Le mal du point de vue spirituel (et non du point de vue moral)

« Hâte-toi vers ce qui est bon, ainsi tu garderas ton esprit de l’erreur. Car celui qui est indolent dans l’accomplissement du bien, finit par être heureux dans le mal »

Nous allons aborder une notion fondamentale, mais du point de vue de la spiritualité, ce qui est plus large et différent du point de vue purement moral et philosophique. Néanmoins, ceux qui seraient intéressés par une étude philosophique peuvent consulter le livre de Jérôme Porée, Le Mal : Homme coupable, homme souffrant, Armand Colin, Paris, 2000.

Cette période de pandémie semble lever partiellement le voile sur ce qu’est le mal. Tout d’abord, nous avons un virus mortel et potentiellement dangereux, ce qui est un visage du mal, un visage invisible. Puis nous avons autour de lui, des attitudes humaines irresponsables, ce qui est un visage plus concret, plus tangible du mal. Pour certains d’entre nous, nous avons aussi pu bénéficier d’une prise de conscience collective sur quantité d’actions qui asservissent l’humanité, le virus n’étant finalement que l’arbre qui cache la forêt. Bref, nous découvrons un monde hostile, effrayant, dangereux avec des artisans du mal.

La majorité de l’humanité n’a pas fait ce choix du mal délibéré. Pourtant, nous sommes tous confrontés au mal. Il suffit d’une injustice, d’une cruauté pour en prendre conscience.

Une approche purement philosophique ne nous mènerait pas très loin : le mal est relatif, il est pris pour un bien « pour soi », il est aveuglant, etc. Mais l’approche purement philosophique n’accepte pas de voir en face que des êtres se repaissent du mal, sans raison, par pure jouissance. Le mal n’est pas toujours relatif et par erreur. Il est parfois voulu, orchestré en toute connaissance de cause. Face à un tel constat, la philosophie céderait alors le pas à la psychopathologie. Certes, mais tout ceci est une vision très réduite des choses : le mal n’est pas dans les neurones, du moins pas sa source. Il faut donc élargir cette notion au domaine de la spiritualité.

Le mal n’existerait pas si nous n’étions pas des êtres dotés d’un libre arbitre. Faire des choix nous expose à une gamme très vaste de réponses plus ou moins adaptées à un problème. Le mal, par définition, commence lorsque nos réponses sont non seulement inefficaces, mais nuisibles, toxiques. C’est pour cela que l’on dit que le mal découle de l’ignorance : si l’on savait quelle était la bonne réponse, par avance, on ferait l’économie des réponses erronnées. Mais ceci est une approche philosophique, très rationnelle et ne correspond pas totalement au tout de la réalité empirique. Certains êtres savent très bien que le mal est nuisible, toxique et ils font ce choix en toute connaissance de cause. Il y a donc un mal qui excède la pensée philosophique et qui bascule directement dans la métaphysique.

Si nous étudions le mal dans des récits mystiques, par exemple, gnostiques (comme chez les Manichéens), nous faisons face à une origine très hiérarchisée d’êtres déchus.

« Il y a dans le Manichéisme, profusion innombrable de démons ou d’entités maléfiques (Archontes, Puissances des Ténèbres, Devan ou Devs, Yaksas, Péris, Raksas, Razan, Mazandaran, Avortons, etc.). Cette engeance ne va pas cependant sans être répartie entre certaines classes, ni ce foisonnement sans comporter une certaine hiérarchie. De l’ensemble, qu’elle domine, émerge la figure d’un chef, d’un Archidémon qui est en même temps un anti-Dieu et qui, dans les formes les plus simples, sinon les plus primitives, du système, porte le nom sinistre et prestigieux de « Roi » ou « Prince des Ténèbres » (Henri-Charles Puech, Sur le Manichéisme et autres essais, Flammarion, 1979, p. 104).

La plupart des religions évoquent, par exemple, les anges déchus, leur chute, de mondes en mondes, de plans en plans, la Terre n’étant qu’un niveau de cette chute, et plus bas encore, des mondes plus denses, le bas Astral, divers enfers. Dans ce panorama, il y a les êtres qui évoluent, qui montent, en conscience, en amour, en facultés de plus en plus divines, et il y a les autres qui font le chemin exactement inverse, en miroir. Tel un cercle.

Ce qui oppose fondamentalement la pensée New Age des authentiques spiritualités, c’est que la première postule, par exemple, que l’âme a grand avantage à se réincarner de vies en vies pour augmenter ses expériences, tandis que les mystiques fondatrices des religions disent au contraire que plus on perd de vue la Source, plus difficile est la remontée. C’est-à-dire que l’on se perd à vouloir changer de masques de vies en vies, on se perd à jouer constamment des rôles divers, on se perd dans l’ignorance du sens que tout cela prend. On en arrive à être l’esclave de ses désirs, de ses expériences et même des chaînes que d’autres nous préparent. Certaines religions ont voulu gommer cette réalité de leurs écritures tant la réincarnation constitue finalement l’égarement par excellence. Mais d’autres religions n’ont pas de problème avec la réincarnation, elles en expliquent d’ailleurs les mécanismes. Ce n’est toujours pas la pensée New Age du profit par accumulation, mais plutôt l’avertissement que plus notre égo est prisonnier des quêtes matérielles, plus fortes seront les chaînes karmiques de la réincarnation.

Par conséquent, certaines mystiques du passé comme le Manichéisme ont désigné le mal comme étant la Matière et par extension, le corps physique. Mais c’est aussi stupide que de dire que le mal, ce sont les chaînes ou les outils d’esclavage. Car cela détourne la question de comprendre pourquoi nous nous enchaînons. Et c’est aussi illogique car la chute des âmes induit que le mal précède la Matière, précède la descente dans l’incarnation. Et c’est également faux car le mal existe aussi dans les dimensions plus denses dont toutes les religions ont parlé avec les enfers. Bref, le mal est un sujet beaucoup plus vaste et profond que l’approche relativiste philosophique. Le mal n’est pas toujours relatif, n’est pas toujours le fruit de l’ignorance, n’est pas toujours un bien à l’échelle égoïste. Faisons donc le saut via la spiritualité pure.

Quelle est notre véritable Origine ? Elle est spirituelle et elle est éternelle. Nous sommes tous dérivés d’une Source unique que nous pourrions nommer l’ÊTRE. Nous sommes à la fois l’ÊTRE UN et des expressions-reflets de cette unicité, à la façon des fractales. La mystique philosophique de toute tradition enseigne cela car nombreux sont ceux (saints et mystiques) à l’avoir expérimenté, quels que soient le temps, l’époque, ou le lieu, la latitude. Peu importe le NOM que vous voulons donner à cette Source commune car un mot, un nom est toujours limitatif. Ici, nous sommes justement dans ce qui dépasse toutes les individualités, toutes les limites. Quel est le problème de cette condition d’être à la fois UN et Multiple ? Le problème n’existe pas tant que nous sommes conscients de cette double réalité : le miroir n’a pas un problème d’exister et de refléter. Il n’a aucun problème avec ça puisque c’est sa nature de miroir de refléter. C’est sa fonction.

Cependant quand le miroir commence à vieillir, se ternir, se noircir, se fissurer, il commence peu à peu à ne plus refléter fidèlement. Il présente même quelque chose de nouveau, d’inédit : LA DIFFÉRENCE. Le miroir devient différent du reflet. Ce n’est pas qu’il ne reflète plus : il reflète mal ! Tous les êtres individuels qui se sont égarés dans leur infinie liberté, en allant de mondes en mondes, de plans en plans, d’expériences en expériences se sont mis, petit à petit à vieillir, à se ternir, à se fissurer, à ne plus totalement refléter la SOURCE.

Où voulons-nous en venir ? À l’idée qu’une chose belle en soi : l’infinie liberté donnée par le libre arbitre s’expose au risque de la DIFFÉRENCE. Plus différents, nous voulons devenir de notre SOURCE, plus grande est la distance qui nous en sépare. Le mal, de ce point de vue, est la méga distanciation de notre Source commune. C’est le miroir fracturé de partout qui ne sait plus vraiment ce qu’il reflète exactement. Le mal inflige des blessures et porte en lui-même ses maux. Les antipodes de la Source sont donc des souffrances, mais celles-ci sont aimées, recherchées, perpétuées par les artisans du mal. À la longue, le Bien est considéré comme une horreur absolue par ces artisans du mal car ils ne retirent du Bien aucune souffrance.

Ce qui revient à dire que si nous aimons ceux qui nous haïssent et nous veulent du mal, nous les répugnons ! Par leur attachement à la différence, ils ne veulent pas de cet Amour, ils s’en éloignent, s’en préservent, vont voir ailleurs.

Cela semble très difficile à comprendre pour les esprits équilibrés que l’on puisse rejeter avec colère l’Amour, la Bonté, la bienveillance, la gentillesse, l’amitié, toutes ces belles valeurs. Mais c’est ainsi et cela se vérifie dans une loi de l’Esprit: le mal attire le mal, le bien attire le bien. C’est un phénomène mimétique qui créé des collectivités.

Alors, nous pourrions penser que si le mal va voir ailleurs, le bien ne pourrait être que protégé de toutes espèces de nuisances. Croire cela reviendrait à adhérer à une caricature, c’est-à-dire à un manque de nuances – ce qui manque justement aux manichéens qui opposent deux principes face à face : le Bien contre le Mal. En réalité, le bien comme le mal peuvent être fragiles, peu assurés fermement sur leurs positions. Autrement dit, des gens biens peuvent basculer dans le mal, et des êtres ayant fait le choix du mal peuvent se lasser et basculer vers le bien. Tous les fans de Star Wars ont bien compris ce processus. Et cela est possible grâce à notre libre arbitre. Dans les deux sens, les deux directions.

« Hâte-toi vers ce qui est bon, ainsi tu garderas ton esprit de l’erreur. Car celui qui est indolent dans l’accomplissement du bien, finit par être heureux dans le mal » (Guy Serraf, Dhammapada, Louise Courteau, 1988, p. 84).

Pour conclure, cela explique qu’il existe UN ENJEU car tous les êtres réellement éveillés qui savent qu’ils font partie de la même Source, ont envie de tendre la main à ceux qui peuvent basculer du bon côté. Ce sont tous les messies, tous les avatars, tous les bouddhas, tous les prophètes authentiques, tous ceux qui distribuent aux autres un même message d’Amour universel. Mais ce sont aussi tous ceux qui sentent cette vérité, plus ou moins consciemment ou confusément. À ce niveau d’éveil progressif, nous avons encore les oppositions apparentes et illusoires entre les traditions, les écoles, les religions.

Ceux qui sont le jouet des oppositions peuvent rapidement basculer dans le mal qui est division. La partie médiane est donc UN ENJEU tant pour le mal, que pour le bien. La partie médiane est constituée par nous tous qui sommes perdus dans les illusions des apparences. Par exemple, nous pourrions voir le Mal là où il n’est pas. Mais en l’appelant à notre esprit, nous le fabriquons. En le fabriquant, nous y plongeons : nous chutons dedans. Ainsi, combattre le Mal par le mal, c’est jouer son jeu. C’est l’éprouver, le ressentir, le commettre. Et lorsque nous agissons mal, nous ne sommes plus différents de ce que nous combattons. Le Mal a donc gagné une âme de plus. Victoire pour le Mal ! En revanche, si nous choisissons de ne pas répondre au Mal par le mal, nous exprimons que nous sommes conscients de notre véritable Nature qui ne veut pas, ne peut pas laisser permettre cela.

Conclusion

Le Mal nous expose à une épreuve qui est métaphysique car c’est de notre âme dont il est question, de nos pensées, de notre cœur, de nos valeurs. Si nous ne sommes pas conscients de notre Unité spirituelle, nous pouvons facilement nous laisser prendre au jeu des passions aveugles de notre égo. Si nous sommes peu enclins à aimer, à tolérer, à pardonner, nous pouvons être des recrues faciles pour le Mal. Si nous sommes en demi-teintes dans nos vies respectives, nous sommes exposés aux tentations.

Cependant, puisque c’est notre confusion qui permet ce basculement, nous avons tout avantage à être le plus aimant et conscient possible. Lorsque Jésus enseigne qu’à la réception d’une giffle, il faut tendre l’autre joue, ce n’est pas du masochisme ou une réaction contre nature. C’est en fait une rupture avec le schéma du Mal : si nous rendons le mal reçu, nous confortons l’autre dans sa position, nous entretenons, nous perpetuons la dualité, la tension antagoniste. Et plus grave encore : nous montrons que nous sommes dans la même illusion de voir un ennemi, là où il y a un frère, un semblable, un miroir du même reflet unique de l’ÊTRE. Si nous ne ripostons pas (ce que veut dire « tendre l’autre joue »), si nous restons calmes et si nous sommes aimants, nous cassons le schéma pathologique et l’illusion qu’il y a un ennemi. Seul un ami n’a pas envie de faire du mal à son prochain. La rupture est double : nous n’agissons pas à l’image du mal pour être comme lui, et nous montrons en même temps que nous ne sommes pas ce fantasme d’ennemi. Car les actes démentent, démontrent le contraire. Celui qui est Amour ne peut pas agir contrairement à sa nature. De la sorte, celui qui ne répond pas à la giffle, au coup, à l’insulte démontre sa réelle force intérieure, son ancrage dans le cœur, sa conscience dans l’universalité de l’Être. Il démontre qu’il comprend l’erreur possible et la juge ainsi : comme une erreur, une faiblesse, une illusion de la part de celui qui voit un ennemi là où il n’en existe pas. Le Mal a des ennemis. Le Bien n’en a pas. C’est un paradoxe qui démontre que le manichéisme ne tient pas : le Mal et le Bien ne sont pas des principes de forces égales car le Bien est par essence, bienveillance. Il ne veut pas du mal au Mal. Il tend la main à l’égaré, à l’illusionné.

Cet enseignement ne provient pas uniquement de Jésus, on le trouve aussi dans les paroles du Bouddha (Dhammapada) :

« On ne doit pas frapper un saint homme, pas plus qu’un saint homme ne doit se mettre en colère s’il est frappé. Honte à qui frappe un saint homme, honte plus grande encore au saint homme qui se laisse irriter » (Jeanne Schut, Les plus belles paroles du Bouddha : Les versets du Dhammapada, Sully, 2011, p. 163).

Dans un univers où le libre arbitre existe, chacun est susceptible de chuter dans l’erreur, puis de prendre une main secourable au passage. Heureusement que le Bien est bienveillant ! Si le Bien était aussi fanatique ou intransigeant que le Mal, il n’y aurait pas de moyen de récupérer des êtres confus et maladroits. Le Bien a donc le luxe de sa générosité d’âme, il a la largesse de cœur de son côté. Et il comprend que le mal puisse être un détour. Un détour peut être long et pénible pour arriver au même but. Mais pourquoi condamner un détour ? Ne sommes-nous pas libres ? Notre liberté donne une grande valeur à nos choix. Surtout si ceux-ci ont été longs et difficiles.

Un nouvel éveil collectif ?

Pendant cette période de pandémie mondiale, le pire et le meilleur de ce dont l’espèce humaine est capable refont surface. Dans le pire, nous avons les actes et les paroles racistes comme s’il fallait toujours des boucs émissaires à désigner et à sacrifier pour exacerber nos plus bas instincts. Le pire, c’est aussi de constater les agissements de ceux que l’on pourrait nommer « les artisans de la mort », c’est-à-dire ceux qui travaillent contre la santé des gens sans prendre en compte les lois internationales sur l’environnement et les droits de l’homme, mais aussi contre la santé à l’échelle planétaire en sacrifiant l’écologie dans leur quête d’avidité pour des millions, voire des milliards d’intérêts en jeu. Le pire, c’est aussi, l’intelligence rusée qui transforme ses vices en vertus, justifier des actions criminelles en tentant de mettre en avant de pseudos avantages collectifs, bref, l’art de manipuler les esprits par des techniques très connues déjà utilisées par les sophistes de l’Antiquité grecque pour lesquels la fin justifie tous les moyens. Le pire, c’est aussi tous ceux qui sont irresponsables et qui, par leurs négligences, sacrifient la santé de leurs enfants et des générations futures. Le pire, ce n’est pas seulement le mal à l’œuvre, mais la paresse tant morale qu’intellectuelle qui laisse finalement le mal se propager par l’inaction.

Cependant, de la même façon qu’un verre à moitié vide est aussi à moitié plein, il ne faudrait pas « condamner l’espèce humaine » en raison de sa stupidité et de son esprit vile et servile. Il y a aussi de la noblesse dans le cœur de l’homme. Cette pandémie permet également de mettre en lumière de l’héroïsme, de la bravoure, du courage, toute une échelle qualitative difficile à quantifier où beaucoup donnent le meilleur d’eux-mêmes pour sauver des vies ou les préserver. Il s’agit là d’un héroïsme silencieux, civique, discret en quelque sorte car nous voyons bien qu’en ce moment, tout s’accélère. La pandémie, finalement, fait office de révélateur entre ceux qui travaillent au service de la mort par leur cupidité, et ceux qui œuvrent au service de la vie et qui s’élèvent dans la dignité morale et spirituelle. Quelle est la place de l’Amour universel dans ce panorama violemment contrasté ?

Dans les spiritualités faciles et factices, on enseigne que l’Amour universel est un amour aveugle… On aime tout le monde comme si tout le monde était pareil, sain dans ses pensées et ses actions. Mais cette façon d’aimer sans aucun discernement est la meilleure façon de s’illusionner soi-même et d’être franchement déçu, tôt ou tard. L’Amour universel doit pouvoir être pensé avec le libre arbitre car chacun a toujours le choix du bien et du mal, ainsi que de l’ignorance qui se situe au milieu. Le véritable Amour universel s’accompagne de discernement, d’intelligence et de la compréhension du libre arbitre. Le véritable Amour consiste à être conscient que l’homme peut faire le choix du mal, comme il peut aussi faire le mal sans l’avoir choisi, par sa seule ignorance. Ce n’est pas aimer avec un bandeau sur les yeux en imaginant que tout le monde est bienveillant. En réalité, chacun évolue compte tenu de ses pensées, son intelligence, ses expériences, ses choix. Il n’y a donc aucune uniformité entre nous tous. Aimer, c’est aussi comprendre en profondeur la différence évolutive de chacun. Ce qui revient à dire qu’aimer, c’est aussi une façon de faire bouger les consciences, de les amener à réfléchir afin que les ignorants cessent de faire du mal lorsqu’ils sont les artisans de la mort. Ce n’est pas une indifférence passive qui consiste à tout laisser faire comme si tout était parfait, tout le temps. L’indifférence passive revient à participer à l’illusion, à l’ignorance, et en définitive au mal. Si nous continuons à vouloir rester ignorants et indifférents, notre planète se détruira très rapidement et toute la vie dont elle est le réceptacle avec elle. Son écosystème est fragile et elle est de plus en plus menacée par la cupidité des plus riches qui utilisent leur argent pour corrompre et faire sauter toutes les sécurités pour la mise en place de leurs projets. Le coronavirus agit comme une pause dans nos existences pour réfléchir, voir, s’informer, comprendre.

En effet, auparavant, chacun vivait dans sa propre sphère de travail, à toute allure. Une sphère qui devient petit à petit une bulle. Artificielle car le monde ne cesse pas d’exister pour autant. Mais le Covid-19 fige l’image. Stop. Prenons le temps de comprendre l’époque charnière dans laquelle nous nous trouvons ici et maintenant.

D’un autre côté, voir le mal, le dénoncer, en devenir obsédé est corrosif car le mal est par essence destructeur, auto-destructeur. Les artisans du mal finissent mal. C’est le vrai sens de la notion de « karma » (mot sanskrit qui signifie « action » dans le sens d’action/réaction). Agir mal finit toujours mal. Le karma est un phénomène miroir car notre univers est bâti ainsi : tout est miroir à de nombreux niveaux. La sagesse de Thôt-Hermes enseignait que « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas » car d’une part, le cosmos n’a ni haut, ni bas, mais surtout, ce qui est vrai sur le plan physique est également vrai sur les autres plans d’existence : nous récoltons toujours ce que nous semons, tant en bien, qu’en mal. Nous récoltons le Covid-19 ? Fatalement, oui. Mais la liste pourrait être longue de ce que nous récoltons : les cancers, les maladies diverses, les sécheresses, la famine… Cette situation qui s’accélère n’est pas si « ésotérique » que cela à comprendre car beaucoup de scientifiques établissent les liens rationnels entre causes et effets.

La vraie spiritualité n’est pas éloignée de la science. Elles seront sûrement amenées à converger dans un proche avenir si nous nous montrons à la hauteur de l’épreuve actuelle. Elles auraient chacune à y gagner quelque chose. Il y aurait plus de fondement rationnel dans la spiritualité et il y aurait plus de valeurs humaines dans la science. Chacune corrigerait ainsi ses faiblesses.

Ainsi, si nous augmentons notre conscience, nous agirons pour de justes causes. Nous agirons. Nous ne resterons plus passifs. Alors, l’Amour universel peut avoir du sens car aimer, revient aussi à protéger !

Nous aimons notre planète ? Protégeons-là. Nous aimons nos enfants ? Protégeons-les. Un amour universel qui ne protège rien, qui préfère mettre la tête dans le sable comme l’autruche afin de ne pas voir la réalité telle qu’elle est, mais telle qu’elle est hallucinée, est une illusion produite par les fausses spiritualités. Si le mal n’a pas d’obstacle, pas de contre-pouvoir, aucun frein : il est comme ce Covid-19. Et nous savons maintenant, de source sûre, que tous ceux qui s’en moquent, ne veulent pas porter de masques certifiés conformes parce qu’ils seraient jugés inutiles, ne veulent pas respecter les mesures barrière qui sont encore loin des mesures scientifiques idéales, vivent en réalité dans le déni. Et le déni s’expose à des risques réels.

L’Amour universel qui repose sur le déni est ignorance. Or un ignorant est un illusionné par de fausses doctrines. Nous ne sommes pas meilleurs parce que nous le voulons au stade purement théorique ou idéal (il est toujours facile de flatter son égo), mais parce que nous agissons en ce sens. En réalité, l’Amour universel est aussi un combat : un combat contre la bêtise, l’ignorance, mais aussi le mal. Nous ne pouvons pas protéger nos enfants sans rien faire. Nous ne pouvons pas protéger notre planète sans rien faire. Le mal, lui, ne vit pas dans la paresse. Il met quantité de moyens en œuvre pour parvenir à ses fins. Il redouble sans cesse d’efforts pour corrompre les gens à différents niveaux de la société. Il s’acharne pour remplir ses objectifs. Il planifie, étape par étape. Pourquoi l’Amour universel serait-il une forme de lâcheté, de fuite et d’indifférence ? N’aimons-nous pas la beauté qui nous environne ? Voulons-nous perdre tout ce qui est beau parce que nous préférons notre confort paresseux à l’action ? De telles questions méritent d’être posées car le Covid-19 marque un temps d’arrêt. S’arrêter peut faire du bien pour réfléchir lucidement, faire le point. Le monde de demain nécessite de faire le point. Un mal peut se transformer en bien – et la perte de tous ces morts sacrifiés peut trouver du senssi nous agissons dotés d’un nouvel éveil, c’est-à-dire d’un plus profond sens des responsabilités. Une bonne action isolée, c’est déjà valeureux évidemment, mais de bonnes actions conjuguées à l’échelle d’un grand nombre peuvent changer en profondeur le monde de demain. Nous sommes incités à y réfléchir car cette pandémie, à l’échelle planétaire, est partie pour durer, selon les experts. Autant de temps que nous pouvons mettre à profit dans l’intérêt de chacun. L’Amour Universel, ce n’est donc pas une idéalité belle en soi qui doit rester dans la petite sphère privée. C’est un moteur qui doit pouvoir s’enclencher pour mettre en œuvre des actions concrètes. L’Amour universel met en œuvre la bienveillance, là où le mal, par aveuglement, détruit et favorise encore plus de destructions.

Enfin, il est vrai que l’Amour universel pacifie le cœur de chacun. Si nous agissons par amour et non pas par vengeance, nous éprouverons de la paix. Si c’est la vengeance qui nous gagne, non seulement nous commettrons des injustices, mais nous deviendrons, nous serons à l’image de ce que nous combattons. Si nous devenons ce que nous combattons, notre quête devient absurde, insensée. Le mal ne peut donc pas se combattre par le mal car de cette façon, le mal se voit dans un miroir. Seul l’Amour universel est véritablement supérieur au mal, déjà parce que la paix de l’esprit permet d’être calme et d’y voir plus clair. La colère embrouille le cœur et l’esprit. Elle soulève des passions, elle réveille des instincts. C’est une spirale infernale. L’Amour universel n’utilise pas le poison du mal pour combattre le mal. Ensuite, parce que l’Amour universel englobe plus d’éléments dans sa représentation des choses : tous, nous évoluons, tous, nous pouvons commettre des erreurs par aveuglement, ignorance, folles quêtes de réussites, etc. Les causes du mal peuvent être nombreuses. En restant bien ancré dans l’Amour universel, nous offrons une terre hospitalière à celui qui est sur le point de modifier son point de vue et ses erreurs. Tandis que combattre le mal par le mal produit un retranchement dans le cœur d’autrui car nous ne lui offrons rien de meilleur en face, rien de plus valeureux et désirable, en définitive. On ne peut sauver quelqu’un du mal, si nous lui montrons les mêmes erreurs de notre part. En outre, nous n’avons pas de réel éveil spirituel si nous agissons ainsi puisque le mal est toujours une illusion à court terme. Le moyen ou le long terme démontrent l’erreur commise. Ainsi, les valeurs morales du bien et du mal ne doivent pas être anéanties par un relativisme à l’infini comme le font beaucoup de philosophes sophistes (qui ne s’avoueront pas comme tels). Aimer, signifie aider, être bienveillant, agir en ce but dans le respect d’autrui. Quant au mal, il se détecte par sa nocivité, sa toxicité, sa létalité, sa perfidie du double discours en jouant sur les apparences désirables et bien sûr, les souffrances qu’il cause. Ce n’est pas en fait une joute intellectuelle car tous ces philosophes sophistes qui annulent le sens véritable de ces notions sont en fait très éloignés du terrain lorsqu’ils débattent de la sorte… Sauver une vie n’a plus rien du relativisme des notions. Préserver des êtres, préserver le vivant, protéger ce qui a de la valeur échappe à toute confusion intellectuelle. Quand une action est conduite par un cœur aimant, nous n’avons pas de dilemme intellectuel. Quand l’Amour devient universel, le mal n’existe plus en notre cœur puisque le mal est en définitive l’ignorance. Ceci démontre que la philosophie sophiste ne peut pas percevoir et trouver les vraies valeurs spirituelles parce qu’il n’y a pas de mise en pratique, pas de sagesse recherchée, pas de spiritualité en œuvre, uniquement des mots, des idées, des notions, tout un brouillard opacifiant sans réelle issue dialectique. Là encore, ne pas agir, en rester à une idéologie passive pour se donner raison, est une fuite face à la réalité du terrain. « Juger un arbre à ses fruits » est toujours une réponse valide car si un beau discours revient à commettre des atrocités dans les actes, il n’est plus possible d’adhérer au relativisme infini du bien et du mal. Ce relativisme est donc une illusion propre au discours – un jeu pour lequel les sophistes excellent, les experts en communication qui louent leurs services par exemple.

Il y a donc du travail à faire en cette période de pandémie et de confinement provisoires. D’une certaine façon, nous pouvons rompre avec le climat anxiogène ambiant en nous disant qu’il est rare dans l’histoire planétaire de nous retrouver tous au pied du mur pour opérer une modification radicale dans la construction de notre société. Il est rare de voir que beaucoup de masques hypocrites tombent, petit à petit et à différents niveaux. Il est rare de comprendre ce qu’il faudrait faire pour obtenir une société meilleure. Une telle opportunité est à saisir, dans l’éveil spirituel et dans l’action concrète, et non pas dans des discours qui conduisent à l’attente, à la passivité au nom d’une croyance magique. La vraie magie effective est celle de nos cœurs et de nos actions collectives. Nous donnons ainsi du sens à nos existences et à notre futur. Un éveil purement spirituel est encore virtuel, quand il est mis en acte, il s’accomplit enfin.