Hommage à Juan Gimenez (1943-2020)

Juan Gimenez face à l’une de ses planches (Copyright : ROMUALD MEIGNEUX/SIPA)

Ceux qui ne veulent pas reconnaître la réalité du Covid-19 et sa dangerosité doivent ouvrir les yeux : tous, nous pouvons perdre des membres de notre famille, des amis, des voisins, des connaissances plus ou moins proches. Les célébrités sont aussi concernées et en sont la preuve : nous l’avons vu récemment notamment avec le chanteur Christophe (Daniel Bevilacqua) qui nous a quitté le 16 avril 2020 à Brest, à 74 ans, des suites d’un emphysème.

Ici, nous voulons rendre un hommage particulier au dessinateur Juan Gimenez décédé le 3 avril 2020 à Mendoza (Argentine) à 76 ans. Il était ami avec Alejandro Jodorowsky pour qui il dessinait les planches des « Méta-Barons » (entre autres dessinateurs). Il avait fait sa connaissance en 1992 pour une longue collaboration avec « La caste des Méta-Barons » : huit épisodes et un Hors Série intitulé « La maison des ancêtres ».

C’était un dessinateur très talentueux (style hyper réaliste) tant pour ses rendus graphiques que pour son sens des couleurs qui avait notamment participé au dessin animé « Heavy Metal » (pour le storyboard et le scénario de la séquence « Harry Canyon »), film devenu une référence dans les années 80 : rien de semblable n’ayant été réalisé auparavant. L’audace, la prise de risque, le délire graphique étaient authentiques. Ce n’était pas une œuvre commerciale, mais un vrai projet artistique, réalisé sous forme de séquences (inégales).

Sa collaboration à ce dessin animé était assez naturelle puisqu’il travaillait pour la BD « Métal Hurlant » – le film en étant directement inspiré. C’est Glénat qui a publié son premier album en français, « L’Étoile noire » (avec un scénario de Barreiro).

Comme beaucoup de dessinateurs, il a réalisé des couvertures de romans SF, des pochettes de disques, des décors de jeux vidéo (conception graphique). Mais c’est surtout sa contribution aux histoires imaginées par Jodorowski qui va établir sa popularité mondiale. Ce dernier a tenu à s’exprimer à son sujet :

« Durant dix ans, j’ai travaillé avec Juan Giménez. Ensemble, nous avons été les créateurs de la saga des Méta-Barons. Ce qui m’a facilité la tâche en lui proposant le monde complexe des Méta-Barons, c’est qu’il ressemblait exactement à l’immortel Méta-Baron. Dans mon inconscient, Juan Giménez ne peut pas mourir. Il continuera, dessinant comme le maître guerrier qu’il était ».

Sa ressemblance à l’immortel Méta-Baron.
Daniel Maghen expose 120 planches de Juan Gimenez, illustrations et couvertures originales

Quant au galeriste Daniel Maghen qui avait exposé ses œuvres du 15 octobre au 9 novembre de l’an dernier à Paris, voici ses propos :

« Juan était un génie qui a marqué plusieurs générations de dessinateurs. Sa vie était dédiée au dessin. Il me racontait comment en Argentine il avait découvert Métal Hurlant et Pilote et à quel point cela avait changé sa vie. Il était honoré des prix qu’il avait reçus et qu’on pouvait apercevoir au-dessus de sa table à dessin. Il me disait encore il y a quelques mois sa fierté de dessiner les dernières couvertures de Star Wars. Il était toujours plein de projets ».

Voici un documentaire intitulé « Rêves lucides » d’une trentaine de minutes en espagnol (sous-titré en anglais) qui débute avec l’une de ses animations et qui retrace son parcours, ses œuvres, dans un décor de rêve propice à la création.

Didier Pasamonik a retracé son parcours avec passion ici. Et voici le lien de son dernier entretien.