Peut-on faire l’amour dans l’Astral ?

C’est une question posée par certains, manifestement travaillés, préoccupés par l’idée qu’on pourrait peut-être perdre quelque chose d’important en n’ayant plus de corps physique. En fait, l’astral est caractérisé dans la littérature ésotérique comme étant le plan des émotions : le désir y a donc sa place naturelle. Le désir d’union est plus intense dans le sens où l’amour inonde l’individu tout entier. Ayant pu vivre cette expérience, je vais tenter de la décrire avec précision et d’y apporter une réflexion.

Dans le plan astral, le corps est un double, même s’il ressemble plus à une enveloppe, une silhouette et qu’il n’a plus d’organes internes. Le désir amoureux existe, bien entendu, et constitue une grande force d’attraction. Lorsque cette grande force d’attraction est authentique et surtout réciproque, il y a, lors de l’union, un processus progressif, très intense, qui conduit à un orgasme total qui englobe la totalité du corps : Les cellules de notre corps astral donnent l’impression de « faire place » pour réceptionner les cellules de l’autre corps astral aimé, désiré. Et l’on obtient une sorte d’osmose qui vibre, c’est quasi électrique. C’est une interpénétration des cellules des deux corps, de la tête aux pieds. C’est intense, « total », mais il y a tout de même deux choses à remarquer :

  1. Ce n’est pas une fusion d’esprit à esprit en pleine conscience car cela reste une expérience très sensible/sensuelle ou énergétique (c’est ce dernier aspect qui domine).
  2. C’est temporaire. Cela peut même être très rapide, bien que très intense (néanmoins, ce jugement de « très rapide » est sur l’échelle du temps terrestre – le temps est dilaté dans ces autres dimensions).

C’est donc comparable à une union physique dans l’intention. Mais l’acte est plus beau car plus intégral. De plus, il y a assouvissement, plénitude, ce qui n’est pas forcément le cas dans le plan physique avec parfois des désirs insatiables. La relation n’est donc plus organique : c’est le corps entier qui devient le lieu de cette osmose avec l’autre.

Mais il ne faut pas forcément conceptualiser et séparer le plan physique du plan astral car n’oublions pas que tous ces plans sont interpénétrés, coexistent en permanence. Parfois, quand nous aimons dans le plan physique, il peut y avoir des unions qui combinent les doubles aspects. Il faut y être attentif car cela pourrait passer inaperçu du fait que sur le plan physique, cette sensation énergétique est plus discrète, comme si le phénomène de l’osmose astrale était présent, mais sous-jacent. Je dis bien « quand nous aimons ». Car l’acte sexuel sans amour ne produit pas cela. Il faut les deux et même un amour très puissant. L’acte sexuel sans amour, uniquement par désir, devient purement organique et pauvre. Cette qualité de vibration physique et astrale est possible quand l’amour est profond, authentique, intense. On peut même sentir ses chakras vibrer, tourner, émettre de l’énergie, de la fraicheur. Ne pensons donc pas que le plan physique nous coupe du domaine astral, ce n’est pas forcément vrai. Tout reste interconnecté. Il en va de même des dimensions plus élevées que l’astral.

En revanche, dans le plan astral en état de décorporation, étant donné que le corps physique n’effectue plus sa condition de filtre, cette osmose est vécue à 100 %, elle est donc vécue totalement. En fait, c’est après coup que j’ai réalisé que j’avais déjà connu cette sensation – cela a réveillé à la fois ma mémoire sur le plan physique (car nous emmagasinons absolument tout de notre existence dans notre inconscient), et a réveillé aussi le souvenir d’avoir déjà expérimenté cela dans l’astral auparavant. Autrement dit, cela réveille des sensations enfouies anciennes, voire très anciennes. L’égo étant un « masque » existentiel provisoire, une identité temporaire, nous pouvons réveiller des vécus plus anciens.

Mais il ne faudrait pas croire que c’est là un « sommet désirable » dans l’union car comme je l’ai souligné, ce n’est pas une fusion spirituelle. Il existe d’autres plans de conscience où l’aspect « sensible/sensuel » est transcendé pour des joies plus spirituelles encore. Ce type de relation reste encore très « corporelle » et le fait que l’esprit soit comme « mis de côté » est l’indice que ce n’est pas « parfait ». Attention : ne confondons pas « conscience » et « esprit ». Oui, il y a forcément conscience de l’acte car ressentir implique forcément la conscience. Mais l’esprit, c’est notre essence d’être, notre source. Tout le problème est là : nous n’avons pas toujours conscience de notre source spirituelle.

Ainsi, tout est relatif : l’union amoureuse astrale apparaît plus entière, plus noble également et même plus évidente que sur le plan physique. Mais elle est encore très primitive car dépendante du corps énergétique, donc d’une limitation.

Ceci revient à poser la question suivante : Voulons-nous dépendre d’un attachement au corps ou aux corps ? Ou bien voulons-nous aimer au-delà des individus et expérimenter des joies, des bonheurs bien plus grandioses et fantastiques ? Il ne s’agit pas ici d’un jugement moral, mais d’une limitation dans notre imagination, notre conception des choses. Par exemple, certains sont fascinés par un tableau dans un musée. Mais ce plaisir n’est rien à côté de celui qui peint lui-même un tableau et qui côtoie la couleur toute la journée et la visualise même les yeux fermés très facilement. Ce n’est plus un tableau qu’il a en tête, mais le plaisir de peindre dans une infinie liberté que n’épouve pas celui qui n’aime qu’un seul tableau. Et ce plaisir n’est encore rien à côté des couleurs vivantes et vivifiantes des autres dimensions ou plans d’existence. Aucun jugement dans ces états relatifs. Mais soyons conscients de ces limites. Nous vivons dans des « cages mentales » et n’avons même pas idée de ce qu’est « la Réalité ». Nous construisons nos réalités : des minuscules, des petites, des moyennes, des plus grandes, etc.

L’amour est certainement un sentiment et une émotion que nous ne comprenons que très confusément en raison de nos instincts et de nos pulsions. Mais ces instincts et pulsions, nous les avons aussi dans l’astral. C’est donc bien un « plan intermédiaire », même s’il est beaucoup moins grossier que le plan physique (si nous exceptons les basses fréquences ou basses dimensions de l’astral).

Nous oublions aussi très souvent que chaque égo est imparfait, évolutif et rempli de ses propres illusions. La dualité peut parfois être violente entre les égos et leur amour possessif. L’amour a lui aussi besoin de s’émanciper. Sur le plan physique, il est organique. Sur le plan astral, il est énergétique. Mais il peut ainsi grimper en puissance, en profondeur, en éclat et en rayonnement.

L’Amour parfait de Jésus, par exemple, peut faire pleurer d’émotion tant il est inconditionnel et total. Il nous montre nos propres limites. Pour lui, « frère » est vraiment une réalité qui a un sens effectif. Nous sommes tous frères. Et il vit cela constamment quand il nous approche.

L’Amour de Bouddha est tout aussi simple, franc, fraternel et profond.

À cette échelle, l’Amour est grandiose : n’est plus limité à un individu.

Il y a une véritable liberté à Aimer en synthétisant le cœur, l’esprit, l’intelligence, l’Éveil. Mais il n’est pas certain que l’amour du couple soit synonyme de liberté réelle. L’amour-dépendance est forcément moins beau, moins éclatant et moins durable, qu’un Amour plus ambitieux dont nous pouvons être capable si nous le recherchons.

Quand nous voulons aimer de façon dépendante, c’est que nous recherchons à l’extérieur quelque chose. Mais l’extérieur est une fuite qui peut être fort longue (d’une durée indéfinie). L’Amour auquel nous exhortent les grands Maîtres de spiritualité et religieux est celui d’une plénitude totale quand nous comprenons que c’est en nous qu’il existe une infinie richesse. En nous tous. En soi-même. En fraternité.

Nous obtenons alors un Amour paisible et durable. Il est très rare d’avoir un amour dépendant paisible et durable. Il existe donc une dialectique entre l’amour entre égos et l’Amour spirituel qui transcende les apparences des formes. C’est à chacun de réfléchir à cela car aimer doit passer par le vécu, les prises de conscience et une certaine honnêteté intérieure. Mais pour comprendre, il faut parfois descendre tout en bas. Par exemple, quand nous disons « aimer » et que nous jalousons, haïssons, devenons violents ou meurtriers, c’est manifestement que n’avons pas vraiment mis en pratique cet amour et que nous le confondons avec instinct et possession. « Aimer du gibier », est-ce vraiment de l’amour ? Cela peut prendre du temps avant de comprendre… et beaucoup de souffrances, beaucoup d’émotions dont nous aurions pu ne pas faire les frais.

Si tant de Maîtres éveillés nous rappellent régulièrement l’importance de l’Amour inconditionnel, n’est-ce pas aussi parce que notre planète se déchire constamment depuis des millénaires ? Si l’acte sexuel éveillait spirituellement chacun d’entre nous, nous aurions une humanité fraternelle depuis très longtemps. L’amour ne peut donc pas être réduit à cet acte car visiblement, dans les faits, nous ne sommes pas plus aimants pour autant. Aimer doit avoir du sens, de la valeur et d’une certaine façon, c’est même l’essence de la Vie et de l’Être qui est riche à profusion… riche de tous les êtres qui naissent constamment. Il n’y a pas de limite au véritable Amour, ce qui en fait, d’ailleurs, sa réalité, son authenticité. La chair est une limite. L’astral, aussi.

Il est permis d’aimer plus dans le cadeau de la Vie.

Le meilleur moment pour pratiquer un voyage astral

Nous rappelons que nous n’utilisons pas l’expression « voyage astral » dans le sens d’une sortie hors du corps dans un plan de conscience en particulier, mais au sens générique – le latin aster (étymologie du mot « astral ») signifiant « étoile » en relation avec l’éclat lumineux propre aux divers plans d’existence. « Ulluriaq » signifie « étoile » dans la langue inuit inuktitut et nous nous en servons également comme d’un symbole dans ce blog.

La pratique du voyage astral comporte de nombreux malentendus en raison de notre mental qui aime catégoriser strictement les mots et les concepts auxquels ils renvoient. Il existe beaucoup de publications sur le sujet, mais la grande majorité reproduit le même discours, le même contenu, les mêmes techniques et les mêmes stéréotypes. Ce n’est pas que leur contenu soit faux, mais ayant pour la plupart la même approche, cela n’aide pas tous les candidats à cette expérience.

Bien sûr, « le meilleur moment » est une notion très relative car quelqu’un qui est très faible physiquement aura son meilleur moment en relation avec sa condition physiologique. Idem pour quelqu’un qui expérimente une Expérience de Mort Imminente. Ne généralisons donc pas. Contextualisons plutôt : vous êtes en bonne santé et ne faites pas face à un péril particulier qui vous projeterait hors de votre corps physique.

À présent, venons-en au malentendu. Qu’est-ce qu’un « voyage astral » ou « une sortie hors du corps » ? C’est une aventure INTERNE À LA CONSCIENCE, bien qu’externe au corps physique. Ce point est fondamental à comprendre : NOUS SOMMES LÀ OÙ SE SITUE NOTRE CONSCIENCE.

Pourquoi les yogis visualisent-t-ils le prana dans les chakras (vortex énergétique ou « roue » en sanskrit) et les nadis (canaux ou méridiens) ? Parce que l’endroit où la conscience se place est l’endroit où se focalise l’énergie.

Nous allons rapidement comprendre pourquoi ce point est fondamental. Dans la plupart des livres sur le sujet, l’attention est portée sur le corps physique. L’ATTENTION EST PORTÉE SUR LE CORPS PHYSIQUE. N’est-ce pas absurde ? N’est-ce pas absurde quand nous comprenons que là où la conscience se situe, là nous sommes appelés. Ainsi, toutes ces techniques sont en fait contre-productives car au lieu d’aller « au large du corps physique », nous ne cessons de nous « ancrer » là où notre conscience se localise : dans le corps physique. Si nous sommes dans un bateau et que nous voulons prendre le large, à quoi cela sert-il de nous cramponner aux amarres ? Il faudrait plutôt les larguer, non ?

Bien entendu, les auteurs de ces livres, après avoir proposé leurs protocoles de détente physique et d’exercices énergétiques, enchaînent sur autre chose. Certes. Mais du point de vue concret, que se passe-t-il ? Le pratiquant subit l’effet « ancrage » établi initialement. C’est donc assez maladroit car le but n’est pas de nous ancrer, mais de nous libérer de notre attache au corps physique.

Ensuite, il y a un autre désavantage à suivre une telle méthode : c’est que nous pouvons passer un temps fort long à détendre le corps physique, le mental, les tensions nerveuses, chasser les pensées parasites… Pour beaucoup, c’est sans succès. Il y a donc peu de gens qui parviennent à des réussites avec ces approches similaires les unes aux autres.

Beaucoup, en revanche, parviennent à d’excellents résultats non pas par des techniques de projections astrales… mais simplement par la méditation, le lâcher-prise, le vide mental. Pourquoi ont-ils plus de réussites ? Parce qu’ils n’effectuent aucun ancrage dans le corps physique. Ils court-circuitent le laborieux moment du « passage en revue » du corps physique ou énergétique. Mais aussi parce qu’ils sont dans un réel « lâcher-prise » d’intention, ce que ne favorisent pas non plus les techniques de projections astrales. Et cela fonctionne beaucoup mieux.

Ainsi, quel est le meilleur moment pour pratiquer ce type d’expérience ? Eh bien, il se situe juste après avoir dormi et cela pour au moins deux raisons :

  • Nous sommes bien rechargés et notre conscience pourra rester éveillée.
  • Notre corps physique est déjà détendu à 100%.

Nous profitons, de ce fait, de l’avantage du CONTEXTE. Nous en tirons profit. Pratiquer quand nous manquons de sommeil, nous fera basculer dans le domaine du rêve, le plus souvent.

En fait, pratiquer juste après avoir dormi, notamment la nuit quand tout est encore calme, silencieux autour de soi est réellement propice (les bruits ou les sollicitations peuvent mettre un terme brutal à nos voyages). Nos attaches avec le corps physique sont très diffuses. Le corps physique est déjà comme « gommé », en arrière-plan. Si nous n’y pensons pas, à ce corps physique, nous pouvons parvenir à vivre d’innombrables expériences spirituelles.

UNE AUTRE FAÇON DE DÉMONTRER CELA :

Quand nous sommes extériorisés, le seul fait de penser au corps physique, nous y ramène à la vitesse d’un clin d’œil.

La pensée, la conscience sont donc les outils de navigation. Mais ce sont surtout des « champs de présence ». Nous revenons à notre introduction : prenons garde à ces distinctions trop strictes du mental.

La conscience est non locale. Mais la pensée est une focale. Nous pouvons donc nous ancrer n’importe où et dans n’importe quoi.

Nous ne faisons pas de scission non plus entre « voyage astral » et « spiritualité ». Pourquoi ? Parce que nous voyageons autant à l’extérieur (du corps physique, voire du plan physique), qu’à l’intérieur de notre conscience et de l’Être considéré comme un grand Tout.

En réalité, nous existons toujours à l’intérieur du grand Tout, toujours dans l’Être et dans la conscience – mais sur ce plan physique, la puissance de fascination des objets sensibles et l’apparence que tout existe isolément parviennent facilement à nous le faire oublier. En revanche, dans les autres plans de conscience, nous nous découvrons avec une autre et meilleure sensibilité, une conscience quelque peu différente (plus étendue et plus profonde) et il devient de plus en plus évident que les distinctions conceptuelles, mentales, « extérieur » et « intérieur » sont des illusions, des apparences relatives.

Par conséquent, la formulation « sortie hors du corps » est quelque peu fausse… Fausse car un corps subtil prend le relais. Fausse car il demeure un peu de conscience dans le corps physique. Nous pourrions très bien réussir ce type d’expérience en ne considérant non plus « une sortie », mais « une entrée, une immersion ». Certains auteurs ont souligné à juste titre que ces voyages permettaient des introspections : NOUS NE QUITTONS JAMAIS NOTRE CONSCIENCE.

Si tout est en nous, si tout est dans le grand Tout, nous sommes au sein du Vivant – le vivant du grand Être.

« Sortir de son corps » est donc vrai et faux selon le point de vue adopté. Nous pouvons aller ailleurs et ne rien quitter pour autant. Nous avons toujours une petite qualité de conscience sous-jacente au corps physique et de toute façon le corps physique existe au sein du Grand Tout. Il n’y a aucune extériorité réelle…

Il est fort possible que des représentations mentales erronées soient la cause des échecs des pratiques en ce domaine, indépendamment de celle que nous avons déjà mentionnée ici.

La notion de « corps » est très relative

Une autre représentation mentale erronée est liée à la notion de « corps » – du moins si nous prenons pour référence le corps physique. La notion de « corps subtil » est très relative… à l’instar de l’eau, par exemple. La glace est un état de corps (solidifié). Le nuage est un état de corps (vaporeux). Il existe plusieurs états de conscience avec des corps subtils associés qui se caractérisent non pas d’après le corps physique, mais d’après l’état associé proprement dit. Parvenu à un certain état de conscience, le corps subtil n’a plus rien d’un corps.

« Le corps ultime est présent dépourvu de caractéristiques, comme l’espace. Le corps de félicité est présent dépourvu de forme mortelle, comme un arc-en-ciel. Le corps manifesté est présent sous des formes indéfinies et variées, comme le jeu des illusions » (Longchenpa, Anthologie du Dzogchen : Écrits sur la Grande Perfection, Almora, 2015, p. 526).

De la même façon, un corps vaporeux comme un nuage peut se vaporiser encore plus finement et devenir de moins en moins tangible, perceptible. La conscience peut donc être envoyée à distance et transcender la notion de « corps », soit de façon immanente (avoir plusieurs corps/points de vue en même temps), soit de façon transcendante (être sans corporéité). Si nous jugeons que seule la glace est l’état d’existence de l’eau puisqu’elle est tangible par sa dureté, nous n’aurons aucune considération pour ses autres états non moins réels. Or, le plan physique nous conditionne à considérer ainsi les choses… Si nous nous mettons dans ce niveau de réalité – le corps de glace – toute expérience relative à un corps gazeux devient insensée, inaccessible, incompréhensible, farfelue, etc. Ce que nous voulons exprimer est ceci : NOS REPRÉSENTATIONS MENTALES REPOSENT SUR DES CRITÈRES MAIS QUELS SONT CES CRITÈRES ?

Si nos critères sont « le corps de glace », c’est-à-dire le corps de matière physique tangible, nous aurons des attentes et des représentations mentales très spécifiques. Or, tout autre état NE POURRA PAS Y CORRESPONDRE.

Autrement dit : NOS ATTENTES, NOS REPRÉSENTATIONS MENTALES NOUS CONDITIONNENT.

Voilà pourquoi le méditant avec son total lâcher-prise lors de sa méditation réussit mieux que celui qui ne juge que par ses livres de projections ou sorties astrales. Il existe même des états spirituels où « vouloir voir » interdit la vision comme si la volonté cassait immédiatement l’expérience en cours. Sans doute parce que ce vouloir est un vouloir de l’égo et que l’égo est hors de portée de certains plans d’existence. L’égo devient la limite. Aussi sûrement que le corps de glace ne peut pas voler au-dessus de la cime des arbres. Nous sommes comparables à ce corps de glace qui ne comprend pas pourquoi il ne peut pas être libre comme un nuage. L’approche est faussée. Le conditionnement est trop fort. Il faut prendre conscience de cela.

« Pour l’appréhension de la vérité de l’identité des objets, regardez comme ils changent pendant les quatre saisons. (…) Pour l’ignorance de la non-dualité, regardez l’eau et la glace » (Longchenpa, Anthologie du Dzogchen : Écrits sur la Grande Perfection, op. cit., p. 232).

Nous en venons, de ce fait, à la troisième raison de pratiquer après le sommeil :

  • Nous sommes déjà grandement déconditionnés mentalement

Le lâcher-prise propre aux rêves est déjà une échappée hors de l’égo et cela peut nous être très bénéfique. Nous bénéficions à ce moment là d’une décrispation mentale de l’égo. Nous sommes plus ouverts, donc plus réceptifs, pour des expériences non réduites aux catégories du mental.

Conclusion

Nous sommes des champions pour rendre compliquées les choses simples. Mais cela est causé par notre mental qui, évoluant, complexifie les notions, les concepts, les nuances. C’est un outil formidable pour le monde matériel, particulièrement adapté à cette condition d’existence, mais il est très handicapant pour les mondes supérieurs qui transcendent les dualités. L’Unité ne peut pas être atteinte au sein de nos clivages et de nos divisions. Un enfant, par exemple, réussit souvent ces excursions de l’esprit sans se poser de questions.

Cela n’est pas un hasard si Jésus enseignait l’intérêt de redevenir simple et authentique comme un enfant, aussi transparent et spontané : l’enfant ne met pas d’écrans, d’obstacles entre ce qui est et ce qu’il est. Du moins quand il est encore jeune, encore peu formaté, innocent.

Bref, il nous faut désapprendre. Cette pratique est moins « une complication de l’esprit » qu’il faudrait apprendre, qu’un état de transparence et d’unité entre l’Un qui est, et le reflet individuel que nous sommes. Désapprendre, cela signifie défaire l’égo (qui retient tout à lui, enserre les choses par son mental) pour exister plus librement au-delà du conditionnement dans le corps de chair et du conditionnement au sens large.

Le voyage de l’esprit est aussi l’expérience du déconditionnement, bien qu’en ce moment, nous pourrions dire, du déconfinement.

Trois problèmes relatifs au Voyage Astral : obtenir son « passeport »

La notion de « Voyage Astral » utilisée ici est au sens générique de « voyage dans les autres plans de conscience » et non nécessairement sur un plan en particulier.

Plusieurs religions et philosophies spiritualistes n’encouragent pas ce type d’expériences. Nous devons comprendre pourquoi et souligner trois problèmes fondamentaux concernant cette pratique.

  1. L’immersion dans des mondes illusoires

Quand le but recherché est la libération de toutes nos entraves, nos croyances, nos illusions, on peut comprendre pourquoi plusieurs traditions spirituelles ne voient pas d’un très bon œil ces expériences. En effet, l’esprit peut nous jouer des tours. Notre esprit étant créateur, nous pouvons nous diriger droit sur la fréquence de nos peurs inconscientes, appeler à nous ce qui nous obsède, voire matérialiser notre univers intérieur sous la forme de symboles, d’objets, de personnes.

Ainsi, il est important de savoir à l’avance certaines lois de l’esprit, de la même façon que pour jouer un jeu, il faut en connaître les règles.

La base de toute authentique spiritualité repose sur la maîtrise des pensées et des émotions. Cela peut prendre du temps, mais il faut commencer par se discipliner soi-même, devenir fort mentalement et spirituellement. Le mental doit être parfaitement concentré sur ses buts, ne pas se laisser distraire. Si un équilibriste sur son fil pense à autre chose, regarde ailleurs en se laissant distraire, il chutera. De la même façon, conduire une voiture en étant ivre, ce n’est pas se rendre service.

Le danger est de ce fait double : il est en nous-mêmes si nous avons des pulsions refoulées, des angoisses, des obsessions, et il est dans ce qui fait écho à nos vibrations personnelles. Quand nous avons peur des chiens, par exemple, ils se montrent le plus souvent agressifs avec nous car ils ressentent cette peur. Ils y répondent. Nous pouvons aimanter des gens, des situations aussi bien sur ce plan physique, que sur les autres plans. Maîtrisons-nous ce que nous faisons ? Telle est la question à se poser avant. Plutôt qu’après.

En quoi ces mondes sont-ils illusoires ? Ne durent-ils pas plus longtemps que nos constructions physiques ? Par définition, ce qui est illusoire est « ce qui ne dure pas« . Un rêve est illusoire car sa réalité est temporaire et brève. Mais du point de vue de la durée, tout ce qui est relatif est illusoire, tout ce qui est soumis aux changements, aux transformations. Les réalités passagères : c’est cela l’illusion. Ce n’est pas de nier la réalité d’un instant t vécu, bien entendu. C’est de constater que la chose vécue n’existe plus et était relative. Ainsi, quand les religions, les traditions spirituelles nous mettent en garde, il faut comprendre pourquoi. Prendre un film pour une histoire vraie, ne plus parvenir à discerner une fiction de la réalité, oui, cela est un danger, notamment pour les esprits qui n’ont pas encore beaucoup de vécus, de discernements. Combien d’entre-nous vivons dans des « représentations du monde » ? Une représentation du monde est déjà une fabrication de l’esprit... La fiction est d’autant plus forte, que nous y croyons. Vouloir y croire rend aveugle l’esprit. Nous avons un pouvoir de cécité qui est le pouvoir de concrétisation de nos croyances. Lorsque nous disons « je crois ceci », cela revient à dire, « je vois les choses de cette façon et pas autrement ». Pas autrement.

Les mondes correspondent donc à des niveaux de maturité de notre âme. « Dis-moi ce que tu crois, et je te dirai dans quel monde tu vis ». Dans l’Astral, chacun peut vivre dans son univers qui correspond à ses croyances. Alors, comment peut-on encore parler de « réalité » en ce cas ? Ma réalité est-elle mon illusion ? Pourquoi ma réalité n’est-elle pas celle de mon voisin ? Cela amène forcément à des questions philosophiques car en définitive, tout ce qui est impermanent est par définition illusoire… comparativement à l’Absolu, ce qui demeure éternellement inchangé.

Voici, brièvement, le premier problème exposé. Beaucoup d’êtres nous rendent service à ne pas troquer une illusion par une autre, si le but est d’œuvrer pour notre libération spirituelle. Rappelons qu’un être libre peut aller partout où il veut sans se laisser prendre aux pièges des illusions. De la même façon que nous pourrions regarder des hologrammes. La liberté, ce n’est pas la fuite, c’est de comprendre et de ne plus être trompé.

2. La déconsidération de notre rôle à jouer présentement

En cette période de Covid-19, pour un certain nombre d’entre-nous, nous avons pu comprendre que nous vivions dans le mensonge à l’échelle du monde entier. Nous vivons dans le mensonge car il y a des secrets et ceux-là sont laids. Nous sommes témoins d’une misère qui est celle du cœur et des égos en guerre depuis longtemps. Notre monde terrestre est une épreuve. Il n’est pas facile à vivre. Pour beaucoup, la Terre est une vallée de larmes quand l’homme se fait diable et loup pour l’homme. Si nous fuyons cette réalité sordide (passagère) pour une autre réalité magnifique (mais illusoire), que se passera-t-il ? Eh bien, il y a des chances pour que cela soit de plus en plus pénible de quitter des paysages magnifiques, paradisiaques avec un corps léger comme une plume, pour rentrer dans une espèce de grotte où tout est lourd, obscur, violent, terrible.

Cela ne nous aidera pas à donner le meilleur ici-bas. Ceux qui ne croient pas en ces autres dimensions sont préservés de ce risque, mais les autres ?

Si nous sommes confrontés à des refus, des échecs répétés, dans « le passage forcé » : cela n’est pas sans raison. Cela peut sembler un peu cruel que des anges disent aux âmes qui vivent des Expériences de Mort Imminente, « retourne sur Terre, ton heure n’est pas venue, tu as encore des choses en cours à régler » : c’est du même ordre. Nous ne sommes pas ici sur Terre pour perdre notre temps, mais pour faire quelque chose : trouver notre rôle, notre raison d’être, donner le meilleur de nous-même, agir, évoluer, comprendre, muter.

Si nous « zappions » cette réalité terrestre chaque matin, quel sens aurait notre incarnation ?

On peut concevoir que voyager dans l’Astral ou les autres dimensions supérieures ne va pas aider ceux qui veulent fuir ce monde physique dans lequel ils ne se plaisent pas. Cela ne va pas les aider à comprendre pourquoi ils sont là, ce qu’ils ont à chercher, à trouver. Car il faut chercher pour trouver.

3. L’égo à dépasser sera-t-il amplifié ?

Enfin, une troisième raison qui peut poser problème est notre rapport à notre égo. Combien de ceux qui croient aux vies antérieures ne nous disent-ils pas qu’ils ont été de grands personnages de l’Histoire, illustres, brillants ? C’est très valorisant pour l’égo de s’inventer des titres prestigieux… Mais quelle chute alors ! Quelle chute que tous ces personnages prestigieux se retrouvent si bas, ici-bas, non ? Généralement, on évolue… On progresse… Nous devrions monter de mondes en mondes, de plans en plans. Si tant de personnages prestigieux sont toujours dans « le monde de pierre », dans « l’âge de pierre », c’est que l’égo est incorrigible, d’une certaine façon. Soit il nous ment, soit il se ment à lui-même. Cet égo si pesant ne voit pas comment se libérer de ses entraves… parce qu’il cherche à l’extérieur de lui-même, et non en lui-même, les racines du problème.

L’Astral peut renforcer l’égo. Certains ne font qu’une seule expérience consciente dans un domaine, et ils s’autoproclament grands spécialistes et vous vendent des affirmations catégoriques. Comme si nous n’étions pas tous semblables ! Il est donc facile de se sentir un « élu » parce qu’on a rencontré untel ou vécu telle chose de rare. Ces égos très fragiles vont avoir encore plus de difficulté à progresser dans le long chemin de la Vie…. Plus l’égo est boursoufflé, plus difficiles sont les remises en cause. Souvent, les plus sages sont ceux qui parlent le moins…

Remarques

Nous ne concluons pas « qu’il ne faut pas ». Car il n’y a pas que des aspects négatifs à considérer dans ces expériences. Mais quel est le but que nous recherchons ? Si c’est du tourisme pur et simple, l’esprit s’égare forcément puisqu’une incarnation implique une espèce de contrat à durée de vie limitée dans ce plan. Nous naissons : nous sommes voués à mourir. C’est une ronde infinie. Une naissance, une mort. La vie n’est que passage. Mais à quoi sert un passage en ce monde, si c’est pour le fuir ? le vivre de façon lointaine, distraite ? Ce serait passer à côté… Passer à côté de sa vie. Rater le coche.

Il nous faut donc lever ces obstacles : ne pas prendre le monde des formes où qu’il soit, qu’il soit physique, éthéré, astralisé, énergétisé par l’esprit, pour l’essence des choses éternelles. Ne pas s’illusionner dans les reflets. Alors, les images peuvent défiler devant nos yeux comme des projections temporaires, des costumes. Si nous savons que nous sommes invités dans un bal masqué, il n’y a plus de danger d’être illusionné. Nous devons aussi être très au clair avec notre présence dans l’incarnation. Que pouvons-nous faire de concret dans ce plan matériel avant de le quitter ? Il faudrait quand même se poser la question… un jour, pendant qu’il est encore temps, non ? Sinon pourquoi être venu ? Voulons-nous gaspiller notre temps de vie terrestre ? Ce serait dommage de ne pas le mettre à profit. Si nous savons ce que nous voulons faire et que nous savons que le but recherché est utile aux autres et à soi-même, alors nous ne fuirons plus cette réalité pour une autre. Dans un tel contexte, les réalités illusoires se complètent, au lieu de se combattre, de peser l’une sur l’autre. Il nous faut prendre du temps pour considérer ce point car nous sommes trop souvent conditionnés par la société, nos peurs et nos croyances. Il nous faut dépasser ces écrans-carcans. Enfin, si nous comprenons que notre égo est une construction temporaire et que notre être est beaucoup plus intéressant que le petit rôle social que nous croyons avoir, si nous comprenons que nous ne sommes que la partie d’un Tout, avec ni plus, ni moins d’importance que tous les autres membres qui le composent, si nous vivons cette prise de conscience au quotidien, alors aucun lieu ne nous fera croire que nous sommes d’une importance infiniment supérieure à tous nos semblables. Que nous soyons dans la poussière d’une grotte, ou sous les étoiles d’un tapis fleuri, quelle importance ? Nous ne serons ni plus grand, ni plus petit puisque toutes ces dimensions de l’égo sont des illusions personnelles. C’est cela « le passeport ». Les Anges ne fermeront plus la porte si ces trois points sont clairement assimilés.

Mais attention, nul ne peut tricher car nous portons toutes nos paroles, toutes nos actions, toutes nos pensées en notre âme. Et cela leur est transparent. Nous ne pouvons mentir… qu’à nous-mêmes. Ce qui ne conduit nulle part en définitive. Alors, puisqu’il n’est pas possible de tricher, autant considérer sincèrement et sérieusement ces trois points. Pourquoi ?

Parce que si ces mondes existent et si notre esprit a de telles capacités, pourquoi n’en ferions-nous pas usage ? Si tout est clair et noble, pourquoi pas ? Ceci est d’autant plus évident que beaucoup d’êtres spirituels ont cette liberté… Mais eux, sont évolués, réellement évolués spirituellement.

Conclusion

Le Covid-19 marque une pause mondiale dans nos consciences, nos rythmes effrenés de vie, nos habitudes, nos petites bulles personnelles. Beaucoup se sacrifient et partent. Beaucoup de souffrances aussi pour ceux qui les aiment et les savent partis. Le monde se révèle à nous dans des conduites laides, tristes, abominables, insupportables. Mais nous ne sommes pas tous des barbares et n’avons pas tous envie de fuir, de regarder ailleurs, de croire aux mensonges. Nous ne sommes pas tous passifs au point de continuer à vivre les yeux bandés. Nous pouvons retrouver notre pouvoir créateur car nous sommes des êtres spirituels, avant d’être des corps matériels physiques. Avant et après. Or, si nous avons un pouvoir spirituel, pourquoi ne l’utilisons-nous pas ?

Les temps changent. Nous devons changer avec. Nous adapter. Le « passeport » pourra être utile à tous ceux qui se sentent prêts ou sur le point de l’être. Nous donnerons petit à petit des programmes, des suggestions de belles choses que nous pourrions faire, tous unis collectivement. Les chaînes les plus puissantes sont mentales car ce sont des chaînes karmiques. Nous pouvons nous libérer de ces chaînes. Comment ? « Karma » signifie « action », dans le sens action/réaction. Dans le sens de l’effet domino : une chose en entraîne une autre. Si nous décidons de devenir plus lumineux, plus altruistes, plus aimants, plus conscients, nous obtiendrons notre passeport.

Des êtres très éveillés sont prêts à nous recevoir. Si l’ombre redouble d’efforts pour accélérer le processus des destructions et des départs, la Lumière peut agir et redonner des ailes à tous les êtres de bonne volonté. « Avoir des ailes » signifie « avoir de l’élan », l’élan du cœur. Si nous pouvions donner un peu plus d’équilibre à nos vies, à nos pays, à notre planète, le but ne serait-il pas intéressant à expérimenter ? La balance des forces existe toujours. Pourquoi ? Parce que tous, que nous fassions le choix du mal ou du bien, ou que nous ne soyons qu’ignorants et confus, tous, nous faisons partie du même Tout. Chacun a son rôle à jouer, sans avoir rien à fuir, en acceptant simplement la Vie telle qu’elle est dans tous ses plans de conscience.