Brett Cozier

Certains individus possèdent un réel sens éthique qui prime sur d’autres considérations. En l’occurence, l’action de bravoure de Brett Cozier était de sauver la totalité de son équipage. Qui est Brett Cozier ? C’est le commandant du navire USS Theodore Roosevelt.

Quels sont les faits ? Après avoir fait escale, le 4 mars 2020 au port de Da Nang, au Viêt Nam, il avait dénombré qu’au sein de ses 5000 marins dont il avait la responsabilité, tout d’abord 3 d’entre eux (le 24 mars), puis une semaine après, au moins 114 étaient atteints du Covid-19. Il avait donc immobilisé son vaisseau sur l’île de Guam, dans le Pacifique, dans l’attente d’un secours et de directives. S’il avait pu confiner les trois marins, il devenait impossible d’en isoler une centaine et ainsi de suite… Il souhaitait éviter un dénouement tragique. Le risque était que tout son équipage soit contaminé si sa hiérarchie continuait à faire comme si le problème n’existait pas, la mission initiale primant sur toute autre considération. En effet, le mardi 31 mars 2020, la première réaction fut celle-ci :

Le ministre américain de la Défense, chef du Pentagone, Mark Esper, refuse de faire évacuer le porte-avions : « Je ne pense pas que nous en soyons arrivés à ce stade », avait-il jugé mardi sur CBS.

Comprenant qu’il fallait réagir rapidement et ne pas sacrifier tout son équipage, il a rédigé une note de service de quatre pages au Commandant de la US Navy, tout en la postant également au journal San Francisco Chronicle. C’est ainsi que nous connaissons son contenu dont voici un extrait :

« Nous ne sommes pas en guerre. Il n’y a aucune raison que des marins meurent. Si nous n’agissons pas maintenant, nous échouons dans notre tâche de prendre soin comme il se doit de nos plus précieux atouts – nos marins »

Nous comprenons mieux cette déclaration, compte-tenu du contexte initial du refus de prendre en compte le problème. La suite est à l’image de la réponse : il a été démis de ses fonctions, deux jours après, le jeudi 2 avril, par le secrétaire de l’US Navy, Thomas Modly, mais son équipage a été évacué comme il le souhaitait.

Voici donc un homme qui sait qu’il sera probablement démis de ses fonctions pour avoir désobéi à sa hiérarchie : la mission avant tout, avant la santé de ses hommes. Mais il a la notion de ce qu’est la valeur de la vie, pour ses marins et pour leur famille respective. Il n’a pas voulu les sacrifier pour des raisons de stratégie de dissuasion militaire et politique. C’est un acte de bravoure : la santé de ses hommes est passée au premier plan, avant son intérêt personnel, sa carrière professionnelle dans un contexte où il n’y avait pas de conflit et de guerre. Et c’est pourquoi son équipage lui a été très reconnaissant, on s’en doute ! Il a été applaudi à son départ. Son nom a été scandé. Il a été limogé mais il peut être fier de sa décision éthique. Son équipage et leur famille lui sont reconnaissants.

Coup de théâtre, le 7 avril 2020 : Thomas Modly, à présent sanctionné, « invité » à démissionner. Une façon de retrouver un peu d’honneur dans ce corps d’armée, de l’honneur et de la dignité. Plus de 120 000 personnes ont signé une pétition appelant l’US Navy à le réintégrer dont voici un extrait :

« Ses actions ont peut-être sauvé de nombreuses vies. (…) Bien qu’il ait été licencié, son plan de retirer en toute sécurité les membres d’équipage était toujours mis en œuvre. C’est un héros qui devrait être récompensé ».

Résultat : Le capitaine Crozier sera réaffecté.