond de vérité éternelle.

« Il s’agit d’un véritable catalogue de méthodes et d’expériences spirituelles (…). On tombe aussi sur une collection d’invitations à l’expérience dans des circonstances étonnantes, voire anti-spirituelles : colère, surprise, égoïsme, éternuement, bâillement, panique et autres situations de stress extrême » (David Dubois, Le Tantra de la Reconnaissance de Soi, op. cit., pp. 9-10).

« En fait, il synthétise toutes les techniques traditionnelles de la mystique indienne : souffle, kundalini, mantra, tantrisme sexuel, bhakti, etc., et décrit les formes les plus variées de la concentration » (Lilian Silburn, Le Vijñāna Bhairava, E. de Boccard, Paris, 1999, p. 10).

« Les 112 voies d’accès vers l’infini vont des méditations les plus âprement métaphysiques à des actes aussi triviaux que l’éternuement, en incluant avec une belle équanimité toutes les émotions de l’existence, depuis la joie de retrouver à l’improviste une personne aimée, jusqu’à la panique sur un champ de bataille, toutes les techniques traditionnelles indiennes (prânâyâma, mantra, mudrâ), mais transposées ici et recréées avec une fraicheur et une acuité saisissantes » (Pierre Feuga, Cent douze méditations tantriques, Accarias L’Originel, Paris, 1988, p. 24).

Étant donné que sur ulluriaq.com, nous nous ouvrons à toutes les spiritualités, cette diversité des approches n’est pas pour nous déplaire, bien au contraire. Nous pensons que la richesse des voies favorise l’éveil spirituel à une plus large échelle car nous ne sommes pas tous, en tant que chercheurs occidentaux, ancrés dans une religion ou une tradition. De plus, beaucoup conservent le préjugé que l’éveil spirituel ne peut être que long, laborieux, voire ésotérique (au sens littéral de « caché », donc hermétique). Or si préjugé il y a, réalité s’ensuit. Mais justement, ce Tantra dément l’idée d’un éveil forcément long, difficile, laborieux (bien qu’il confirme l’aspect secret par son sous-titre : « Enseignement secret de Śiva » : śivopaniṣat). Les voies sont innombrables telles les parois d’une montagne. Certains voies sont ardues, d’autres, bien plus aisées.

« Notre tantra ne croit pas à une méthode exclusive pour s’affranchir de ces cages en forme de religion. Il propose un catalogue dans lequel chacun trouvera son éveil » (David Dubois, Le Tantra de la Reconnaissance de Soi, op. cit., p. 10).

Bien entendu, ces 112 méthodes sont portées par un même esprit comme des variations sur un thème unique, ce qui les rend encore plus accessibles si nous en saisissons l’unité ou le fond. David Dubois concède cela car nous pourrions croire qu’on nous expose parfois des voies d’éveil assez similaires. Pourtant, les auteurs de cette compilation ne se sont pas embarrassés ni des sources traditionnelles (hindoues, voire bouddhistes), ni des thématiques abordées, ayant sans doute la ferme conviction que l’essence de la Vérité est Une, quelle que soit le temps et l’espace. Ainsi, « nous verrons (…) que l’on trouve dans notre tantra des « techniques » de toutes provenances, de toutes les religions de l’Inde » (Idem, p. 14). Il s’agit, de ce fait, d’un syncrétisme, mais sur des bases traditionnelles et un même vaste territoire : l’Inde.

En philosophe, David Dubois mentionne des tentatives de réordonnancement des tantras. Par exemple « le schéma des ‘trois méthodes’ propres à Abhivanagupta, le plus grand maître śakta du Cachemire » (p. 14) avec notamment les thèmes du vide et de la félicité.

Personnellement, je pense que les compilateurs de ce tantra étaient au-delà d’une approche intellectuelle, au-delà d’une vision « historiciste » des textes. Pour beaucoup d’hindous, la sagesse est éternelle, donc intemporelle. Ainsi, tous les carcans que nous projetons sur les choses divisent, plutôt qu’ils rassemblent. Ils étaient donc cohérents avec eux-mêmes : une compilation n’a aucunement besoin d’obéir à des stéréotypes de pensées puisque les formes sont faites pour être transgressées… Car oui, il y a transgression, cela est manifeste, dans cette approche décomplexée de l’éveil spirituel. Si la Mâyâ existe avec ses formes illusoires, trompeuses, pourquoi y obéir ? On peut donc comprendre l’esprit des compilateurs. Mais on peut comprendre aussi l’approche philosophique qui aime restaurer de l’ordre, de la structure dans un apparent chaos.

Sur ulluriaq.com, nous avons fréquemment instauré un dialogue entre bouddhisme et hindouisme (l’un ayant puisé à la source de l’autre). Or, ce tantra, lui aussi, transgresse les étiquettes :

« La conscience ne se réduit pas à ce qu’en dit le bouddhisme, mais le bouddhisme, bien compris, est aussi une voie vers la conscience puisque toute pensée est, au fond, une forme de conscience de soi. C’est sans doute pourquoi le bouddhisme est une source d’inspiration plus importante que les autres pour notre tantra. En effet, le bouddhisme partage avec le non-dualisme śakta, une attitude pragmatique. (…) Malgré leur rivalité qui ne s’est jamais démentie, śivaïsme et bouddhisme se sont fécondés mutuellement sur tous les plans, jusqu’à l’extinction du bouddhisme en Inde vers le XVIIe siècle » (Idem, p. 18).

« Avec d’autres, j’ai toujours été frappé par les convergences entre les yogas décrits dans le Vijñāna Bhairava Tantra et l’enseignement de la Mahâmudrâ, un système de méditation bouddhiste devenu célèbre au Tibet, et dont Milarépa fut l’un des hérauts » (Idem, p. 28).

David Dubois nous contextualise ce tantra historiquement et c’est une aventure fascinante. Son introduction visiblement bien documentée comprend 43 pages dont cinq sur les choix propres à la traduction. Nous constatons qu’à partir du sanskrit, il existe une grande souplesse d’interprétation et de traduction, et qu’il faut composer des phrases, là où à l’origine, il n’y aucune virgule entre les mots, aucune ponctuation. On comprend dès lors, à quel point les traductions faites à partir de l’anglais conservent finalement un parti pris et qu’il est certainement plus judicieux de traduire à partir des diverses possibilités du sanskrit.

Concilier ainsi un livre (dont le texte d’origine est très concis) avec des vidéos associées qui ne sont pas redondantes, mais complémentaires, verset après verset, est une belle initiative de la part de David Dubois, un travail conséquent, une démarche louable. Avoir le livre entre les mains et son complément audiovisuel est certainement un marchepied de qualité pour entreprendre la démarche de l’Éveil. Ce n’est certainement pas un « luxe inutile » car le texte d’origine est vraiment laconique (il s’agissait de le protéger des « êtres dépourvus de tout scrupules » ; il était transmis de maîtres à disciples). Ainsi, à l’origine, ce texte s’adressait forcément à des initiés. Par conséquent, avoir des précisions suppplémentaires sur chaque verset est d’une aide précieuse.

Signalons qu’en plus du tantra proprement dit, son livre Le Tantra de la Reconnaissance de Soi associe en appendice, plusieurs « textes apparentés » (par des extraits et un poème).

Ses blogs

Smara-Yoga : blog philosophique

Textes et tantra

L’Atelier Biblio Mystique

La vache cosmique (the Cosmic Cow)

Son compte FB

Sa page Academia

Mâyâ : la lumière génératrice d’ombre

« Seule la lumière du Cœur existe et elle est l’agent de l’activité créatrice. Établie en elle-même, son activité est prise de conscience de soi et s’ébranlant, elle est le déploiement de l’Univers » (Svami Mahesvarananda, « Maharta Manjari », 11)

Crédit photo : Wendy Timmermans. Source : NationalGeographic.com.

Ce texte prolonge la question D’où vient l’efficacité de la Mâyâ ?

Nous allons, à présent, aborder la Mâyâ en intégrant aussi bien « le jeu récréatif de Brahmâ » (la lîlâ), que « l’illusion trompeuse » de Mâra puisqu’il s’agit en fait d’une même réalité perçue selon des niveaux différents, c’est-à-dire des points de vues antinomiques.

La Mâyâ – nous l’avions exposé précédemment – est une façon de qualifier « le monde sensible » dans son ensemble. Ce n’est pas tant que les sens nous trompent puisqu’ils ne font que nous informer fidèlement d’une réalité illusoire car passagère qui se créé dans et par « le monde ». Cependant, l’illusion fondamentale n’est pas tant dans le sensible, que dans la croyance d’un monde extérieur. Extérieur à quoi ? Extérieur à notre corps physique, à notre individualité, donc supposons-nous par extrapolation, à notre esprit, notre essence d’être. L’erreur de jugement vient de notre identification au corps physique : le sentiment d’extériorité est vrai et faux à la fois. Vrai du point de vue matériel ou corporel, faux du point de vue de l’Esprit immanent à toute chose. L’extériorité d’un océan pour un poisson est relative. L’océan est un tout, une globalité, il n’y a pas d’extérieur à proprement parler. Mais pour le poisson, tout est extérieur, l’eau compris.

« L’attachement à la réalité de ses propres perceptions est le moteur de la production des pensées. Ce qui est alors perçu n’a réellement rien d’extérieur : voilà qui pourrait définir l’Esprit-Seulement » (Soûtra de l’entrée à Lanka : Lankâvatâra, Fayard, 2006, p. 278).

« Ils peuvent donc se détacher de l’erreur et de la confusion pour accéder à la vérité absolue de l’Esprit-Seulement. Constatant que ce ne sont pas des objets extérieurs qu’ils perçoivent, ils s’illuminent par les trois portes de la libération… » (Idem, p. 182).

La Mâyâ est donc le monde sensible, ce qui explique pourquoi le retrait des sens, lors des pratiques méditatives (quelles que soient la religion ou la tradition spirituelle) donnent le plus souvent des résultats effectifs.

« La profondeur et la superficie sont deux aspects complémentaires d’une même réalité. Le Dao, bien qu’imprégnant toute chose, doit être guetté au-delà des apparences et se réalise progressivement, étape après étape, jusqu’à ce que le sage ne fasse qu’un avec lui. Pour « voir », « écouter » ce qui échappe à l’œil ou à l’oreille, il est indispensable de renoncer aux sens physiques et même au tranchant de la raison » (Sanyuan, DAO : À la découverte de la culture Taoïste, Sides-Ima, 2005, p. 19).

Le retrait des sens permet d’accéder à cette autre réalité – durable, celle-ci – de la conscience pure, libre, dégagée, jusqu’à sa racine qui est en amont de tous les phénomènes puisqu’elle en est le témoin. Bien sûr, à la condition du vide mental maintenu indéfiniment qui permet d’accéder à la non-dualité. Le retrait des sens est une condition, non pas l’unique secret de la réussite. Car si le mental n’est pas discipliné, c’est comme si ce dernier réintroduisait la Mâyâ puisqu’il sait la produire. Il nous faut donc le retrait des sens associé au vide mental.

Or, fondamentalement, le monde des formes, avec son aspect, ses apparences est causé par la lumière. C’est la raison pour laquelle nous allons aborder à présent, le rôle de la lumière dans la Mâyâ car c’est elle, en fin de compte, qui génère de l’ombre – à tout point de vue.

Dans la philosophie du Tao (ou Dao), les contraires sont intrinsèquement liés. Comment pourrions-nous parler d’une ombre sans la lumière qui la projette ? Et comment pourrions-nous percevoir le visible sans la lumière ? Cela est impossible. En fait, la lumière et l’ombre sont inséparables. C’est par la lumière qu’il existe du visible, c’est par elle que l’ombre est projetée. Mais ici nous employons aussi le mot « ombre » au sens d' »obscurité » ou de cécité intérieure. La lumière (de l’Esprit : Brahmâ/Mâra) génère l’obscurité pour toutes les consciences identifiées au « petit moi ». Par « petit moi », nous distinguons le moi de l’égo, du soi de l’âtman qui est non conditionné par les formes, les incarnations.

« Par la seule existence de Mâyâ, la force créatrice éternelle, le Shakespeare absolu de l’existence, le kavi infini, penseur et poète, est sur le point de projeter hors de lui-même et comme une ombre, un monde de réalités vivantes qui n’ont pas encore d’existence indépendante. Phénoménalement, il [Parabrahman] devient un Créateur, un Contenant de l’Univers, bien qu’en réalité, Il soit ce qu’Il a toujours été, absolu et inchangé » (Shri Aurobindo, Brahman et Maya dans les Upanishads, Dervy, 1980, p. 94).

Par conséquent nous comprenons que l’illusion de la Mâyâ est elle-même illusoire… car elle n’est pas une nécessité, ni même une « qualité indéracinable » de sa production. L’ombre n’est pas constitutive de la Mâyâ. Pourquoi cela ? Parce que l’ombre, par le mot, l’idée, le concept, relève d’une dualité, d’une opposition au concept de lumière. Mais si nous ne prenons plus l’ombre opposée à la lumière (ombre versus lumière), si nous ne prenons « le tout » (puisque nous avons établi que les contraires étaient liés), alors nous ne sommes plus dans la dualité des apparences. Autrement dit, si nous sommes dans la croyance d’être réduit à une existence limitative, dans un corps de chair et une identité singulière, il y a une Mâyâ très efficace avec l’ombre et la lumière, avec l’intérieur (du petit moi) et l’extérieur (du monde sensible). En revanche, si nous remontons dans la conscience globale – l’Esprit ou l’Être – non seulement rien n’est extérieur à lui-même, mais l’ombre et la lumière ne font qu’un. Et par conséquent, l’obscurité/cécité n’est pas tant « fabriquée » par la Mâyâ elle-même, que par le mental duel discriminant des « petits égos ». L’illusion est par conséquent le propre des égos par leurs croyances, leurs représentations du monde.

Ce qui revient à dire que Mâra n’est qu’un « personnage conceptuel », une fiction utile sur le plan didactique, une « expérience rhétorique » (selon l’expression de Robert Scharf), une personnification du principe d’ombre, de cécité, d’illusions.

« Largely, the figure has been deployed as a vehicle for communicating the negative aspects found in the depth of one’s psyche. In other words, Mâra is all in your head, working to prevent your insight from the inside out. This coincides neatly with what Robert Schaf has called the ‘rhetoric of experience‘... » (Michael D. Nichols, Malleable Mâra, Suny Press, 2019, p. 162).

Mâra est un « comme si » : comme s’il existait un Malin Génie trompeur. Mais Mâra est lui-même Mâyâ : une non-réalité durable (c’est-à-dire que des êtres peuvent jouer ce rôle de façon provisoire tel un magicien). Mâra n’est vrai que d’un point de vue dualiste : si nous voulons trancher entre ombre versus lumière. Mais si nous comprenons la nature inséparable ombre/lumière, nous accédons à la lîlâ, c’est-à-dire au « jeu récréatif » de l’Esprit Un que la tradition hindoue rattache à Brahmâ. Mais qui est Brahmâ ? C’est le Tout, le Substrat, l’Esprit unifié de tous les « Soi âtman ».

« Le brahman, qui est notre âtman, s’enveloppe dans une magie, mâyâ, qui est le connaissable, le monde, Brahmâ » (Louis de la Vallée Poussin, Notions sur les religions de l’Inde : le Brahmanisme, Librairie Bloud & Cie, Paris, 1910, p. 77).

La lumière de l’Esprit ne génère de ce fait des ombres – des « ombres » au sens dichotomique du terme – que si nous sommes séparés de la Source au point de ne plus comprendre le lien inextricable lumière-ombre, ou encore « ombre : qualité de la lumière ». Ce qui revient à dire que l’ombre n’existe que dans une perspective restreinte. Ce serait comme un tour de magie qui n’est rendu possible, depuis la scène de spectacle, que selon un axe frontal. Si nous sommes en coulisses, nous voyons le truc, le miroir, l’artifice : il n’y a plus de magie, le tour est révélé. Il n’y a plus d’ombre.

« Dans la partie supérieure, Parabrahman est encore absolument Lui-même, mais avec la double face de Janus, un côté contemplant la Réalité absolue qu’Il est, l’autre côté envisageant Mâyâ, considérant les processus sans fin de son activité, non pas encore comme une réalité, mais comme une fantasmagorie » (Shri Aurobindo, Brahman et Maya dans les Upanishads, op. cit., pp. 101-102).

En fait, la Mâyâ existe « à tous les étages de la création », si nous pouvons nous exprimer ainsi. Et dans les mondes supérieurs, la Mâyâ a de moins en moins d’ombre, voire n’en a plus. Pourquoi ? Parce que la conscience de l’observateur ne se sent plus limitée au « point de vue du petit moi ». Et de ce fait, la Mâyâ peut créer des paradis, des mondes fantastiques, des mondes qui ne sont absolument plus tourmentés par les illusions qui génèrent l’attachement, le mal, et les souffrances qui en résultent.

Ainsi, nous réalisons que l’hindouisme, dans certains courants du moins, met l’accent sur les perceptions des mondes supérieurs qui, n’étant pas mauvaises, n’étant pas duelles, sont nommées « amusement » ou « jeu » de Brahmâ (la lîlâ). Et le bouddhisme met l’accent sur les perceptions de l’égo pour qui l’extérieur existe illusoirement avec toutes les dualités du mental au sein du monde sensible : la Mâyâ. Il s’agit de la même réalité phénoménale, mais perçue de façon diamétralement opposée.

« Les mondes du Désir, de la Forme et du Sans-forme, ainsi que le Nirvâna, se trouvent en chaque individu et constituent le champ d’expérience de son esprit. L’erreur se perpétuera tant qu’il existera des réalités. Dès que vous aurez compris ce qu’est votre esprit, vous ne vous tromperez plus » (Soûtra de l’entrée à Lankâ : Lankâvatâra, Fayard, 2006, p. 294).

Dans l’oubli de Soi, la lumière accuse l’ombre et vice versa et tout ce qui est impermanent est illusion ; dans la vie éternelle du Soi, l’Esprit est création infinie par jeu, par amusement, par « songes sensibles ».

Dans l’un comme dans l’autre cas, c’est une production infinie puisque c’est l’effectivité de la liberté de l’Être. Que serait une véritable liberté dans le refus de tout ? Pas de pensée, pas d’action, pas de désir, pas de volonté, pas d’envie. Dans la liberté absolue, il y a le choix, le choix de ne rien faire, d’être tout simplement, et le choix du jeu.

Pourquoi avoir nommé cette création, un « jeu » ? Parce que c’est une création non nécessaire, qui ne répond pas à un manque. Le Tout a déjà tout en lui. C’est donc un jeu, tel un sport, une activité ludique, gratuite. Si nous comprenons que la Mâyâ est sans nécessité, elle devient alors sans attachement. Si le but est de jouer, non de gagner ou de perdre, le jeu n’a d’intérêt que parce qu’il est jeu, amusement. Ceux qui ne considèrent le jeu que pour sa victoire ou sa défaite, sont déjà dans l’oubli du jeu, lui donnent trop d’importance. Mais cela fait aussi partie du jeu de s’y laisser prendre… de la même façon qu’une œuvre d’art peut générer du charme. Le charme du jeu consiste à le jouer. Et donc, par la Mâyâ, par ce jeu sans nécessité, le charme peut opérer au point de générer une « entrée » (et une sortie corrélative) qui se nomme « incarnation ». Considérée ainsi, à sa source du moins, l’incarnation n’est pas une obscurité dans l’âme, une perte de Soi, mais simplement une envie de jouer à un jeu illusoire. Et ce jeu utilise alors une « figure » (comme l’on pourrait parler d’une « figurine » ou d’un « avatar »). L’égo n’est qu’une figure, totalement provisoire, du Soi qui s’amuse dans l’espace et le temps, lui qui ne dépend ni de l’espace, ni du temps pour Être.

Mais par voie de conséquence – et ce serait alors la « vision tragique » d’un certain bouddhisme – l’égo, qui a tout de même une petite part d’être en lui-même, tente de prolonger à l’infini l’illusion, ne comprenant plus l’essence du jeu : il ne voit plus que c’est un jeu, et il ne perçoit plus l’essence de son être. Cette « vision tragique » est celle d’un théâtre de l’égo, elle n’a pas de réalité du point de vue du Soi puisqu’une illusion reste une illusion, un jeu reste un jeu. Autrement dit, à force de jouer avec la lumière, l’ombre peut aussi prendre de l’ampleur, de la même façon que l’on dit qu’à force de jouer avec le feu, on finit par se brûler.

Pour nous délivrer du mal ou de l’ombre, il y a la nécessité de déconstruire le jeu. Par exemple, comprendre ce qu’il est, dans sa nature véritable. Ce jeu est autant l’amusement divin (la lîlâ), que la magie illusoire trompeuse (la Mâyâ) : tout dépend comment il est joué et du point de vue adopté. En définitive, les approches hindoues et bouddhistes sont aussi nécessaires les unes que les autres, de la même façon qu’il faut prendre ensemble la lumière et l’ombre pour en saisir la pleine réalité.

« Seule la lumière du Cœur existe vraiment ; dans l’activité créatrice, elle est l’agent. Cette activité reposant en elle-même est prise de conscience de soi et, s’ébranlant, elle déploie l’Univers » (Lilian Silburn, La Maharthamanjari de Mahesvarananda avec des extraits du Parimala, E. de Boccard, Paris, 1968, p. 95).

« La lumière consciente n’est pas statique : pour la nommer, on utilise même le mot ‘spanda’ qui signifie ‘vibration’. C’est la libre puissance autolumineuse » (Jean Bouchart d’Orval, Reflets de la splendeur : Le Shivaïsme tantrique du Cachemire, Almora, Paris, 2009, p. 46).