Le lâcher-prise et la bienveillance pour surmonter la négativité

Lorsqu’on souffre – et la période actuelle est assez lourde pour aborder ce sujet -, on ne sait souvent pas quoi faire pour sortir de son état émotionnel et mental. De plus, c’est un cercle vicieux car nous ne nous en rendons pas toujours compte mais nous fabriquons des HABITUDES DE PENSÉES : des façons d’aborder les choses. En fait, nous sommes prisonnier de certains schémas mentaux. Ceci est une vérité pour chacun d’entre-nous, quelles que soient notre instruction, notre condition sociale. Comment sortir de cela ?

Il faut commencer par apprendre le lâcher-prise car on ne peut pas passer d’une profonde détresse à une joie débordante qui donne envie de rire et de danser. On se retrouve « bloqué ». Sur un plan énergétique, c’est aussi une réalité qui est « palpable » : les gens sont « chargés », tout comme leurs lieux occupés, et cela se sent, se ressent, s’éprouve… Ces énergies stagnantes « verrouillent » aussi l’individu dans ses schémas mentaux. C’est comme si nous avions un processus de CONSOLIDATION ÉNERGÉTIQUE DE NOS HUMEURS. Imaginez un parfum : on détecte une fleur à distance. Autrement dit, nous avons un impact sur toute chose car LA VIE EST UN LIEU D’ÉCHANGES. Nous vivons dans un « milieu », nous l’impactons. Il est donc difficile de sortir d’une « ambiance » quand elle est devenue forte, prégnante. La solution est le lâcher-prise.

Le lâcher-prise correspond à l’idée que pour saisir quelque chose, même avec sa main : IL FAUT QU’ELLE SOIT VIDE AU PRÉALABLE. Si on a les mains pleines, on ne peut rien saisir. Il faut donc se DÉFAIRE DE TOUTES NOS PENSÉES NÉGATIVES. Nous ne devons surtout pas chercher à justifier notre « raison » car cela revient à refuser d’aller mieux… C’est contre-productif.

L’intérêt des méditations orientales est justement là : couper court avec le flux des pensées qui SATURENT LE MENTAL. Car si nous n’apprenons pas à stopper ce flux incessant, notre être SUBIT NOS CRÉATIONS PSYCHIQUES. Ne plus subir de souffrances commence par ne plus subir ses propres pensées. Il faut donc se défaire de toutes pensées… les unes après les autres, selon comment elles viennent. Ne pas y répondre, les laisser filer… En continuant à ne plus y répondre, elles diminuent, puis disparaissent. C’est en fait un B.A.-BA pour toute sérieuse méditation, mais tout le monde ne le pratique pas et ne sait pas toujours comment faire. Pourquoi ? Parce que nous sommes prisonniers de nos pensées. L’issue réelle est dans le lâcher-prise.

Le lâcher-prise est donc décisif. Mais comment y parvenir ? Certaines personnes ont véritablement peur… peur du vide, peur de quitter leurs habitudes de pensées, peur du changement. Le déclic peut arriver quand on réalise clairement que la souffrance est pénible et qu’on veut vraiment la quitter. Pour sortir d’un cercle vicieux, il faut en prendre conscience et vouloir résolument en changer la logique. Sans cette prise de conscience, l’individu peut se braquer.

On voit donc que le lâcher-prise s’accompagne d’une certaine forme de confiance en soi. Nous avons donc deux points absolument primordiaux avant de pouvoir « émerger » : la confiance en soi et le lâcher-prise.

Nous pouvons ajouter à cela : L’ENTRAÎNEMENT.

Pour un individu qui TRAVAILLE RÉGULIÈREMENT le lâcher-prise ET la confiance en soi, ce sera beaucoup plus facile, rapide à mettre en place, que pour un individu qui ne l’a jamais fait…

Ce que l’on dit est simple, mais il faut que ce soit simple pour que ce soit accessible et efficace. Beaucoup ne parviennent pas à visualiser, ne veulent pas entrer dans des exercices compliqués et leurs souffrances, de toute façon, les accaparent et les démotivent. La souffrance ne rend pas patient non plus.

Il est certain qu’il faut de LA BONNE VOLONTÉ, être le plus honnête possible envers soi-même pour effectuer l’état des lieux sur soi-même et les souffrances que l’on veut quitter.

Le lâcher-prise fait du bien : il permet déjà d’aller mieux. C’est comme un répit, un silence qui succède au bruit. Dans ce lâcher-prise, nous pouvons découvrir la paix de l’esprit. C’est elle qui calme les émotions, les humeurs.

Ensuite, il est impératif d’enchaîner sur la confiance en soi et des pensées positives car l’énergie ambiante conserve UNE EMPREINTE (ce qu’on appelle les « formes-pensées » qui sont des énergies résiduelles). La plupart des gens ne sont pas conscients qu’ils sont réceptifs, qu’ils accueillent en eux-mêmes des pensées, des émotions, des humeurs qui peuvent être propre à des lieux. Ce phénomène touche aussi nos rêves : nous pouvons capter par nos rêves des empreintes, des pensées qui sont comme des « dépôts » locaux. En fait, les pensées sont matérielles en un sens, elles ont une certaine substance et subsistance.

Ceci explique pourquoi le vide mental, le lâcher-prise peuvent ne pas suffire car aussitôt après, tout le négatif peut revenir… On voit donc que le phénomène est assez subtil, bien que simple à comprendre. Il faut pouvoir enchaîner lâcher-prise, confiance en soi et pensées positives, tout simplement pour NE PLUS ÊTRE RÉCEPTIF AU NÉGATIF. Ce qui revient à le contrer. Cela se fait en des phases successives et IL FAUT SOUVENT LE PRATIQUER POUR Y PARVENIR AVEC SUCCÈS. Mais cela n’est-il pas la norme pour toute chose ? Tout art, toute discipline repose sur des entraînements et des perfectionnements.

Du coup, il est évident que les personnes qui sont ouvertes à la spiritualité et aux pratiques méditatives sont largement favorisées car elles sauront comment remonter la pente. Il y a donc beaucoup d’intérêt à s’initier à ces pratiques.

Le lâcher-prise, la confiance en soi, la lumière intérieure des pensées positives peuvent devenir UNE HYGIÈNE MENTALE.

Dans le contexte que nous traversons, observer une hygiène mentale est indispensable car vous l’aurez remarqué : beaucoup de gens souffrent et ont des comportements négatifs en conséquence. Nous traversons une crise à de multiples niveaux. Il faut donc pouvoir « encaisser » cette négativité qui existe autour de nous. Ne pas y faire écho si nous voulons quitter le stade animal des comportements purement instinctifs : répondre à l’agressivité par l’agressivité. C’est d’ailleurs un test qui peut permettre de savoir où l’on en est exactement… Car chacun peut croire qu’il est très éveillé spirituellement, mais si l’on devient agressif avec les gens agressifs, on aura échoué. Si l’on devient violent avec les gens violents : où donc est cet éveil spirituel prétendu ? Certes, il peut y avoir des colères saines, mais ceci est un autre sujet car cela suppose D’ÊTRE MAÎTRE DE SOI. Les vrais maîtres spirituels font semblant d’être en colère quand ils ont des colères saines… Ils ne subissent pas leurs pulsions et ne répondent pas à l’agressivité par l’agressivité. Tout est DANS LE CONTRÔLE DE SOI.

Ce sont donc des paroles simples, mais sur le terrain, il y a la réalité effective. Les épreuves, nous pouvons les considérer comme des tests. Rester maître de soi en toute circonstance sera la démonstration de notre véritable capacité, de notre éveil mis en pratique.

N’oublions pas aussi que la bienveillance envers soi-même et envers autrui est une qualité d’énergie qui accélère la réussite de cette remontée de pente.

Alexandre Satller, Ode à la bienveillance, Hozhoni, 2019.

La bienveillance permet de rompre avec les schémas négatifs de pensée.

Lâcher-prise, confiance en soi, entraînement, pensées positives, bienveillance : voilà une succession d’actions psychiques qui peuvent mettre un terme aux souffrances et aux pensées négatives.

Quant aux « formes-pensées » stagnantes : si elles ne sont plus alimentées, un peu comme une plante sans eau, elles dépérissent. Un lieu peut ainsi rapidement retrouver une ambiance saine si nous adoptons un contrôle de nos pensées.

Tout ce qui peut ensuite « dynamiser » la joie : musique, danse, amis au caractère enthousiaste, activité sportive, ballade en plein air seront d’un grand soutien. Ne négligeons pas LE CONTEXTE DE VIE qui peut aussi grandement favoriser notre état mental. Nous devons aussi le prendre en compte et tenter de l’améliorer par des efforts personnels. Notre joie, notre liberté dépendent de nous : il nous faut nous prendre en main, être acteurs de nos vies plutôt que de simples spectateurs.

Le mal du point de vue spirituel (et non du point de vue moral)

« Hâte-toi vers ce qui est bon, ainsi tu garderas ton esprit de l’erreur. Car celui qui est indolent dans l’accomplissement du bien, finit par être heureux dans le mal »

Nous allons aborder une notion fondamentale, mais du point de vue de la spiritualité, ce qui est plus large et différent du point de vue purement moral et philosophique. Néanmoins, ceux qui seraient intéressés par une étude philosophique peuvent consulter le livre de Jérôme Porée, Le Mal : Homme coupable, homme souffrant, Armand Colin, Paris, 2000.

Cette période de pandémie semble lever partiellement le voile sur ce qu’est le mal. Tout d’abord, nous avons un virus mortel et potentiellement dangereux, ce qui est un visage du mal, un visage invisible. Puis nous avons autour de lui, des attitudes humaines irresponsables, ce qui est un visage plus concret, plus tangible du mal. Pour certains d’entre nous, nous avons aussi pu bénéficier d’une prise de conscience collective sur quantité d’actions qui asservissent l’humanité, le virus n’étant finalement que l’arbre qui cache la forêt. Bref, nous découvrons un monde hostile, effrayant, dangereux avec des artisans du mal.

La majorité de l’humanité n’a pas fait ce choix du mal délibéré. Pourtant, nous sommes tous confrontés au mal. Il suffit d’une injustice, d’une cruauté pour en prendre conscience.

Une approche purement philosophique ne nous mènerait pas très loin : le mal est relatif, il est pris pour un bien « pour soi », il est aveuglant, etc. Mais l’approche purement philosophique n’accepte pas de voir en face que des êtres se repaissent du mal, sans raison, par pure jouissance. Le mal n’est pas toujours relatif et par erreur. Il est parfois voulu, orchestré en toute connaissance de cause. Face à un tel constat, la philosophie céderait alors le pas à la psychopathologie. Certes, mais tout ceci est une vision très réduite des choses : le mal n’est pas dans les neurones, du moins pas sa source. Il faut donc élargir cette notion au domaine de la spiritualité.

Le mal n’existerait pas si nous n’étions pas des êtres dotés d’un libre arbitre. Faire des choix nous expose à une gamme très vaste de réponses plus ou moins adaptées à un problème. Le mal, par définition, commence lorsque nos réponses sont non seulement inefficaces, mais nuisibles, toxiques. C’est pour cela que l’on dit que le mal découle de l’ignorance : si l’on savait quelle était la bonne réponse, par avance, on ferait l’économie des réponses erronnées. Mais ceci est une approche philosophique, très rationnelle et ne correspond pas totalement au tout de la réalité empirique. Certains êtres savent très bien que le mal est nuisible, toxique et ils font ce choix en toute connaissance de cause. Il y a donc un mal qui excède la pensée philosophique et qui bascule directement dans la métaphysique.

Si nous étudions le mal dans des récits mystiques, par exemple, gnostiques (comme chez les Manichéens), nous faisons face à une origine très hiérarchisée d’êtres déchus.

« Il y a dans le Manichéisme, profusion innombrable de démons ou d’entités maléfiques (Archontes, Puissances des Ténèbres, Devan ou Devs, Yaksas, Péris, Raksas, Razan, Mazandaran, Avortons, etc.). Cette engeance ne va pas cependant sans être répartie entre certaines classes, ni ce foisonnement sans comporter une certaine hiérarchie. De l’ensemble, qu’elle domine, émerge la figure d’un chef, d’un Archidémon qui est en même temps un anti-Dieu et qui, dans les formes les plus simples, sinon les plus primitives, du système, porte le nom sinistre et prestigieux de « Roi » ou « Prince des Ténèbres » (Henri-Charles Puech, Sur le Manichéisme et autres essais, Flammarion, 1979, p. 104).

La plupart des religions évoquent, par exemple, les anges déchus, leur chute, de mondes en mondes, de plans en plans, la Terre n’étant qu’un niveau de cette chute, et plus bas encore, des mondes plus denses, le bas Astral, divers enfers. Dans ce panorama, il y a les êtres qui évoluent, qui montent, en conscience, en amour, en facultés de plus en plus divines, et il y a les autres qui font le chemin exactement inverse, en miroir. Tel un cercle.

Ce qui oppose fondamentalement la pensée New Age des authentiques spiritualités, c’est que la première postule, par exemple, que l’âme a grand avantage à se réincarner de vies en vies pour augmenter ses expériences, tandis que les mystiques fondatrices des religions disent au contraire que plus on perd de vue la Source, plus difficile est la remontée. C’est-à-dire que l’on se perd à vouloir changer de masques de vies en vies, on se perd à jouer constamment des rôles divers, on se perd dans l’ignorance du sens que tout cela prend. On en arrive à être l’esclave de ses désirs, de ses expériences et même des chaînes que d’autres nous préparent. Certaines religions ont voulu gommer cette réalité de leurs écritures tant la réincarnation constitue finalement l’égarement par excellence. Mais d’autres religions n’ont pas de problème avec la réincarnation, elles en expliquent d’ailleurs les mécanismes. Ce n’est toujours pas la pensée New Age du profit par accumulation, mais plutôt l’avertissement que plus notre égo est prisonnier des quêtes matérielles, plus fortes seront les chaînes karmiques de la réincarnation.

Par conséquent, certaines mystiques du passé comme le Manichéisme ont désigné le mal comme étant la Matière et par extension, le corps physique. Mais c’est aussi stupide que de dire que le mal, ce sont les chaînes ou les outils d’esclavage. Car cela détourne la question de comprendre pourquoi nous nous enchaînons. Et c’est aussi illogique car la chute des âmes induit que le mal précède la Matière, précède la descente dans l’incarnation. Et c’est également faux car le mal existe aussi dans les dimensions plus denses dont toutes les religions ont parlé avec les enfers. Bref, le mal est un sujet beaucoup plus vaste et profond que l’approche relativiste philosophique. Le mal n’est pas toujours relatif, n’est pas toujours le fruit de l’ignorance, n’est pas toujours un bien à l’échelle égoïste. Faisons donc le saut via la spiritualité pure.

Quelle est notre véritable Origine ? Elle est spirituelle et elle est éternelle. Nous sommes tous dérivés d’une Source unique que nous pourrions nommer l’ÊTRE. Nous sommes à la fois l’ÊTRE UN et des expressions-reflets de cette unicité, à la façon des fractales. La mystique philosophique de toute tradition enseigne cela car nombreux sont ceux (saints et mystiques) à l’avoir expérimenté, quels que soient le temps, l’époque, ou le lieu, la latitude. Peu importe le NOM que vous voulons donner à cette Source commune car un mot, un nom est toujours limitatif. Ici, nous sommes justement dans ce qui dépasse toutes les individualités, toutes les limites. Quel est le problème de cette condition d’être à la fois UN et Multiple ? Le problème n’existe pas tant que nous sommes conscients de cette double réalité : le miroir n’a pas un problème d’exister et de refléter. Il n’a aucun problème avec ça puisque c’est sa nature de miroir de refléter. C’est sa fonction.

Cependant quand le miroir commence à vieillir, se ternir, se noircir, se fissurer, il commence peu à peu à ne plus refléter fidèlement. Il présente même quelque chose de nouveau, d’inédit : LA DIFFÉRENCE. Le miroir devient différent du reflet. Ce n’est pas qu’il ne reflète plus : il reflète mal ! Tous les êtres individuels qui se sont égarés dans leur infinie liberté, en allant de mondes en mondes, de plans en plans, d’expériences en expériences se sont mis, petit à petit à vieillir, à se ternir, à se fissurer, à ne plus totalement refléter la SOURCE.

Où voulons-nous en venir ? À l’idée qu’une chose belle en soi : l’infinie liberté donnée par le libre arbitre s’expose au risque de la DIFFÉRENCE. Plus différents, nous voulons devenir de notre SOURCE, plus grande est la distance qui nous en sépare. Le mal, de ce point de vue, est la méga distanciation de notre Source commune. C’est le miroir fracturé de partout qui ne sait plus vraiment ce qu’il reflète exactement. Le mal inflige des blessures et porte en lui-même ses maux. Les antipodes de la Source sont donc des souffrances, mais celles-ci sont aimées, recherchées, perpétuées par les artisans du mal. À la longue, le Bien est considéré comme une horreur absolue par ces artisans du mal car ils ne retirent du Bien aucune souffrance.

Ce qui revient à dire que si nous aimons ceux qui nous haïssent et nous veulent du mal, nous les répugnons ! Par leur attachement à la différence, ils ne veulent pas de cet Amour, ils s’en éloignent, s’en préservent, vont voir ailleurs.

Cela semble très difficile à comprendre pour les esprits équilibrés que l’on puisse rejeter avec colère l’Amour, la Bonté, la bienveillance, la gentillesse, l’amitié, toutes ces belles valeurs. Mais c’est ainsi et cela se vérifie dans une loi de l’Esprit: le mal attire le mal, le bien attire le bien. C’est un phénomène mimétique qui créé des collectivités.

Alors, nous pourrions penser que si le mal va voir ailleurs, le bien ne pourrait être que protégé de toutes espèces de nuisances. Croire cela reviendrait à adhérer à une caricature, c’est-à-dire à un manque de nuances – ce qui manque justement aux manichéens qui opposent deux principes face à face : le Bien contre le Mal. En réalité, le bien comme le mal peuvent être fragiles, peu assurés fermement sur leurs positions. Autrement dit, des gens biens peuvent basculer dans le mal, et des êtres ayant fait le choix du mal peuvent se lasser et basculer vers le bien. Tous les fans de Star Wars ont bien compris ce processus. Et cela est possible grâce à notre libre arbitre. Dans les deux sens, les deux directions.

« Hâte-toi vers ce qui est bon, ainsi tu garderas ton esprit de l’erreur. Car celui qui est indolent dans l’accomplissement du bien, finit par être heureux dans le mal » (Guy Serraf, Dhammapada, Louise Courteau, 1988, p. 84).

Pour conclure, cela explique qu’il existe UN ENJEU car tous les êtres réellement éveillés qui savent qu’ils font partie de la même Source, ont envie de tendre la main à ceux qui peuvent basculer du bon côté. Ce sont tous les messies, tous les avatars, tous les bouddhas, tous les prophètes authentiques, tous ceux qui distribuent aux autres un même message d’Amour universel. Mais ce sont aussi tous ceux qui sentent cette vérité, plus ou moins consciemment ou confusément. À ce niveau d’éveil progressif, nous avons encore les oppositions apparentes et illusoires entre les traditions, les écoles, les religions.

Ceux qui sont le jouet des oppositions peuvent rapidement basculer dans le mal qui est division. La partie médiane est donc UN ENJEU tant pour le mal, que pour le bien. La partie médiane est constituée par nous tous qui sommes perdus dans les illusions des apparences. Par exemple, nous pourrions voir le Mal là où il n’est pas. Mais en l’appelant à notre esprit, nous le fabriquons. En le fabriquant, nous y plongeons : nous chutons dedans. Ainsi, combattre le Mal par le mal, c’est jouer son jeu. C’est l’éprouver, le ressentir, le commettre. Et lorsque nous agissons mal, nous ne sommes plus différents de ce que nous combattons. Le Mal a donc gagné une âme de plus. Victoire pour le Mal ! En revanche, si nous choisissons de ne pas répondre au Mal par le mal, nous exprimons que nous sommes conscients de notre véritable Nature qui ne veut pas, ne peut pas laisser permettre cela.

Conclusion

Le Mal nous expose à une épreuve qui est métaphysique car c’est de notre âme dont il est question, de nos pensées, de notre cœur, de nos valeurs. Si nous ne sommes pas conscients de notre Unité spirituelle, nous pouvons facilement nous laisser prendre au jeu des passions aveugles de notre égo. Si nous sommes peu enclins à aimer, à tolérer, à pardonner, nous pouvons être des recrues faciles pour le Mal. Si nous sommes en demi-teintes dans nos vies respectives, nous sommes exposés aux tentations.

Cependant, puisque c’est notre confusion qui permet ce basculement, nous avons tout avantage à être le plus aimant et conscient possible. Lorsque Jésus enseigne qu’à la réception d’une giffle, il faut tendre l’autre joue, ce n’est pas du masochisme ou une réaction contre nature. C’est en fait une rupture avec le schéma du Mal : si nous rendons le mal reçu, nous confortons l’autre dans sa position, nous entretenons, nous perpetuons la dualité, la tension antagoniste. Et plus grave encore : nous montrons que nous sommes dans la même illusion de voir un ennemi, là où il y a un frère, un semblable, un miroir du même reflet unique de l’ÊTRE. Si nous ne ripostons pas (ce que veut dire « tendre l’autre joue »), si nous restons calmes et si nous sommes aimants, nous cassons le schéma pathologique et l’illusion qu’il y a un ennemi. Seul un ami n’a pas envie de faire du mal à son prochain. La rupture est double : nous n’agissons pas à l’image du mal pour être comme lui, et nous montrons en même temps que nous ne sommes pas ce fantasme d’ennemi. Car les actes démentent, démontrent le contraire. Celui qui est Amour ne peut pas agir contrairement à sa nature. De la sorte, celui qui ne répond pas à la giffle, au coup, à l’insulte démontre sa réelle force intérieure, son ancrage dans le cœur, sa conscience dans l’universalité de l’Être. Il démontre qu’il comprend l’erreur possible et la juge ainsi : comme une erreur, une faiblesse, une illusion de la part de celui qui voit un ennemi là où il n’en existe pas. Le Mal a des ennemis. Le Bien n’en a pas. C’est un paradoxe qui démontre que le manichéisme ne tient pas : le Mal et le Bien ne sont pas des principes de forces égales car le Bien est par essence, bienveillance. Il ne veut pas du mal au Mal. Il tend la main à l’égaré, à l’illusionné.

Cet enseignement ne provient pas uniquement de Jésus, on le trouve aussi dans les paroles du Bouddha (Dhammapada) :

« On ne doit pas frapper un saint homme, pas plus qu’un saint homme ne doit se mettre en colère s’il est frappé. Honte à qui frappe un saint homme, honte plus grande encore au saint homme qui se laisse irriter » (Jeanne Schut, Les plus belles paroles du Bouddha : Les versets du Dhammapada, Sully, 2011, p. 163).

Dans un univers où le libre arbitre existe, chacun est susceptible de chuter dans l’erreur, puis de prendre une main secourable au passage. Heureusement que le Bien est bienveillant ! Si le Bien était aussi fanatique ou intransigeant que le Mal, il n’y aurait pas de moyen de récupérer des êtres confus et maladroits. Le Bien a donc le luxe de sa générosité d’âme, il a la largesse de cœur de son côté. Et il comprend que le mal puisse être un détour. Un détour peut être long et pénible pour arriver au même but. Mais pourquoi condamner un détour ? Ne sommes-nous pas libres ? Notre liberté donne une grande valeur à nos choix. Surtout si ceux-ci ont été longs et difficiles.