Rencontres Rapprochées du cinquième type (documentaire CE5 de Mazzola)

Documentaire réalisé par Michael Mazzola en 2020, présenté par Steven Greer.

Tout le monde connaît le film de Steven Spielberg, Rencontres du Troisième Type (1977) qui a marqué l’histoire du cinéma (ce type de classement provient pour une part d’Allen Hynek – la catégorie RR5 caractérisant une communication et une prise de contact avec eux). C’était une époque où l’on pouvait encore considérer le visiteur des étoiles comme étant pacifique, quelque peu différent de l’être humain et qui stimulait notre part de rêve. Rappelons-nous aussi un autre de ses films avec E.T., l’extraterrestre (1982) et la scène culte « E.T., téléphone, maison » dont le doigt d’E.T. pointait non pas la Lune de la sagesse zen, mais les étoiles, le cosmos, son origine stellaire.

E.T. l’extraterrestre de Spielberg, 1982.

Ces films ont été marquants et font partie du patrimoine culturel cinématographique de l’humanité. Ils interrogent notre rapport à l’Autre, interstellaire, dont on ne sait rien : l’objet de tous nos fantasmes. Nous étions clairement dans le registre de la fiction. Avec Steven Greer, le merveilleux veut prendre la porte du passage au réel.

Mais le rapport au merveilleux présenté par Steven Greer, flirte aussi avec le cauchemar… Eh oui, le passage de la fiction au réel peut être violent, brutal, cash…

Tout documentaire défend une thèse, un point de vue car un film se construit selon un plan, une narration avec des choix. Ce n’est pas si différent de la fiction dans le principe. Quelle est donc la thèse du film ? La voici :

Depuis les années Reagan, la tentation d’une « guerre des étoiles », c’est-à-dire depuis l’espace, a été ouvertement envisagée (Reagan voulait unifier tous les peuples de la Terre face à un potentiel ennemi commun venu de l’espace).

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“I occasionally think how quickly our differences worldwide would vanish if we were facing an alien threat from outside of this world”.

Selon Steven Greer, il y a un risque important que l’on s’achemine vers une militarisation de l’espace en se servant de la Lune et de Mars dans le but de mener une guerre interplanétaire. Et si c’est cette voie qui est prise, notre humanité ressemblerait aux scénarios les plus sombres de la SF puisque les technologies seraient au service des guerres et des destructions tout azimuth. Donc ce documentaire commence par titiller nos peurs… Non pas la peur de l’Autre E.T., mais la peur d’un scénario pour donner le plein pouvoir à une élite qui mettrait en scène une attaque venue du cosmos pour paniquer les populations et justifier une tyrannie, une mise en place mondiale totalitaire. Selon lui et selon ses sources, ce projet (« agenda« ) aurait été mis en place depuis les années 50. Le projet : effrayer la population mondiale par tous les moyens possibles (faux enlèvements, films hollywoodiens mettant en scène des invasions E.T., des aliens monstrueux, etc.). Il met en avant que la plupart des pays ressentent comme « une menace » le fait que des ovnis pénètrent leur espace aérien. La thèse de la menace serait donc privilégiée par les gouvernements du monde.

Bon. Ce n’est pas une grande surprise : il en parlait déjà dans ses livres.

Personnellement, je n’adhère pas à ce scénario car je ne le trouve tout simplement pas cohérent. Déjà, on part du principe qu’il existe une élite mondiale qui disposerait de cette technologie, notamment pour effectuer de faux enlèvements avec de faux E.T… Alors que dans la réalité, cette élite dirigeante est tout autant en quête de questionnements, de réponses face à cet inconnu, lointain, complexe, encore très flou. L’idée selon laquelle nos dirigeants savent tout est un pur fantasme. D’ailleurs, si l’on est attentif aux 2 heures du documentaire, Steven Greer se contredit car il cite le nom d’un certain président français qui l’aurait contacté pour en savoir plus sur le sujet et sur son protocole de contact RR5 (CE5 en anglais). Par ailleurs, si l’on regarde la série en deux saisons « Project Blue Book »œuvre de fiction – mais inspirée en partie de la réalité, on voit bien que le secret est tel que personne ne peut parvenir à recueillir toutes les informations tant elles sont cloisonnées. C’est une stratégie efficace pour garder des secrets, mais c’est un désastre pour avoir une vision claire, cohérente et intégrale des choses. Les prémisses de cette thèse paranoïaque sont donc fausses. Quant à l’attaque pseudo extraterrestre mise en scène pour justifier et favoriser une tyrannie planétaire, ça fonctionne sûrement dans un roman de science-fiction, mais dans la réalité, avec autant de pays divisés et de puissances distinctes qui ne s’entendent pas depuis fort longtemps, cela ne peut sûrement pas conduire à un régime unique dominant, mais à un chaos total dont certainement personne ne sortirait vainqueur à l’ère du nucléaire (beaucoup de pays conflictuels possèdent une bombe atomique). Autre élément incohérent : si certaines nations ont déjà des partenariats secrets avec des civilisations extraterrestres (dans des bases souterraines et peut-être sur Mars), ce n’est pas pour orchestrer une mise en scène hostile et un chaos généralisé qui nuirait à ces échanges sans doute très fructueux ne serait-ce que sur le plan technologique. Enfin, probablement l’aspect le plus incohérent : si c’était une guerre interplanétaire qui était orchestrée, aurions-nous une quelconque chance contre des civilisations en avance de milliers d’années sur nous ? Le complexe militaro-industriel dont Greer parle serait-il aussi stupide que cela dans la réalité ? Cette thèse pourrait être un écran de fumée, une fausse piste, peut-être pour décrédibiliser de l’intérieur tous ses partisans…

Ceci dit, ce n’est que mon opinion et peut-être ai-je tort, ne connaissant pas ces milieux. Peut-être que la raison d’être de ce « complexe » est de cerner des menaces, voire d’en inventer et d’organiser des guerres sans quoi il se sentirait désœuvré. Et à défaut de guerre, il pourrait en créer pour répondre à une économie guerrière derrière. Ce qui pourrait donner du crédit à la thèse guerrière de Greer, c’est que dans notre histoire, le contact entre civilisations étrangères ayant de grandes disparités, s’est toujours mal passé, avec une volonté de conquête et de colonisation. Notre humanité est beaucoup plus formatée sur l’esprit de conquête et de compétition, que sur la coopération, l’entraide, l’apprentissage au contact d’autrui. Nous aurions donc un paradigme de base pathologique, un paradigme colonialiste et impérialiste. C’est sa thèse, mais selon un autre angle de perception. La question, ainsi posée, aurait peut-être été plus pertinente, plus crédible. Mais en ce cas, ce n’est pas tant le « complexe » qui est responsable de cet état d’esprit, mais toute notre humanité car une start-up suit de tels schémas de pensée dans son rapport aux autres entreprises. Mais une autre considération pourrait donner raison à Steven Greer, bien qu’il n’en parle pas, c’est que notre humanité souffre d’un profond déséquilibre entre son évolution spirituelle et son évolution technologique. En effet, notre éveil spirituel et intellectuel est très faible à l’échelle globale planétaire, tandis que nos technologies sont très développées et tournées vers les destructions (de nous-mêmes, notre santé et celle de la planète). Ce violent contraste entre peu de conscience et beaucoup de moyens destructeurs pourrait lui donner raison, mais selon un autre angle de vue qui n’incrimine pas « le complexe » en particulier, mais toute notre civilisation et en se fiant à notre histoire passée.

Quoi qu’il en soit, cette première partie, en raison des peurs mises en avant, « plombe » un peu le sujet, d’autant qu’elle est longue (45 minutes sur une durée totale de 2 h). Et par rapport au titre, elle fait « hors-sujet » (Steven Greer prononce lui-même le mot de « hors-sujet » en développant ses idées). Car qu’elle est, en définitive, le sujet de ce documentaire ? Eh bien, le merveilleux dont nous parlions au début… Il suffirait de vouloir méditer en groupe, selon un protocole précis, pour assister à un ballet aérien en toute complicité. Vouloir associer deux univers aussi contrastés enlève de la force à l’ambition première du film qui était sûrement de nous montrer les belles orbes colorées prises en photo parmi les participants, ainsi que d’autres prises de vues spectaculaires d’objets en formation.

Au moins, Steven Greer est fidèle à ses idées, mais nombreux sont les internautes américains à avoir trouvé le film moins réussi que ses deux précédents, sans doute, mieux écrits, plus structurés et mieux thématisés.

S’il avait choisi d’enlever cette première partie, je pense que le documentaire aurait été plus spectaculaire. Car les photos et les films pris aux quatre coins du monde sont extraordinaires, d’autant plus que l’image est associé aux témoignages vécus. On aurait pu alors, approfondir les choses sur la durée totale du film.

Question : mais alors pourquoi avoir voulu faire ce choix ? Eh bien, parce que ce documentaire est construit comme une dialectique : Ou bien l’humanité sera asservie par la tyrannie, suite à cette mise en scène d’invasion, ou bien, ce sera le meilleur des mondes avec la conscience élargie un peu partout sur la planète puisqu’elle est au cœur du paradigme psychotechnologique qu’il nous présente. Cette dialectique serait : « Une guerre interplanétaire ou bien une fraternité cosmique ». Et ce « ou bien », « ou bien », selon lui dépend de nous… selon une bascule statistique qu’on pourrait simplifier en parlant d’un « effet domino » ou encore de la « théorie du centième singe« . Steven Greer nous met donc devant un choix et c’est la raison pour laquelle le documentaire est ainsi construit.

Ce choix est assez maladroit car les deux thèses du « ou bien » sont assez simplistes et autant le dire, manichéennes. Or ces raisonnements simplifiants prêtent toujours le flanc aux critiques. Ce qui démontre au passage, qu’un film n’est pas seulement une succession d’images aussi belles soient-elles… Ou la peur et la destruction, ou la méditation collective et la symbiose avec… qui ? quoi ?, c’est la ligne directrice choisie du film. C’est une vision un peu simpliste dans les deux extrêmes et qui diminue l’impact des images spectaculaires qui ont été rapportées des veillées méditatives.

Venons-en, enfin, à ce qui fait l’intérêt réel du documentaire. Eh bien, les images sont difficiles à faire passer pour des lanternes thaïlandaises, des satellites ou des réfractions compliquées dont Allen Hynek avait le secret. Nous assistons à des phénomènes qui sont autant célestes (formation de plusieurs objets lumineux en chorégraphie), qu’au niveau du sol, avec les fameuses orbes, voire des traînées lumineuses qui évoquent le « light painting » mais qui n’en sont pas. Ces particules de lumière colorée qui viennent chatouiller les méditants sont invisibles aux yeux, mais visibles sur les clichés numériques. Les sceptiques pourraient imaginer un phénomène peut-être électrostatique ou électromagnétique, mais encore faudrait-il pouvoir le reproduire dans des conditions définies à l’identique. Or l’explication « rationnelle » est loin d’être trouvée car certains objets lumineux filmés semblent larguer des substances floues et malléables, plastiques, quasi vivantes, en tous cas très mobiles. Il y a un phénomène étrange qui répond aux méditants, visiblement. On comprend l’émotion des témoins et leur excitation.

Il eut été possible de faire un documentaire différent : on aurait pu écarter les peurs de la première partie pour se concentrer uniquement sur les réunions en plein air, le protocole d’appel et les résultats vécus, filmés, photographiés. Puis il aurait été utile de convoquer des experts divers pour analyser les résultats filmés et photographiés. Cela aurait eu sûrement plus d’impact si l’on avait ébauché une démarche rigoureuse destinée à convaincre le plus grand nombre. On aurait aussi aimé apprendre ce que les méditants avaient à dire, s’ils avaient des expériences particulières à relater en contact avec le phénomène. Cela aurait été pertinent car Steven Greer nous dit que la conscience est la clé, l’interface technologique de ces autres civilisations. Alors pourquoi ne pas avoir donné plus de place à la conscience justement, en commençant par celle des participants ?

Certes, il est facile de critiquer car il faut se rappeler que ces phénomènes ne font pas de nous des spécialistes. Nous sommes tous des amateurs pris au dépourvu. Que faire avec de telles images ? Comment leur donner un sens ? Il ne suffit pas d’avoir un protocole d’appel et un appareil photo, ni même un détecteur d’ondes XY pour produire un document aussi palpitant qu’un film de fiction où nous maîtrisons l’art de cette discipline.

On pourrait prendre un exemple précis avec un film de fin d’études de l’école de cinéma « La Fémis », intitulée « Ovni(s) » (créé par Clémence Dargent et Martin Douaire, réalisé par Antony Cordier). C’est une série sans prétention, sans grand moyen de production, mais avec une belle maîtrise de l’image, du jeu d’acteurs (fantastique révélation de Michel VUILLERMOZ qui crève l’écran), des décors des années 70/80 (sans oublier la musique, s’il vous plaît) et un scénario intelligent qui joue entre réalité historique et humour décalé. À petite échelle, modeste, c’est une réussite. Et pourtant, il n’y a aucune image réelle prise sur le vif du phénomène, comme dans les veillées de Steven Greer.

Ce documentaire n’est pas encore sous-titré en français (ou doublé), mais il le sera sûrement. Étrangement à la fin du documentaire, nous voyons des « ambassadeurs » (ce sont les volontaires aux veillées et au protocole d’appel) du monde entier, mais aucun depuis la France !? D’autant plus étrange que les veillées de Greer se sont produites dans les Alpes françaises, notamment. On aurait aimé que tous ces volontaires passionnés puissent s’exprimer aussi.

En définitive, ce documentaire a mieux réussi le passage sur « les peurs », que le reste qui aurait mérité plus de profondeur. Ce qui est logique car la première partie se base sur des images d’archives, tandis que le reste est énigmatique.

À mon sens, il y a un moment « fort » (mais noyé par le parti-pris du film), une demi-heure avant la fin. Il a été sous-exploité car il aurait pu avoir autant d’impact que certaines guérisons spectaculaires de Lourdes avec dossier médical à l’appui, par exemple. En effet, on nous présente un individu du nom d’Ed MOEN, directeur d’entreprise, qui est malentendant des deux oreilles et qui ne peut vivre sans son système auditif technologique depuis l’enfance. Ce détail nous est confirmé par une tierce personne. Or, Ed Moen a l’idée de demander, suite à une réunion de ces protocoles de contact et lors d’une rencontre personnelle avec un objet de couleur rouge qui a été filmé par l’un de ses proches, qu’on lui soigne son problème auditif si cela est possible… Le lendemain matin, en prenant son petit déjeuner avec des membres de ces veillées, il découvre qu’il entend tout autour de lui, sans le port de son appareil ! Une guérison spectaculaire comme il en est fait état dans le livre de Preston Dennett, Guérisons extraterrestres (Trajectoire, 2012).

Ed Moen déclare depuis ce jour ne plus avoir besoin de porter de prothèse auditive. Étant donné l’importance de ce témoignage, on aurait pu le mettre en valeur : montrer des preuves de son état de malentendant depuis des années (factures de ses appareils, par exemple), s’intéresser à ce qu’il avait à dire puisqu’il semble qu’il ait eu un contact télépathique avant sa demande de soin. Des photos ont été prises (par David Marconi) d’une présence ressentie derrière lui lors de ces veillées et montrent « une composition lumineuse » colorée complexe qui n’est pas humanoïde, plutôt géométrique (avec un grand triangle en guise de tête). Ed Moen semble métamorphosé, terriblement ému ; il y a de quoi : il est guéri !

Conclusion

Avec plus de rigueur et une thématique plus resserrée en rapport avec le titre, ce documentaire aurait pu avoir un meilleur impact, surtout auprès des gens rationnels et sceptiques. À une époque où il est si facile de leurrer les gens avec de la technologie, mais aussi où l’on peut extrapoler beaucoup de choses à partir de méprises, cette démarche aurait été louable. Car il y a du « matériel » dans ce documentaire et qui justifie d’en prendre connaissance. Ce n’est pas tant qu’il faille rechercher l’unanimité (qui ne sera jamais atteinte), mais tout de même de la rigueur, raison de plus sur « les terres du paranormal ».

En tous cas, en raison de ces points faibles, on ne peut pas dire que Steven Greer soit tombé dans le « sensationnalisme ». On ne peut pas le dire car il n’exploite pas assez les points forts qui auraient mérité plus de profondeur et d’importance. C’est sûrement un témoignage sincère mais avec sa démarche et ses croyances. Je ne mets pas en doute, personnellement sa sincérité, on le voit d’ailleurs ému jusqu’aux larmes dans la section « peur » (la première partie du documentaire intitulée « Chapter I : Blood + Treasure »). On ne mesure certainement pas tout ce qu’il a enduré pour pouvoir devenir le représentant de ce qui a été caché au public depuis si longtemps. Si nous lisons ses livres, on apprend même qu’il a beaucoup de chance d’être encore là pour témoigner, parler librement, faire des documentaires et faire évoluer les esprits. Une telle audace est dangereuse surtout à une époque où la démocratie recule de jour en jour dans les divers pays. Nous vivons une époque tourmentée avec une crise très profonde, il faut donc recontextualiser pourquoi ce documentaire a fait ce choix curieux de donner autant de place à un scénario aussi alarmiste qui, rappelons-le, reste une hypothèse.

En définitive, Steven Greer veut nous dire que nous sommes arrivés à un point décisif de notre humanité. Il ne convaincra pas tout le monde, mais il nous invite à lever les yeux vers les étoiles. Et il faut bien admettre que ces derniers temps, la Lune et Mars sont redevenus des stars… au devant de la scène médiatique et scientifique mondiale. On dirait bien que les choses ont évolué, que les projets repartent dans l’expansion spatiale avec confiance. Un rêve est en train de redevenir réalité… quand on pense qu’il existe encore beaucoup de monde qui croient que la Terre est plate et que personne n’est vraiment allé sur la Lune, qu’on nous fait du… cinéma !