Les multiples vagues du Covid-19

Le 12 avril 2020, le directeur Wang Xinghuan de l’hôpital de Leishenshan à Wuhan nous met en garde contre la sous-estimation de la létalité du Covid-19 : il déclare que cette pandémie « pourrait tuer plus de gens que les deux dernières guerres mondiales réunies« . La preuve en vidéo, ci-dessous :

Rappelons que nous n’avons encore aucun recul pour savoir si les chiffres annoncés dans les médias concernant les divers pays ne sont pas sous-évalués, aussi bien en terme de décès, qu’en terme des personnes infectées. Les décès à la maison et dans les transports ne sont pas pris en compte. De même, les décès consécutifs au Covid-19 cumulé à d’autres pathologies sont parfois mises sur le compte de ces autres pathologies. Quant aux décès en maisons de retraite, ils ne sont pas toujours comptabilisés selon les pays. Les chiffres exacts ne nous sont donc pas encore connus.

Il convient de tempérer cette alarme catastrophique par les propos plus mesurés de Bernard Duqué, professeur de biologie (docteur en pharmacologie) :

« Il n’y a aucune raison de penser qu’un virus puisse muter, se propager et exterminer des millions de gens, sauf si l’on envisage que le scénario de grippe espagnole de 1918 puisse se reproduire. Néanmoins, cette possibilité existe dans les tiroirs des scientifiques qui font de la prospective et ont un intérêt à imaginer le pire, peut-être en pensant bien faire, pour anticiper, pour prévenir, pour lutter contre une menace terrible« .

Néanmoins, ce qui est déjà certain, comme le déclare le directeur de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, c’est qu’il est possible de constater au sujet du Covid-19 « qu’il est mortel, 10 fois plus que le virus responsable de la pandémie de grippe de 2009« , c’est-à-dire le virus H1N1.

N’est-il pas sensé de dire que tant que nous n’aurons pas un traitement efficace pour enrayer la pandémie, elle ne pourra, au mieux, qu’être freinée ? Mais comment freiner une pandémie quand nos masques, pour la majorité, ne filtrent pas le diamètre du SARS-Cov-2 (compris entre entre 60 et 140 nm, sa taille étant variable) ? En sachant qu’à ce jour, notre personnel hospitalier, mais aussi le corps médical en général, ne disposent pas de tous les masques dont ils ont besoin : les quantités sont insuffisantes. Eux aussi sont et seront contaminés pour certains. Parmi eux, cerrtains connaissent et connaîtront des décès.

En fait, il est logique de prévoir que la mise en garde du directeur Wang Xinghuan prend en compte la mortalité à venir des autres vagues puisque la Chine elle-même affronte de telles résurgences. Sa déclaration peut sembler folle car excessive, mais elle a le mérite, comme le souligne Bernard Dugué, d’alerter et de marquer les consciences sur une dangerosité encore sous-évaluée par la plupart.

Mais alors que faut-il faire ? Wang Xinghuan n’est pas contre le déconfinement, mais pour un déconfinement « protégé avec des masques » :

« Aucun de ceux qui portaient des masques [KN95/FFP2] en contact avec les patients n’a été infecté, nous sommes donc certains de l’efficacité des masques. (…) Si la transmission n’est pas rompue, alors il est naturel que les infections augmentent« .

Il n’est pas contre le déconfinement car il fait aussi remarquer que ceux qui sont infectés peuvent contaminer les personnes présentes chez eux qui ne se protègent pas. Pensons, par exemple, que lors de la reprise prochaine des écoles, tous les élèves contaminés, asymptomatiques ou non, contamineront non seulement le personnel des établissements, mais aussi leurs parents, dès leur retour à la maison. En effet, les enfants sont considérés par les médecins comme les vecteurs principaux de transmission des virus. Voici la déclaration de Pierre-Marie Preux, Directeur de l’unité Inserm de neuro-épidémiologie tropicale de l’Université de Limoges :

« En fait, tout en étant porteurs, ils sont très peu à développer la maladie, mais ils sont un grand vecteur de transmission ».

Or, ce virus a la particularité d’être particulièrement contagieux : il produit 3,2 fois plus de particules virales en 48 heures que le SRAS de 2003 selon une étude parue dans la revue Clinical Infectious Disease.

Si l’armée française continue ses activités sans masque, si les policiers ne veulent pas servir de « chair à canon », déployés sur le territoire sans masque, ou sans suffisamment de masques, au contact de la population, on peut comprendre qu’il en aille de même pour le corps enseignant bien placé pour savoir que les enfants ne sont pas capables d’appliquer les gestes barrière. Certains maires, notamment dans les Alpes Maritimes, tirent la sonnette d’alarme. Les enseignants et les parents d’élèves sont en droit de se montrer inquiets. En effet, au Japon, une semaine après la reprise des écoles le 6 avril 2020, ce fut marche arrière à toute vitesse – un rétropédalage – pour une nouvelle période de fermeture des établissements scolaires. Pourquoi ? Parce qu’une nouvelle vague de contamination est apparue aussitôt : le nombre de cas de Covid-19 a doublé, dépassant les 10 000 cas, provoquant le débordement des services d’urgence.

Pendant cette pandémie qui peut encore durer longtemps, le télétravail serait sûrement un secteur à adapter et à développer.

Étant donné le taux de mortalité de la première vague, la saturation de certains de nos hôpitaux, chaque nouvelle vague risque d’ébranler un peu plus notre système hospitalier, réduire les effectifs des personnels soignants. Ainsi, lors du déconfinement prochain, il conviendra de rester très prudent et conscient des risques que nous prendrons car la pandémie n’est pas terminée tant qu’un traitement efficace ayant fait ses preuves n’est pas mis en œuvre. Et cela peut prendre du temps…