Développer son troisième œil (partie 1)

Le discernement peut se contenter de la logique, à condition qu’elle repose sur des faits avérés, vérifiés. Problème : nous n’avons pas toujours les moyens de vérifier les faits. Un autre pilier du raisonnement est la cohérence de l’édifice logique. Mais nous pouvons être cohérent sur de fausses bases. Bref, il n’est pas évident de voir juste en toute situation, surtout quand la situation est inédite comme c’est le cas avec cette pandémie du coronavirus.

Un autre cheminement possible est la perception mentale et visuelle à la fois, propre au troisième œil : le chakra Ajna ou Aagya, ou encore bhrûmadhya (qui signifie « au centre » : madhya, des « sourcils » : bhrû).

Il existe des postures de yoga qui permettent de le stimuler, mais nous allons faire simple afin d’être le plus accessible possible. Quelques précisions nécessaires tout de même : ce chakra est particulier car il est le point de convergence de trois canaux énergétiques (nadi) fondamentaux que sont Ida et Pingala de part et d’autre de la colonne vertébrale, et de Sushuma au centre de la colonne. Cette convergence, selon les yogis, est importante car elle créé une connexion avec les dimensions supérieures universelles de l’Esprit ; elle unifie le corps, le mental rationnel et l’Esprit (qui est supra-mental). Elle permet aussi de dépasser les dualités (Lune/Soleil rattachés à Ida/Pingala, et également vie et mort). Autrement dit, à partir de ce chakra, nous sortons du physiologique (chakras inférieurs), pour entrer dans le spirituel et ce qui est non conditionné. Autre information importante : ce chakra est lié à une contrepartie physique : la glande pinéale. Descartes lui attribuait le rôle d’être le siège de l’âme. Son rôle est très important, chacun pourra faire des recherches pour se documenter à son sujet.

Bien que notre approche soit la plus simple et accessible possible, cet article s’adresse aux personnes qui n’empoisonnent par leur corps avec du tabac, de l’alcool, voire des drogues car un esprit sain nécessite d’avoir un corps sain, une santé saine, par hygiène, tout simplement. Un autre impératif est d’associer cet exercice avec le cœur dans la paix totale de l’esprit. En fait, ce n’est pas l’égo ou la volonté qui doit dominer dans cette démarche, mais le lâcher-prise, le détachement, un certain bien-être intérieur et un état d’esprit apparemment contradictoire de « vouloir sans vouloir », « voir sans vouloir » car cela évite toute tension de l’esprit.

En cette période de confinement forcé, nous avons du temps : tant mieux car nous ne devons pas non plus nous préoccuper de la durée, ni même du résultat escompté. Nous devons placer notre attention consciente exactement sur la région concernée : au-dessus de la base du nez, au centre du front. Et tout le cycle d’inspiration et d’expiration lent, calme, mesuré doit se faire avec la concentration consciente de cette zone bien précise. L’idéal est d’avoir les yeux fermés pour « clôturer ses sens physiques ». Cet exercice d’attention et de concentration doit se pratiquer régulièrement, toujours avec le même détachement sans tension ni de l’esprit, ni du corps. La respiration lente, calme et mesurée aide beaucoup à approfondir cet état idéal recherché de sérénité, l’esprit dégagé.

Dans la spiritualité hindoue, les chakras (« roues » en sanskrit car ce sont des vortex qui tournent, brassent l’énergie du Prana) sont comparés à des fleurs de lotus. Dans l’amour et la bienveillance, nous pouvons imaginer que la fleur de lotus s’ouvre, s’épanouit. Avec de la pratique, nous ressentirons une énergie très localisée sur la région du front. Normalement, cette sensation ne va pas jusqu’à la douleur car l’énergie accumulée s’évacue sur le chakra supérieur : le coronal. Pour ceux qui ressentiraient de la douleur, il suffit de faire le même exercice sur le chakra au sommet du crâne pour dissiper l’excès d’énergie accumulée au niveau du front. La conscience accompagne, draine l’énergie. En fait, techniquement, la conscience manipule le Prana et c’est de cette façon que les yogis peuvent nettoyer tous leurs nadis ou canaux énergétiques. L’esprit remplace la main, en quelque sorte. Dans les plans subtils d’existence, l’esprit est véritablement le centre de commande. Il n’y a donc rien d’étrange dans ce processus. Le mot sanskrit « aagya » signifie justement « ordre » ou « commande ».

Le « secret » de l’efficacité de cette pratique ne réside pas uniquement dans la concentration de l’esprit sur la zone du front, sur une respiration lente et profonde, mais sur la rétention qui suit l’inspiration. La rétention agit comme un focalisateur, un foyer, un stimulant puissant. Mais elle doit être observée sans tension, sans effort. Il faut donc parvenir à allonger le temps de rétention, uniquement par la pratique assidue. L’exercice n’est pas compliqué en soi, mais il demande de la pratique pour parvenir à réaliser harmonieusement concentration de l’esprit sur la zone du front, paisibilité du souffle long et calme, rétention après l’inspiration.

Comment pratiquent les yogis ? Si nous observons attentivement les illustrations ancestrales de ce chakra frontal, elles comportent la calligraphie du mantra AUM comme ci-dessous :

Ce mantra en trois lettres A, U, M est destiné à être chanté (mentalement) pendant les phases de rétention du souffle. Une lettre par rétention. Par ailleurs, ils pratiquent en inspirant d’abord par la narine gauche (bloquant la droite), expirant par la narine droite, suite à la rétention sur le chant mental « A ». Puis, inversement, ils inspirent par la narine droite (bloquant la gauche), expirant par la narine gauche, suite à la rétention sur le chant mental « U » (qui se prononce « OU » ou [u] en phonétique). Et ainsi de suite, plusieurs fois. Ce basculement d’inspiration par narines permet d’équilibrer nos énergies puisque nous avons une symétrie de part et d’autre de la colonne vertébrale. Cela revient à équilibrer, par la même occassion, symétriquement nos énergies subtiles. Cela produit un bon nettoyage des méridiens ou nadi. Cet exercice est décrit notamment dans le livre Yogayâjnavalkyam : Corps et âme, le yoga selon Yâjnavalkya, trad. P. Geenens, Gallimard, 2000, p. 97. Mais c’est en fait un pranayama assez classique que l’on trouve dans de nombreux ouvrages spécialisés sur les techniques liées au souffle du yoga.

Rappelons aussi que la clairvoyance est une faculté naturelle et que ce processus est déjà en œuvre chez tout le monde, sauf s’il y a des blocages, des maladies, des troubles divers et sauf si notre mental refuse, fait barrage aux réalités spirituelles. C’est donc un processus simple en soi, mais notre mode de vie et le formatage des esprits le contrarient fortement.

Un autre aspect à prendre en compte est qu’il faut accueillir « sans filtre » ces perceptions qui sont à la fois mentales et visuelles. L’état d’esprit de paisibilité intérieure, la concentration parfaite de l’esprit sont donc des bases élémentaires pour toutes sortes d’exercices spirituels dont celui-ci.

Ce sens n’est pas déconnecté de l’esprit. Il est de ce fait possible de demander, non pas forcément à « voir », mais de comprendre, de savoir. Cette demande revient à mettre en branle un processus qui peut mettre du temps, mais qui réagira. Cela peut être sous la forme d’un rêve, d’une vision, d’une sensation intérieure très claire, très assurée comme une certitude. La raison pour laquelle il ne faut pas avoir d’idées préconçues et d’attentes particulières, c’est qu’une réponse ne nécessite pas forcément d’avoir un contenu visuel en retour, ce qui est trop limitatif. « Voir », « percevoir » sont aussi des synonymes de « comprendre », « savoir ». Le troisième œil n’est pas aussi limité que l’organe oculaire physique, il peut voir dans de multiples dimensions, l’espace n’est même plus une limite.

Un autre point à souligner est notre rapport à l’égo. Si nous voulons nous donner raison, nous fausserons ce processus qui reste subtil donc fragile, délicat. Ceux qui veulent avoir des certitudes « dures » risquent soit de déformer le processus, soit de l’interpréter à leur façon. Il en irait de même d’un message écrit : selon qui le lit, il peut échauffer des esprits s’ils sont « mal tournés ». Il est donc nécessaire de mettre son égo de côté, de cultiver l’humilité dans ce processus car « voir » doit prendre une place harmonieuse avec tout le reste : la bienveillance en son cœur, l’amour désintéressé, la paix de l’esprit. C’est exactement comme se saisir d’une pièce d’un puzzle, il doit prendre place dans l’ensemble des choses. L’égo a tendance à se cristalliser sur un objet. Donc une vision conduite par l’égo peut soit être fausse dès le début, soit être faussée dans l’interprétation. C’est pour cela que l’on enseigne à chacun qu’il n’est pas possible de brûler les étapes dans le processus de l’éveil spirituel. Dans un processus d’évolution normale, naturelle, avec une hygiène saine du corps et de l’esprit, l’intuition est présente. C’est souvent le mot que nous utilisons pour décrire ce savoir, ce « voir » intérieur. Mais lorsque l’égo est puissant, fatalement l’intuition est fausse ou corrompue par nos croyances.

En développant ce sens, nous pouvons sonder tout ce que nous voulons : il n’y a pas de limite. La limite, c’est nous : notre égo, notre cerveau, nos représentations mentales, nos croyances, nos dogmes, nos doctrines… Il faut donc conserver une certaine simplicité, un certain naturel dans ce processus comme le font les enfants en bas âge qui n’ont aucun problème pour savoir des choses par des moyens extra-sensoriels. Tant qu’ils ne sont pas encore formatés par ce qu’une société autorise ou interdit par les croyances collectives, le processus fonctionne naturellement. D’ailleurs, lorsqu’ils voient ou savent à distance, ils ne jugent pas cela « extraordinaire ».

En conclusion, si nous associons le plus de cohérence possible dans nos raisonnements en nous basant sur des faits et si nous développons avec l’état d’esprit adéquat, notre réceptivité intérieure, nous aurons beaucoup plus de chance de ne pas adhérer aux peurs et aux paniques générées par cette pandémie, ni d’être tenté d’adhérer à de fausses croyances ou de fausses spiritualités qui ne sont jamais en manque d’idées farfelues. Nous pourrons ainsi faire de meilleurs choix dans nos vies, guidés par notre propre sagesse intérieure. Nous écarterons aussi les dangers qui se dressent devant nous si nous savons les identifier, les comprendre. Il ne s’agit en aucun cas de faire l’autruche et de dire que tout va bien afin d’entretenir une sérénité intérieure. Il s’agit de rester conscient, éveillé, lucide et prudent. La crise de cette pandémie aura sûrement permis de nous faire prendre conscience que beaucoup de choses doivent changer en ce monde pour qu’il devienne plus vivable, moins injuste et moins dangereux pour nous tous. Mais les plus grands changements extérieurs reposent, avant tout, sur des changements profonds en nous-mêmes.