Des espèces rares refont surface

On aurait pu croire que nos actions destructrices sur les écosystèmes étaient irréversibles. Sur ce blog, nous préférons mettre en lumière ce qui redonne des lueurs d’espoir pour l’avenir – du moins si nos choix sont différents dans le monde d’après, c’est-à-dire si nous ne reproduisons pas les erreurs du passé. Or, voici quelques surprises : des espèces rares ou menacées ont refait surface puisque l’homme ne détruit plus, en ce moment de confinement largement généralisé à l’échelle planétaire, leur milieu de vie, leur habitat naturel.

La tortue luth

C’est le cas, par exemple, de la « tortue luth » qui a été sévèrement menacée pour plusieurs raisons : ses lieux de ponte sont souvent détruits (quand les espaces naturels ne sont pas protégés contre la présence humaine), confondant les méduses dont elle se nourrit, elle mange parfois des sacs plastiques, ce qui lui provoque des occlusions intestinales. Lors des pêches au filet, elle est souvent prise dedans en raison de sa taille. Même si cette espèce est la plus grosse des tortues existantes, elle est fragile vis-à-vis de la pollution dont celles des ondes dont les animaux se servent pour s’orienter dans l’espace. On a pu constater, en effet, que des tortues luth s’échouaient sur les plages. Or, avec 300 kg de poids en moyenne (en raison de la carapace), cette erreur d’orientation lui est fatale, le plus souvent. Elle est aussi l’objet de braconage pour sa carapace et sa peau. Bref, elle n’avait pas beaucoup de chance de survivre. Son espèce était menacée. Elle l’est sans doute encore car le coronavirus n’est qu’un répit. Mais c’est un répit dont elle a su profiter, par exemple, en Thaïlande où cela faisait cinq ans qu’on ne trouvait plus de nids sur les plages en raison des touristes. Onze nids de tortues luth ont été dénombré depuis novembre 2019, ce qui a réjoui notamment Kongkiat Kittiwatanawongassure, directeur du centre de biologie marine de Phuket :

Crédit photo : sailorsforthesea.org

Le dauphin rose

Ils pourraient disparaître comme les « Barbapapas » des années 70 (personnage rose de dessin animé créé par Taylus Taylor et sa femme), non pour cause d’abus de drogue, mais de mercure absorbé en trop grande quantité comme c’est le cas en Amazonie. Dans ce pays, la cause en est la fièvre de l’or (l’orpaillage). Le mercure est utilisé pour séparer l’or des autres minéraux : les dauphins – et les poissons (consommés par les hommes) – l’absorbent. Mais les déforestations et les incendies de forêts (si nombreux depuis l’été et ce passage 2019/2020) favorisent aussi l’apparition du mercure naturel dans l’eau. Le mercure est biodégradable, mais très lentement : une centaine d’années en moyenne… L’homme pressé et inconscient dépasse le rythme naturel du rééquilibre harmonieux. À l’échelle du monde, les causes de sa disparition sont liées toujours à la pollution dont les ondes qui perturbent son sonar, ainsi que le bruit produit par la surpêche, et la perte de son habitat.

Le dauphin rose est donc menacé, classé en liste rouge par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) car il ne se reproduit que tous les trois à cinq ans. La bonne nouvelle nous vient aussi de Thaïlande où dans le golfe près de l’île de Ko Pha Ngan, 150 individus osent montrer le bout de leur nez.

Le pêcheur Chaiyot Saedan a posté une vidéo sur Youtube en faisant partager sa joie : jamais, il n’aurait imaginé voir un dauphin rose de ses yeux !

Crédit photo : Chainarong Phrammanee

Le requin-baleine

Les requins jouissent d’une mauvaise réputation, cependant le requin-baleine est une exception car pour sa part, il se nourrit exclusivement de petites proies, les absorbant à la façon des baleines en aspirant une grande quantité d’eau (krill, phytoplancton, algues, petits crustacés dont certains inconnus, calmars, larves de crabe et petits poissons). Il n’est donc pas dangereux pour l’homme. De plus, il est calme et pacifique. Il est aussi en voie d’extinction selon l’UICN et se trouve parfois en mauvaise posture en raison des pếcheurs. En effet, il peut se retrouver piégé par leurs cordes.

Profiant du confinement, le requin-baleine s’aventure un peu… jusqu’au port de Brest, par exemple.

Lorsque l’homme se retire, on constate que son absence favorise l’épanouissement et la liberté de circulation des animaux. Cela n’est pas très étonnant. Mais ce constat pourrait favoriser une prise de conscience collective car si nous le voulions, nous pourrions apprendre à vivre en coopération avec la nature, plutôt que de la détruire, sachant qu’à ce rythme de destruction, l’homme ne peut qu’en pâtir indirectement. C’est la raison pour laquelle, nous relayons la remarque et la crainte de Sea Shepherd, présidente et co-fondatrice d’une ONG 100% indépendante Sea Sheperd France (fondée en 1977), lors d’un entretien mené par Lamya Essemlali :

« On voit effectivement des animaux, des baleines ou des dauphins, se rapprocher des côtes. Mais il ne faut pas confondre ceci avec une explosion de la vie. C’est simplement qu’on a laissé un espace vacant. Les animaux qui se tenaient éloignés de nos activités ont, d’un seul coup, un espace qui leur est laissé. C’est malheureusement quelque chose qui va s’annuler, de facto, quand l’activité humaine va reprendre comme avant le confinement (…) Si la vie est en train de s’effondrer, c’est parce que nous prenons trop de place, que nous investissons tous les espaces, et nous n’en laissons pas suffisamment à la vie sauvage. Je ne crois donc pas que l’on puisse s’en satisfaire, au contraire. Nous sommes même plutôt inquiets de ce qui va se passer à la levée du confinement. Certains bateaux de pêche sont restés à quai, et on craint que certains pêcheurs veuillent rattraper le retard et passent encore plus de temps en mer. Certaines habitudes perdues, notamment le fait de manger du poisson, vont reprendre. Ce très court répit donné à l’océan risque donc de n’avoir aucun effet. Egalement parce qu’il est trop court. On peut donc craindre que l’après soit encore pire... « .

En effet, il nous est possible de continuer la même fuite en avant, pendant ou entre les vagues du Covid-19 et après. Nous pillons nos ressources naturelles et considérons le vivant comme une abondance infinie de marchandises. Des lois et des sanctions plus justes pourraient permettre d’éviter ou de contenir les abus. Cela pourrait contribuer aux prises de conscience envers le nécessaire respect que nous devons au vivant. Vivre en harmonie avec son environnement doit devenir une éducation. Il serait bon que nos politiques entendent les considérations écologiques lorque nous comprenons que nous vivons tous sur la même planète et que l’effet domino est une réalité. Nous voulions ignorer le SARS-CoV-2 parce qu’il était lointain et il a touché le monde entier en quelques mois. La planète est aujourd’hui devenu un village.

Il faut se rappeler ce que disait Michel Serres, qui nous a quitté l’an dernier (le 1er Juin 2019) :

« Il faudrait trouver un avocat à la nature. (…) Nous dépendons de ce qui dépend de nous« .

Cette citation est issu de son livre Le contrat naturel, devenu son testament philosophique.