Zoom sur L’Exégèse de Philip K. Dick

Aux éditions J’ai Lu, Collections « Nouveaux Millénaires » : Tome 1, paru en 2016. Tome 2, paru en 2017.

L’Éveil spirituel peut prendre bien des formes et la lucidité de Philip K. Dick sur notre histoire, notre civilisation, notre présent, notre passé, notre futur le caractérise amplement. Philip K. Dick est une espèce de prophète, tout à fait comparable à Gene Roddenberry, dans le même genre SF, mais d’une façon différente. Il est assez rare qu’un auteur de SF dresse un journal où il expose ses intentions avec ses pensées philosophiques et ses questionnements métaphysiques. On pourrait penser aussi à Stanislas Lem pour cette capacité à aller au-delà du genre afin de le renouveler (qui a notamment lu son roman Ubik et que Philip K. Dick cite dans le Tome I de son Exégèse, p. 397).

« Ubik », dans la dernière édition « collector » de 2019, éd. 10 | 18.

Son exégèse qui a douloureusement tardé pour les fans français (The Exegesis of Philip K. Dick date de 2011 aux éditions Houghton Mifflin Harcourt) est une invitation à entrer dans son laboratoire psychique et c’est proprement fascinant car tout le monde peut constater que ses œuvres de fiction ne sont pas gratuites, mais réellement « travaillées » de l’intérieur, préoccupées, revisitées à l’instar d’un Picasso qui développe une même idée, l’explore sous toutes ses possibilités par exemple avec le cubisme. Il y a une espèce de « cubisme dickien » car une œuvre renvoie à une autre et au bout du compte, c’est tout une société qui est dépeinte.

Osons le dire, il y a une véritable dimension philosophique et mystique dans ce journal publié en deux volumes. Mais l’approche est très intuitive et visionnaire comme si sa pensée surfait sur plusieurs lignes temporelles. Il avait d’ailleurs une théorie très personnelle sur le sentiment de « déjà vu » qui est, en quelque sorte, l’inverse de Freud. Pour le psychanalyste viennois, le sentiment de « déjà vu » est une variante entrevue d’un passé vécu refoulé. Pour l’auteur romanesque, c’est un signal d’une bifurcation en souvenir d’un futur déjà exploré, c’est-à-dire un moment clé ou carrefour que nous prenons dans notre vie. Quelle audace intellectuelle ! Une audace non autorisée dans la psychanalyse, ou même la psychologie transpersonnelle qui pourtant est allée loin avec les archétypes et les synchronicités. Mais c’est le propre du genre, en science-fiction : tout est permis !

Quant on parle de « mystique », beaucoup pensent à des délires comme ceux inspirés par les drogues, par exemple, un univers psychédélique. Beaucoup de philosophes estiment que ces univers sont factices. Mais chez Philip K. Dick, c’est plutôt le voile des apparences qui est soulevé avec la prise de conscience que l’individu doit agir en héros s’il ne veut pas être broyé par le système. Il faut donc une certaine forme de folie à désobéir, sortir audacieusement du rang et à voir la vie d’une façon radicalement différente. Salvador Dali exposait sa méthode « paranoïa-critique » pour visualiser des peintures extraordinaires sur les taches d’un mur, Dick expose aussi une espèce de méthode « paranoïa-critique » sociale.

Je ne vais pas entrer dans les détails de ma vie personnelle, mais je peux dire que Philip K. Dick m’a sauvé la vie. Sa façon de penser m’est revenue en détail lorsque médecins et infirmières me disaient condamné sur mon lit d’hôpital. Les deux options que l’on me proposait étaient toutes deux très risquées et mon voisin de chambre était déjà mort du même mal. J’étais donc voué à une mort quasi certaine, condamné par le système. Il suffisait de se laisser faire, de signer, de s’abandonner. J’ai trouvé toute la force de m’enfuir à 5 heures du matin dans le silence des couloirs et de la nuit, de couper les fils du cathéter, de quitter l’antichambre de la mort avec la toxicité de tous les poisons qui me tuaient à petit feu, grâce à lui et à sa vision du monde ! Si nous ne sommes pas parfois héroïques contre le système, si nous ne bravons pas les normes, il ne faut pas se plaindre de vivre comme un robot et de finir comme tel. À force de prendre les drogues médicales anti-douleurs prescrites, je voyais tout s’animer autour de moi comme si les objets étaient des films d’animation en puissance. Et lorsque je suis rentré chez moi après avoir fui l’hôpital en courant, je n’ai même pas reconnu mon domicile, incapable de deviner l’architecture des pièces. Les drogues peuvent reformater le cerveau sans même que l’on s’en rende compte. J’ai donc eu un séjour dans un monde dickien, traité comme un numéro, un corps robot avec une issue fatale à la clé. Et face à la mort, c’est l’instant décisif : il faut choisir. Les univers dickiens peuvent être des réalités vécues et c’est pour cela que je me suis permis de faire une petite parenthèse personnelle. Pour Dick, c’était aussi du vécu, bien que certaines expériences sont tellement inouïes, « paranormales », qu’elles peuvent être soit taxées de folies, soit propices à des mises en œuvres fictives.

« Un soir, j’ai été assailli d’images abstraites de toutes les couleurs qui m’évoquaient les tableaux non figuratifs de Kandinsky et de Klee ; elles défilaient par milliers selon un rythme rapide qui rappelait ce qu’on nomme ‘flash cut’ au cinéma. Cet épisode a duré huit heures. Chaque image était une composition équilibrée, parfaitement harmonieuse (…). Je ne m’expliquais pas ce qui se passait (j’étais dans le noir, et de toute évidence, il s’agissait de phosphènes, mais la cause de leur stimulation était pour moi une énigme), pourtant j’étais certain que ces dizaines de milliers de belles œuvres harmonieuses, structurées, esthétiques et tout à fait professionnelles ne pouvaient pas avoir leur origine dans mon esprit, ou mon cerveau » (L’Exégèse de Philip K. Dick, Tome I, J’ai Lu, pp. 43-44).

Ce que relate Philip K Dick est une expérience complexe, énergétique, spirituelle qui ressemble à une forme ponctuelle de synesthésie (certains synesthètes perçoivent des formes géométriques associées à des sons, des couleurs, des nombres), avec en prime une prise de conscience sur une vie antérieure avec de nombreuses synchronicités. Son expérience est connue des vrais fans puisqu’elle a nourri l’un de ses chefs-d’œuvre « VALIS« , ou « trilogie divine » qui est un cycle prolongé sur plusieurs romans.

Couverture de la « Trilogie divine », parue chez Denoël en 2002 (réédité en 2013 avec une autre couverture).

Ce que l’on sait moins, c’est qu’il n’est pas le seul à avoir vécu des expériences semblables et déterminantes. Robert Allan Monroe (1915-1995) relate une expérience voisine qui lui a permis de se dédoubler et d’écrire plusieurs ouvrages sur le phénomène nommé « voyage astral« .

« Je m’étais étendu sur le canapé du salon pour une courte sieste alors que la maison était calme. Je venais juste de me coucher sur le ventre (la tête tournée au nord si cela représente une signification) quand un rayon sembla sortir du ciel au nord, formant un angle d’environ 30 degré par rapport à l’horizon. C’était comme si j’avais été frappé par une lumière chaude, mais il faisait jour et aucun rayon [de soleil] n’était visible. Je songeai tout d’abord qu’il s’agissait de la lumière solaire, bien que cela fut impossible eu égard à l’exposition de la maison. Il se produisit un tremblement violent ou une ‘vibration’ lorsque le rayon frappa mon corps. J’étais absolument incapable de faire le moindre geste. C’était comme si une force me retenait. Bouleversé et effrayé, je me forçai à bouger. C’était comme si j’essayais de repousser des limites invisibles » (Robert A. Monroe, Le voyage hors du corps : les techniques de projection du corps astral, Garancière, Paris, 1986, p. 30).

Ce type d’expérience par « intervention extérieure » est relativement rare, mais il existe, notamment dans l’univers ufologique, et biblique également, si l’on préfère lui donner une connotation religieuse.

« Mais le plus probant dans l’affaire est qu’en mars [1974], à l’apogée du phénomène initial par lequel le ‘saint Autre’ s’est déversé en moi, au moment où j’ai perçu l’univers tel qu’il est, l’agent agissant m’est apparu sous la forme d’une entité plasmatique rouge et or aux allures de lettre éclatante de lumière – une entité venue de l’avenir qui modifiait çà et là, l’ordre des choses : ce que le temps poussait en avant, par exemple. J’en ai conclu par la suite que j’avais vu le Logos » (L’Exégèse, Tome I, p. 41).

Tableau peint par Aert De Gelder intitulé « Baptême du Christ » exposé au Fitzwilliam Museum à Cambridge

Un film, par exemple, relate assez bien les choses avec ce processus de prise de conscience, de transformation spirituelle, c’est Phénomène de Jon Turtertaub en 1996 avec John Travolta.

Bref, ce qui se passe quand le cerveau est assailli de ces nouvelles informations, quand peut-être la glande pinéale est stimulée à grande puissance, est une révolution intérieure avec des conséquences aussi profondes qu’une Expérience de Mort Imminente.

« Il y a eu plus de changements en moi et dans ma vie à cause de tout ça que pendant toutes les années précédentes. Je veux parler des phénomènes qui surviennent depuis la mi-mars [1974] (nous sommes mi-juillet) depuis que tout a commencé. Désormais, je ne suis plus le même. (…) Mais par dessus tout, ce que ça me vaut, c’est un flot d’informations, toutes les nuits, inlassablement, sur les religions du monde antique – l’Égypte, l’Inde, la Perse, la Grèce et Rome. (…) J’hérite même de mots grecs tel que ‘syntonique’, ce qu’on m’ordonne d’être. ‘En harmonie avec’, ça veut dire. Et puis la doctrine du Logos. Tout ça me parvient dans mes rêves – de nombreux rêves, des centaines. Sans relâche, à l’infini. Dès que je ferme les yeux, je suis inondé d’informations sous la forme de pages imprimées, de documents visuels tels que des photos par exemple, de sources sonores sous forme de disque 33 tours… Tout ça se déverse sur moi à un débit très élevé » (L’Exégèse de Philip K. Dick, Tome I, J’ai Lu, p. 69).

Il y a toujours un risque à poser des étiquettes sur les phénomènes. Par exemple, on pourrait poser l’étiquette religieuse (la grâce du Saint-Esprit a touché untel), ou bien l’étiquette de la drogue, c’est-à-dire chimique (une surcharge neuronale qui illumine provisoirement l’esprit), ou bien l’étiquette psychiatrique (une crise de délire mégalomaniaque psychotique), ou bien l’étiquette SF (une imagination excessive qui mélange rêve, fantasme et réalité), ou bien l’étiquette psychologique (une phase maniaco-dépressive qui aboutit à un paroxysme), ou bien l’étiquette chamanique (la vision des énergies subtiles de l’univers), ou bien l’étiquette ésotérique (une incursion psychique dans les « Annales Akashiques »), etc. Mais les étiquettes tendent quelque peu à banaliser et à passer à côté de la profondeur de l’expérience vécue. Il faut lire son journal pour comprendre la réalité de son expérience et tout ce qu’elle a fait jaillir dans sa conscience. Le grand avantage qu’a eu Philip K. Dick est d’avoir été écrivain de SF et d’avoir pu en faire un formidable tremplin pour écrire plusieurs romans de qualité.

« Tout cela est peut-être l’effet des mégadoses de vitamines hydrosolubles que j’ai absorbées, je ne sais combien de grammes de vitamines C, par exemple, mais j’en doute. Au moment même où je ressentais la libération de l’énergie psychique (pour employer l’expression d’Esther Harding, elle-même reprise par Jung), j’ai pris conscience d’un langage pathique dans lequel toutes les créatures s’adressaient à moi et qui, à mesure qu’il prenait de l’ampleur – et c’est là que je veux en venir – m’a paru provenir du ciel, notamment la nuit. J’ai eu l’intuition aiguë que nous étions visés par je ne sais quelle sorte d’information, bombardés, en fait, à partir de l’espace sidéral » (L’Exégèse, Tome I, op. cit., pp. 44-45).

Cependant, toute expérience est réduite par le prisme de la psyché de chacun. Il est certain que son intérêt pour les domaines religieux et sociologiques lui a permis de donner de l’ampleur à cette expérience vécue. Certains enlevés dans l’ufologie tournent le dos au phénomène : S’il existe des « messies récalcitrants » (Richard Bach), il existe aussi des contactés récalcitrants. Une graine, pour pousser et s’épanouir, dans tomber dans la bonne terre... Si l’on est ni artiste, ni auteur, ni scientifique, ni créateur en quoi que ce soit, il est fort possible que ce type d’expériences ne débouche sur rien de constructif, et même que l’équilibre de la santé mentale de l’individu lambda en soit compromis.

Nous soulignons en fait une « singularité » comme il en existe parfois dans nos chemins de vie. Face à elle, chacun peut avoir sa propre interprétation, surtout si cette expérience n’a pas été vécue par celui qui se forge une opinion. Dans la mystique, on préfère ranger ce type d’expériences dans la catégorie « indicible ». De cette façon, on en dit rien puisqu’on n’en peut rien dire. Pratique. Mais chez Dick, on en fait des romans et un journal bien étoffé. Il est cependant troublant de voir des correspondances frappantes avec certains récits ufologiques, voire des Expériences de Mort Imminente. D’ailleurs, Kenneth Ring avait lui-même établi d’étroites correspondances entre ces deux domaines au niveau de leurs effets durables sur le psychisme dans Projet Oméga : Expérience du Troisième Type – NDE.

« L’histoire que je raconte dans ce livre commence donc par mon entrée dans l’univers improbable des rencontres d’OVNI et par mon intuition d’une connection possible entre celles-ci et les NDE [Near Death Experience] » (Kenneth Ring, Projet Oméga : Expériences du Troisième Type-NDE, Éd. du Rocher/J-P Bertrand, 1994, p. 14).

Autrement dit, Philip K. Dick a vécu une expérience transcendante (elle transcendait le temps présent et les apparences formelles) et tous ses centres d’intérêt ont pu trouver de nouvelles connexions et de nouvelles directions. Il est aujourd’hui populaire de parler d’intelligence en réseaux, à la suite de Deleuze (et Gattari) et de sa théorie du Rhizome. Mais pour ma part, je crois que c’est encore en-deçà de son expérience vécue. Il faudrait nommer cela une « hyper-expérience » en raison des nombreuses dimensions impliquées.

Sans doute que si ses romans et nouvelles sont si souvent adaptés au cinéma, c’est que beaucoup pressentent que son œuvre dépasse certains stéréotypes très datés. Devenue intemporelle et visionnaire, elle entre en correspondance avec le futur. Un bon artiste n’est-il pas un visionnaire ? L’énergie vibrante, quasi taoïste, d’un Van Gogh laissait totalement indifférents ses contemporains. Il était prêtre, mystique. Il a donné « du souffle » à ses paysages, son soleil « fou », irradiant. Le temps, par sa durée, est parfois le délai nécessaire pour « encaisser » la vision d’un grand artiste. Elle s’encaisse ensuite dans tous les sens du terme : les producteurs de films font de grands succès avec Philip K. Dick, le plus souvent, quand le talent de l’un (l’auteur) est relayé par le talent de tous les autres (décorateur, scénariste, metteur en scène, directeur de la photographie, casting, réalisateur, etc.) pour faire des adaptations audiovisuelles. Mais nous perdrions beaucoup à nous limiter aux productions cinématographiques car les adaptations ne sont pas toujours très fidèles, chaque médium ayant ses propres règles de succès et ses contraintes.

Et puis, parlons aussi de la sensibilité de l’artiste auteur. Car ce dernier est un peu comme une éponge qui s’imbibe du temps présent, du passé, et du futur. Il fait des choix. Il donne forme à ses idées, les met en scène. Il y a un aspect quasi menuisier à écrire, réécrire, supprimer, corriger, peaufiner un texte. Philip K. Dick a fait preuve dans son journal d’une curiosité insatiable, autant celle du philosophe, du sociologue ou de l’historien des religions, que de celle d’un être épris de théories scientifiques. Et il était prolifique.

Son exégèse est éblouissante, elle révèle un homme hors du commun. La France peut être fière d’avoir reconnu très tôt le génie de ce visionnaire, de lui avoir fait bon accueil comme en témoigne la vidéo ci-dessous (postée par baruyero) relative à sa conférence donnée à Metz en 1977 :

Dans cette reconnaissance à la française, il y a peut-être une réminiscence tout à fait inconsciente d’un Edmond Rostand avec son Cyrano de Bergerac. L’authentique Cyrano (Savinien de Cyrano, dit de Bergerac) était français, né à Paris, et l’un des premiers auteurs de science-fiction ! D’ailleurs, Philip K. Dick suscite encore d’excellents ouvrages (études, essais, analyses) de la part d’auteurs français.

Son journal intime ouvre d’autres portes, autorise d’autres voies. Tout n’a pas encore été exploré dans l’œuvre labyrinthique de cet Orphée de la Science-Fiction, cet orfèvre.

Zoom sur Shunmyo Masuno

Lorsqu’on parle des jardins zen et des jardins japonais, on évoque une esthétique particulière, mais surtout un savoir-faire, tant traditionnel qu’ouvert à la modernité. Or, un orfèvre en la matière est le moine bouddhiste Shunmyo Masuno, responsable Soto Zen du temple Kenkoh-ji (Yokohama), professeur à la Tama Art University (Tokyo) diplômé de l’Université de l’Agriculture de l’Université de Tamagawa, et également concepteur de tels jardins dans le monde entier.

Tuttle Publishing, 2012.

Ses livres en la matière sont exceptionnels, notamment son ZEN Gardens – The complete works qui, comme le titre l’indique, se veut une rétrospective intégrale.

Son prochain livre à paraître au mois d’Août 2020 sera d’un grand intérêt puisqu’il est constitué sous une forme synthétique, ce qui peut intéresser ceux qui veulent créer un jardin japonais dans un esprit de fidélité à l’essence de cet art, et non vaguement sur quelques critères apparentés. En effet, lorsque des critères authentiques sont respectés, il se dégage une harmonie de l’ensemble et une émotion forte. Mais il demeure que cela reste un art et que chaque artiste concepteur propose sa propre vision dans la correspondance tradition/modernité, tout art devant évoluer pour ne pas se figer et s’étioler.

Ce livre à paraître le 18 Août 2020 s’intitule Zen Garden Design: Mindful Spaces, toujours chez le même éditeur Tuttle Publishing. Voici un extrait de la quatrième de couverture :

« It features 16 unique gardens and contemplative landscapes completed in six countries over as many years-all thoughtfully described and documented in full-color photos and drawings. Readers will also find insights on Masuno’s philosophy of garden design and a conversation between the designer and famed architect Terunobu Fujimori. Zen Garden Design provides an in-depth examination of Masuno’s gardens and landscapes-not just as beautiful spaces, but as places for meditation and contemplation« .

Dans ce livre à paraître, seront présentés 16 jardins exceptionnels à travers 6 pays, ainsi qu’un dialogue instructif avec l’architecte et historien de l’architecture Terunobu Fujimori, extrêmement audacieux dans son art et dont voici une conférence traduite en français (une vidéo postée par Ensa Strasbourg) :

Shunmyo Masuno étant bouddhiste, il enseigne aussi la voie de la simplicité zen dont deux ouvrages sont disponibles en français :

Ces thématiques ont tout de même un lien avec l’esprit des jardins zen car c’est grâce au caractère dépouillé qu’est mieux mise en valeur une chose simple, naturelle. De plus, ces jardins ont une vocation contemplative (l’esthétique au sens étymologique grec aisthesis est en lien avec la « sensibilité », la « sensation »), afin de pouvoir accéder, par la méditation, à l’essence, au substrat derrière l’impermanence des choses. Le caractère dépouillé est donc savamment recherché, entretenu.

Ici, un lien pour voir quelques-uns de ses travaux (relayés par le site kenkohji.jp du temple dont il a la charge).

Voici quelques exemples d’une certaine audace de Shunmyo Masuno dans le mariage tradition/modernité :

Crédit photo : Tuttle Publishing. Source : Zen Gardens, the Complete Works.

Ci-dessus la juxtaposition du naturel (roche à l’état pur)/artificiel (le mur) avec deux types de roches en verticalité. Et rappel des couleurs entre le métal du fond et la pierre grise devant. Le vert produit une belle harmonie avec le marron/brun et le gris.

Crédit photo : Tuttle Publishing. Source : Zen Gardens, the Complete Works.

Ci-dessus, les Nassim Park Residences à Singapour. Un beau mélange des textures de roche (lissé/brossé au premier) et une audace : un rocher flottant au milieu du petit bassin qui contraste par sa blancheur. Réalisé en 2008.

Crédit photo : Tuttle Publishing. Source : Zen Gardens, the Complete Works.

Encore une grande audace pour ce banc en bois de ceriser et en granit juxtaposé. Le bois et la pierre sont des bases traditionnelles dans le jardin zen. On appréciera aussi l’aspect laqué du bois et ses reflets. Et bien sûr, la perspective qui n’est jamais absente des jardins traditionnels. Tout un jeu entre les roches (carrelage, banc en double granit, roches du fond). Il s’agit d’une place au cœur d’une résidence. Source : Zen Gardens, p. 194.

Crédit photo : Tuttle Publishing. Source : Zen Gardens, the Complete Works.

Ci-dessus, une vue plongeante du Museum of Civilization d’Ottawa (Canada) en 1995. Les courbes des graviers et du chemin de pierres répondent aux courbes architecturales du Museum. Encore un beau mariage entre tradition et modernité avec ces petit îlots vert dans la terre.

Crédit photo : Tuttle Publishing. Source : Zen Gardens, the Complete Works.

Encore une démonstration de son audace, entre modernité et tradition, le jeu des matières et le rappel des couleurs est époustouflant ! Il s’agit du Canadian Embassy à Tokyo (1991).

Crédit photo : Tuttle Publishing. Source : Zen Gardens, the Complete Works.

Magnifique transition entre l’espace intérieur et extérieur (p. 101). Il s’agit d’un Museum.

Crédit photo : Tuttle Publishing. Source : Zen Gardens, the Complete Works.

Dialectique entre la matière granulée du gravier et lisse des dalles, en respectant une même direction, le tout uni dans une même couleur.

Crédit photo : Tuttle Publishing. Source : Zen Gardens, the Complete Works.

Incrustation du naturel dans de l’artificiel et de la pierre dans un dallage, ce qu’il pratique assez souvent, aussi bien horizontalement, que verticalement. La pierre met en valeur la pierre dans le rapport lisse/rugueux (texture) et jeu des teintes.

Il fait aussi des choses purement traditionnelles, mais nous avons voulu ici montrer quelques créations assez originales afin de démontrer que l’art zen des jardins n’existe pas uniquement tourné vers le passé. Il a aussi un bel avenir avec des mariages étonnants dans les matières, les textures, les couleurs et les lignes, les surfaces.

Shunmyo Masuno n’est pas qu’un moine bouddhiste épris de zen, c’est aussi un esthète très sensible, ancré dans l’art contemporain des jardins japonais. Il sait innover sans dénaturer au sens double du terme : sans quitter la nature, et sans rompre avec l’esprit traditionnel pour autant. Le jardin zen est un art de la sensibilité qui nous rend attentif aux petits détails et à la simplicité des matières du vivant.

C’est cependant un art qui cultive un paradoxe car le lien à la nature est consubstantiel et pourtant cette esthétique ne se trouve pas partout, elle est « construite », singulière, atypique. C’est un art qui a ses règles. Sans doute qu’un méditant zen sent en lui-même ce nécessaire rayonnement de chaque « pièce naturelle » qui ne doit pas être étouffée par une autre, mais entrer en harmonie, en correspondance. Il fait partie de ces artistes qui font le lien entre architecture et nature, passé et enjeux présents orientés vers le futur. C’est ainsi que l’essence du zen démontre qu’elle appartient à tout âge dans sa simplicité, son harmonie, son regard porté sur les choses, même si elles demeurent impermanentes.

Le 26 juin 2018, de 17h30 à 19h, il a tenu une conférence intitulée « The Art and Philosophy of Zen Garden Design » à la Brown University (Rhode Island, USA). Pour les anglophones, en voici l’archive audiovisuelle :

Zoom sur Pascale Lafargue

Crédit photo : Pascale Lafargue

Pascale Lafargue doit sa passion et sa profession de parapsychologue à un professeur hors-norme : Raymond Réant (1928-1997) auprès de qui elle a reçu une formation durant cinq années. Je sais que c’était un homme honnête, travailleur et passionné par ses recherches. Il fut l’auteur de nombreux livres, accessibles à tous dans leur méthodologie et les expériences menées avec des élèves candidats, pour expérimenter des choses assez spectaculaires : des voyages de la conscience hors du corps, des perceptions extrasensorielles au contact des objets, etc. Nous pourrions aussi citer Yves Lignon (né en 1943), également parapsychologue, mathématicien (qui avait un laboratoire à l’Université de Toulouse-Le Mirail). Ceci pour dire qu’un certain esprit de rigueur scientifique caractérise ces recherches avec méthodologies et protocoles d’expériences. Si je cite ces deux chercheurs, c’est qu’ils sont français et ont beaucoup œuvré pour faire connaître leurs résultats. Être un parapsychologue n’engage à aucune croyance religieuse, aucune obédiance de spiritualité quelconque.

Pascale Lafargue a justement été enthousiasmée par cette approche décomplexée : les méthodes, les protocoles, les expériences, les résultats. Raymond Réant a fait preuve d’altruisme car il aurait très bien pu ouvrir un cabinet de voyant, vivre sa vie professionnelle et fermer le rideau, sans rien partager de ses capacités. Or, il a voulu enseigner, partager le fruit de ses expériences et découvertes, former, accompagner. Pascale Lafargue revient avec joie sur ces années de formation où l’enthousiasme était partagé avec plusieurs volontaires. Mais Raymond Réant est parti. D’une certaine façon, Pascale Lafargue reprend le flambeau car elle aussi aime partager ses expériences, en accord avec le libre arbitre de chacun. Elle s’est néanmoins fait une spécialité des vies antérieures, ce qui peut se comprendre car lorsqu’on touche un objet, quel qu’il soit, pour en recueillir la mémoire par des impressions extrasensorielles (psychométrie), on débouche nécessairement sur le passé… Le passé, c’est-à-dire les époques de l’Histoire.

Mais « lire le passé », c’est aussi comprendre les pérégrinations de l’âme. L’objet saisi pouvant être, par exemple, la main d’un individu afin de percevoir ses vies antérieures. Si Raymond Réant a ouvert la voie sur nos diverses facultés extrasensorielles, Pascale Lafargue cherche à aller plus loin, approfondir, notamment ce qui relie une âme à ses vies antérieures. Quelle est l’unité de ses existences passées ? Or, c’est un domaine assez inédit, il faut le reconnaître. Car même si l’hindouisme et le bouddhisme ont bien expliqué le processus de la réincarnation – tout en soulignant que l’enjeu consistait à libérer notre âme de nos inclinations matérielles pour rompre ce schéma qui peut durer indéfiniment -, il n’y a pas eu encore d’études poussées sur la cohérence de toutes ces vies accumulées dans le parcours d’une âme. C’est néanmoins une discipline qui commence à naître avec des personnalités comme Pascale Lafargue, mais aussi Dolores Cannon qui a choisi la régression par l’hypnose, pour sa part.

Ceci a de l’intérêt car selon les écoles bouddhistes, nous constatons une certaine obscurité sur la question de l’âme. En effet, il y a ceux qui savent que quelque chose perdure après la mort, transmigre, ou alors s’éveille et se délivre du cycle des réincarnations, mais il y a aussi ceux qui mésinterprètent les enseignements originels du Bouddha et qui pensent que rien n’existe de durable dans l’être individuel, que tout n’est qu’agrégats et que l’être immatériel serait aussi évanescent que son égo et son corps de chair. Au nom de l’impermanence, ils « coulent le bébé avec l’eau du bain » pourrait-on dire, car ils nient le principe d’individualité persistant. Mais les faits leur donnent tort car les corps de lumière existent véritablement et notre identité spirituelle que les hindous nomment Atman est une réalité éternelle (même si ce Soi ou Atman peut endosser plusieurs identités charnelles en même temps).

« Le faux égo nous conduit à confondre le corps avec le moi véritable. L’égo est ce qui nous fait dire ‘Je suis’. Mais lorsque l’âme devient souillée ou conditionnée par la matière, elle s’identifie avec le corps et se croit issue de la nature matérielle. Lorsque l’identification de l’être est appliquée au moi véritable – à l’âme -, il s’agit alors du véritable égo » (A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada, Revenir : La science de la réincarnation, Éd. Bhaktivedanta, 1983, p. 82).

Il y a donc quelques confusions dans les enseignements et dans la compréhension de certaines écoles car si nous nions notre essence spirituelle véritable, nous devinons les conséquences fâcheuses que cela aura pour notre avenir hors du plan physique. Néanmoins nombreux sont les bouddhistes à bien souligner que leurs doctrines ne sont pas nihilistes (nous soulignons ce point car c’est souvent une cause de rejet de la part des occidentaux).

Les expériences conduites dans les vies antérieures ne sont donc pas inutiles, surtout si elles permettent de mieux comprendre le processus de nos quêtes, de nos attachements de vie en vie, surtout si elles nous permettent de nous délivrer d’anciens traumas qui perdurent dans l’existence présente, et si la chaîne de cause à effets est élucidée. En effet, des situations difficiles, perturbantes, dans cette existence, peuvent faire ressurgir d’anciens traumas de cette vie ou d’une vie passée. Il est donc intéressant de connaître les recherches de Pascale Lafargue, authentique chercheuse passionnée comme cela peut se constater dans cette émission animée par Philippe Ferrer et sa chaîne youtube « On ne vous demande pas d’y croire ».

Pascale Lafargue a publié les ouvrages suivants, aux éditions Fernand Lanore :

Elle est aussi l’auteure de :

Elle organise des séminaires de formation en parapsychologie sur Nantes et Paris pour la saison 2020/2021.

Par l’intermédiaire de son association Epsilon (loi 1901), elle publie un bulletin bi-annuel qui fait le point sur ses conférences notamment et qui présente quelques thématiques en rapport avec ses thèmes de prédilection.

La psychométrie ou la « psychopathotactie »

Raymond Réant a fort bien enseigné dans ses ouvrages comment percevoir des informations en touchant des objets. Cette forme de « voyance dans le passé », il l’a nommée « psychopathotactie » – terme construit d’après des étymologies grecques (qui signifie « esprit/ressentir/toucher ») et qu’il préférait à celui de « psychométrie » créé par le Dr Joseph Rodes Buchanan (dans son livre Manual of psychometry, Frank H. Hodges, 1893). J’ai moi-même mis en pratique ses techniques : ça fonctionne à condition de bien opérer le vide mental au préalable et de ne pas chercher à rationaliser les images perçues (c’est-à-dire de ne pas construire un récit qui dévierait des informations ressenties).

Citons une référence stimulante à lire de Bertrand Méheust (avec, au cours du chapitre 2, « Exemple de psychométrie : La mémoire des objets ») :

Avec un extrait ici et une critique ici. Il s’intéresse, entre autre, à la « métagnomie« , terme « proposé par le Docteur [Eugène] Osty pour désigner l’ensemble des facultés de connaissance paranormale qu’il appelait encore la ‘faculté d’hyperconnaître' ». On le trouve en eBook (au format ePub) et assez difficilement en un autre format.

Autre référence :

La mémoire des choses de Jean Prieur (parce qu’il est aussi question de psychométrie comme l’indique le sous-titre : l’art de la psychométrie) chez Fernand Lanore, Paris, 1994.

Quatrième de couverture :

« Aspect particulier de la clairvoyance, connaissance supra-normale par le toucher, la psychométrie est la faculté qui permet à un être sensitif, en tenant un objet, de remonter jusqu’à son possesseur, de décrire son caractère, son apparence physique, les gens et le décor naturel qui l’entourent. Tout se passe comme si les « choses » s’imprégnaient des vibrations émanant des personnes qui furent en contact avec elles. Certains hommes, nous dit Jean Prieur, ont la possibilité de capter cette « mémoire des objets » et de rechercher ainsi dans le passé. À travers de nombreux témoignages vécus, l’auteur nous fait pénétrer ici dans une dimension insoupçonnée de notre univers. De l’incendie du « Bazar de la Charité » aux personnages énigmatiques de Louis XVII, « la mémoire des choses » est un ouvrage passionnant qui nous invite à considérer différemment les capacités de l’esprit humain en contact avec le monde inanimé« .

Hommage à Juan Gimenez (1943-2020)

Juan Gimenez face à l’une de ses planches (Copyright : ROMUALD MEIGNEUX/SIPA)

Ceux qui ne veulent pas reconnaître la réalité du Covid-19 et sa dangerosité doivent ouvrir les yeux : tous, nous pouvons perdre des membres de notre famille, des amis, des voisins, des connaissances plus ou moins proches. Les célébrités sont aussi concernées et en sont la preuve : nous l’avons vu récemment notamment avec le chanteur Christophe (Daniel Bevilacqua) qui nous a quitté le 16 avril 2020 à Brest, à 74 ans, des suites d’un emphysème.

Ici, nous voulons rendre un hommage particulier au dessinateur Juan Gimenez décédé le 3 avril 2020 à Mendoza (Argentine) à 76 ans. Il était ami avec Alejandro Jodorowsky pour qui il dessinait les planches des « Méta-Barons » (entre autres dessinateurs). Il avait fait sa connaissance en 1992 pour une longue collaboration avec « La caste des Méta-Barons » : huit épisodes et un Hors Série intitulé « La maison des ancêtres ».

C’était un dessinateur très talentueux (style hyper réaliste) tant pour ses rendus graphiques que pour son sens des couleurs qui avait notamment participé au dessin animé « Heavy Metal » (pour le storyboard et le scénario de la séquence « Harry Canyon »), film devenu une référence dans les années 80 : rien de semblable n’ayant été réalisé auparavant. L’audace, la prise de risque, le délire graphique étaient authentiques. Ce n’était pas une œuvre commerciale, mais un vrai projet artistique, réalisé sous forme de séquences (inégales).

Sa collaboration à ce dessin animé était assez naturelle puisqu’il travaillait pour la BD « Métal Hurlant » – le film en étant directement inspiré. C’est Glénat qui a publié son premier album en français, « L’Étoile noire » (avec un scénario de Barreiro).

Comme beaucoup de dessinateurs, il a réalisé des couvertures de romans SF, des pochettes de disques, des décors de jeux vidéo (conception graphique). Mais c’est surtout sa contribution aux histoires imaginées par Jodorowski qui va établir sa popularité mondiale. Ce dernier a tenu à s’exprimer à son sujet :

« Durant dix ans, j’ai travaillé avec Juan Giménez. Ensemble, nous avons été les créateurs de la saga des Méta-Barons. Ce qui m’a facilité la tâche en lui proposant le monde complexe des Méta-Barons, c’est qu’il ressemblait exactement à l’immortel Méta-Baron. Dans mon inconscient, Juan Giménez ne peut pas mourir. Il continuera, dessinant comme le maître guerrier qu’il était ».

Sa ressemblance à l’immortel Méta-Baron.
Daniel Maghen expose 120 planches de Juan Gimenez, illustrations et couvertures originales

Quant au galeriste Daniel Maghen qui avait exposé ses œuvres du 15 octobre au 9 novembre de l’an dernier à Paris, voici ses propos :

« Juan était un génie qui a marqué plusieurs générations de dessinateurs. Sa vie était dédiée au dessin. Il me racontait comment en Argentine il avait découvert Métal Hurlant et Pilote et à quel point cela avait changé sa vie. Il était honoré des prix qu’il avait reçus et qu’on pouvait apercevoir au-dessus de sa table à dessin. Il me disait encore il y a quelques mois sa fierté de dessiner les dernières couvertures de Star Wars. Il était toujours plein de projets ».

Voici un documentaire intitulé « Rêves lucides » d’une trentaine de minutes en espagnol (sous-titré en anglais) qui débute avec l’une de ses animations et qui retrace son parcours, ses œuvres, dans un décor de rêve propice à la création.

Didier Pasamonik a retracé son parcours avec passion ici. Et voici le lien de son dernier entretien.

Sœur Angel, symbole de bravoure

Sœur Angel est née le 18 mars 1973 au Congo, à Katanga. Photo prise lors de la remise de son diplôme.

On aura beaucoup critiqué les religions parce qu’elles ont eu du sang sur les mains (inquisitions, colonialisations), ou ont trop longtemps protégé des pédophiles en leur sein, mais il ne faut pas oublier pour autant les actions humanitaires de certains religieux envers les plus démunis, les plus défavorisés, les plus pauvres et aussi envers les gens de couleur quand ils sont souvent victimes du racisme que l’on voit malheureusement ressurgir en ces temps de graves crises et de désorientations. Le Covid-19 s’ajoute à la liste des maux, notamment au Congo, pays natal de Sœur Angel, où une autre épidémie fait des ravages sur les enfants : la rougeole. Les chiffres connus au 01/04/2020 : 335 000 enfants contaminés, 6 300 décédés de la rougeole.

Sœur Angel, âgée de 47 ans, qui travaille en Lombardie en sa qualité de médecin, a de la compassion pour le Congo, où dit-elle, « les gens sont abandonnés« . Il ne faut pas oublier en effet que les disparités sont encore plus violentes, face à cette pandémie, dans certains pays.

Réputée en Italie pour être « tenace et déterminée« , elle est sans aucun doute un exemple de bravoure, à l’exemple de tous ceux qui sauvent des vies dans de nombreux pays sans penser à la leur en priorité, compte tenu du manque de protections (masques, lunettes, gants, blouses ou surblouses), car elle relate, au cours de son existence, avoir pratiqué des accouchements en pleine mer, soigné dans des canots pneumatiques, des hypothermies ou des brûlures graves causées par le mélange d’essence et d’eau de mer lors de la fuite des migrants entre 2016 et 2018.

Aujourd’hui, comme beaucoup de soignants, elle sa bat aux côtés des malades en se rendant à leur domicile, dans la province de Bergame. Cette province d’Italie a découvert l’arrivée du Covid-19, le 21 février 2020. Au jour du 30 mars, 8350 cas positifs au Covid-19 ont été dénombrés. Certains comparent cette province très industrialisée à un « Wuhan italien » car c’est la plus touchée avec au moins 2000 morts, chiffre sous-estimé selon le maire.

« Je n’ai pas peur d’être infectée, j’ai juste peur de ne pas pouvoir faire tout ce que j’ai à faire ».

Avec ces chiffres et cette réalité du terrain, on mesure mieux le courage de Sœur Angel qui est représentatif du travail considérable dans les villes les plus touchées du monde et du combat inégal que mènent au quotidien les soignants. De plus, elle a vu de nombreux collègues emportés par le Covid-19 (ils seraient au moins une centaine, en Italie), ce qui arrive forcément sans les protections indispensables dont ils devraient disposer. Inégal à ce titre car dans de nombreux pays dont la France, le personnel hospitalier n’a pas suffisamment de protection, sans parler du manque de moyens matériels qui caractérise l’univers hospitalier en général. Il faut bien admettre que dans plusieurs pays, les gouvernements ont délaissé ce secteur, surtout dans le domaine public. Rappelons-nous qu’en France, fin 2019, nos personnels soignants étaient dans la rue pour faire la grève, se plaignant du manque cruel de moyens. Certains internes en sont venus au suicide face au stress et à la misère d’une situation ne cessant de se dégrader. Et cette situation n’est pas récente, dure depuis de nombreuses années, sous plusieurs gouvernements, comme si cela était devenue une triste tradition, celle d’oublier les conditions de vie de nos parents, grand-parents, nos aînés. Nous payons aujourd’hui en nombre de morts cette erreur qui reflétait déjà un manque patent d’humanité.

Le coronavirus nous rappelle à une réalité du terrain et souhaitons-le, à établir plus d’humanité les uns envers les autres, dans le monde que nous voudrons reconstruire après cette terrible pandémie sur des bases plus saines.

Brett Cozier

Certains individus possèdent un réel sens éthique qui prime sur d’autres considérations. En l’occurence, l’action de bravoure de Brett Cozier était de sauver la totalité de son équipage. Qui est Brett Cozier ? C’est le commandant du navire USS Theodore Roosevelt.

Quels sont les faits ? Après avoir fait escale, le 4 mars 2020 au port de Da Nang, au Viêt Nam, il avait dénombré qu’au sein de ses 5000 marins dont il avait la responsabilité, tout d’abord 3 d’entre eux (le 24 mars), puis une semaine après, au moins 114 étaient atteints du Covid-19. Il avait donc immobilisé son vaisseau sur l’île de Guam, dans le Pacifique, dans l’attente d’un secours et de directives. S’il avait pu confiner les trois marins, il devenait impossible d’en isoler une centaine et ainsi de suite… Il souhaitait éviter un dénouement tragique. Le risque était que tout son équipage soit contaminé si sa hiérarchie continuait à faire comme si le problème n’existait pas, la mission initiale primant sur toute autre considération. En effet, le mardi 31 mars 2020, la première réaction fut celle-ci :

Le ministre américain de la Défense, chef du Pentagone, Mark Esper, refuse de faire évacuer le porte-avions : « Je ne pense pas que nous en soyons arrivés à ce stade », avait-il jugé mardi sur CBS.

Comprenant qu’il fallait réagir rapidement et ne pas sacrifier tout son équipage, il a rédigé une note de service de quatre pages au Commandant de la US Navy, tout en la postant également au journal San Francisco Chronicle. C’est ainsi que nous connaissons son contenu dont voici un extrait :

« Nous ne sommes pas en guerre. Il n’y a aucune raison que des marins meurent. Si nous n’agissons pas maintenant, nous échouons dans notre tâche de prendre soin comme il se doit de nos plus précieux atouts – nos marins »

Nous comprenons mieux cette déclaration, compte-tenu du contexte initial du refus de prendre en compte le problème. La suite est à l’image de la réponse : il a été démis de ses fonctions, deux jours après, le jeudi 2 avril, par le secrétaire de l’US Navy, Thomas Modly, mais son équipage a été évacué comme il le souhaitait.

Voici donc un homme qui sait qu’il sera probablement démis de ses fonctions pour avoir désobéi à sa hiérarchie : la mission avant tout, avant la santé de ses hommes. Mais il a la notion de ce qu’est la valeur de la vie, pour ses marins et pour leur famille respective. Il n’a pas voulu les sacrifier pour des raisons de stratégie de dissuasion militaire et politique. C’est un acte de bravoure : la santé de ses hommes est passée au premier plan, avant son intérêt personnel, sa carrière professionnelle dans un contexte où il n’y avait pas de conflit et de guerre. Et c’est pourquoi son équipage lui a été très reconnaissant, on s’en doute ! Il a été applaudi à son départ. Son nom a été scandé. Il a été limogé mais il peut être fier de sa décision éthique. Son équipage et leur famille lui sont reconnaissants.

Coup de théâtre, le 7 avril 2020 : Thomas Modly, à présent sanctionné, « invité » à démissionner. Une façon de retrouver un peu d’honneur dans ce corps d’armée, de l’honneur et de la dignité. Plus de 120 000 personnes ont signé une pétition appelant l’US Navy à le réintégrer dont voici un extrait :

« Ses actions ont peut-être sauvé de nombreuses vies. (…) Bien qu’il ait été licencié, son plan de retirer en toute sécurité les membres d’équipage était toujours mis en œuvre. C’est un héros qui devrait être récompensé ».

Résultat : Le capitaine Crozier sera réaffecté.