La question de l’immunité face au déconfinement

La question de l’immunité revient de plus en plus souvent dans les médias et la politique du déconfinement attendu. Elle sert en effet de base à des conjectures, des paris dangereux car elle est loin d’être démontrée :

En Chine

Si nous observons la Chine, et plus précisément à Wuhan, les tests sérologiques (plus fiables que les tests nasaux dits « PCR » – Polymerase Chain Reaction -) : car le taux de « faux négatif » est élevé. Le professeur Vincent Thibault, chef de service du laboratoire de virologie au CHU de Rennes ayant déclaré : « Sur 100 patients testés négatifs, il est probable que 30 % d’entre eux soient infectés par le virus. Cela ne veut pas dire que le test n’est pas bon mais que nous cherchons le virus au mauvais endroit, là où il n’est pas à toutes les phases de la maladie« ) ont montré que très peu de personnels soignants et de patients avaient développé des anticorps : seulement 2% à 3%. Cette information a été publiée dans le Wall Street Journal.

Guéris, puis réinfectés par réactivation du Covid-19

Ensuite, en raison de la réactivation des cellules dormantes du virus sur certains patients, le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, a fait preuve de prudence dans son allocution au Sénat, le 15 avril 2020 :

« On se pose la question de savoir si on n’est pas en train de se tromper complètement en disant que séropositif au Covid-19 est égal à être protégé. Une série d’éléments suggère qu’un réservoir existe peut-être et que des phénomènes de réactivation peuvent arriver. Nous ne savons pas si le fait d’avoir des anticorps est un élément absolu de protection« .

Avoir des anticorps ne signifie pas être immunisé

Maria Van Kerkhove, l’une des responsables de la gestion de l’épidémie à l’OMS, a déclaré : « Savoir si la présence d’anticorps signifie immunité est une question différente » En effet, c’est très différent car comme l’a souligné le Pr. Frédéric Tangy, responsable du laboratoire d’innovation vaccinale de l’Institut Pasteur :

« On ne sait pas si les anticorps qu’on développe soi-même contre le virus ne sont pas un risque d’augmenter la maladie« .

Sur quoi se base-t-il ? Sur l’évolution des symptômes. Car c’est justement quand le patient a développé des anticorps, que les pires symptômes du Covid-19 surviennent.

Un Covid-19 multiforme

Enfin, nous avons montré dans un post précédent que ce virus « caméléon » offre une symptomatologie très variée. Qu’est-ce qui nous prouve que nos anticorps soient durables et efficaces dans le temps ? en nombre suffisants pour contrer le virus ? et surtout adaptés aux attaques polymorphiques du Covid-19 ?

Conclusion

C’est donc un pari très risqué – qui n’est pas encouragé par les données récentes, de Chine, comme d’ailleurs – de miser sur une supposée immunité collective. L’Angleterre qui a tenu ce discours pour justifier de l’absence de mesure, sans protéger sa population dans un premier temps, sans vouloir organiser de confinement, sans préconiser le port de masques aux normes certifiées, a connu un taux de mortalité très élevé dès le démarrage avec, au 18 Avril 2020, plus de 15 000 morts ! Emportant au passage, un enfant de 5 ans. Un adolescent de 13 ans, en bonne santé auparavant, avait aussi été emporté. De quoi contredire certaines affirmations lancées dans les médias télévisés selon lesquelles les enfants sont épargnés, alors qu’ils ne sont, en fait, que moins touchés. Mais le risque est réel pour eux aussi : il n’y a pas de risque zéro et ceci se confirme dans plusieurs pays. Cela se savait déjà en Chine sur la catégorie supérieure à 11 ans et avait été communiqué il y a plusieurs mois, sans attirer l’attention des médias dominants.

Avec des masques en tissus non réellement filtrants, l’absence de prise en compte de la suspension aérosole en milieu confiné pouvant durer jusqu’à trois heures, l’absence de prise en compte des projections aérosoles qui dépassent largement le 1 mètre symbolique (jusqu’à sept/huit mètres selon certaines études), miser sur une supposée immunité des personnes guéries, réunit toutes les conditions d’une seconde vague dont on peut déjà imaginer les effets dévastateurs, au sortir du confinement. Voulons-nous prendre des risques sur la vie de nos enfants et sur nos propres vies en misant sur une immunité qui n’est absolument pas prouvée pour le moment ?

Par ailleurs, on se souvient que l’Intelligence Artificielle BlueDot avait prédit la pandémie du coronavirus dès l’apparition de l' »étrange pneumonie » à Wuhan, une autre IA qui provient du MIT prévoit des conséquences désastreuses suite à un déconfinement trop hâtif... Lorsqu’on sait que le coronavirus ne respecte pas le 1 mètre symbolique de distance, passe au travers des masques non conformes ainsi qu’au travers des masques chirurgicaux, demeure en suspension aérosole jusqu’à trois heures en espace confiné, n’est-ce pas un peu logique ? Se laver les mains n’empêche pas de respirer l’air en milieu confiné. Par ailleurs, beaucoup de gens ne protègent toujours pas leurs yeux. Bref, cette intelligence artificielle en réunissant toutes les données scientifiques connues à ce jour fait des prévisions probabilistes. Ce n’est pas une boule de cristal, c’est du calcul rationnel. L’homme, lui, n’est pas toujours rationnel dans ses pratiques, ses mesures, ses croyances. C’est en cela que la machine est plus fiable puisqu’elle calcule mieux selon les données qu’on lui donne. Tout ceci devrait nous aider à développer plus de prudence lors du déconfinement car selon le dicton, « un homme averti en vaut deux ».

Covid-19 réactivé : Guéris et réinfectés

Les informations précieuses peuvent s’avérer vitales tant pour la gestion de cette pandémie, que pour la prévision du déconfinement. En effet, beaucoup ignorent encore que parmi les personnes guéries, un certain nombre est réinfecté, sans pour autant avoir été de nouveau exposé au virus. Comment cela s’explique-t-il ? Par les cellules dormantes cachées dans les intestins. Lorsqu’elles se réactivent sur certains partients, ils sont de nouveau infectés.

« Le virus pourrait rester latent dans l’organisme jusqu’à 33 jours après le début de la maladie même lorsqu’il n’est plus détectable dans les voies respiratoires« . C’est une étude parue dans le journal Gastroenterology qui l’affirme suite à des études sur de nombreux malades.

Jeong Eun-kyeong faisant une déclaration à la TV don le lien figure ici.

Les chinois, les japonais, ainsi que les coréens l’avaient constaté depuis quelque temps, mais il manquait encore une étude approfondie et fiable.

À Chengdu dans la province du Sichuan en Chine, un patient autorisé à rentrer chez lui après avoir été guéri du coronavirus a été testé positif au virus pendant la quatorzaine qu’il devait observer chez lui (dix jours à peine après être sorti de l’établissement de santé). Florian Krammer, virologue de l’Icahn School of Medicine de Mount Sinai à New York a fait part de son avis au New York Times :

« Je ne dis pas qu’une réinfection ne peut pas se produire mais en une période de temps si courte, c’est très peu probable. Même une infection de faible intensité aurait dû procurer une courte immunité aux patients guéris« .

Jeong Eun-kyeong, Directrice générale du KCDC (Korea’s Centers for Disease Control and Prevention) a fait savoir que 51 patients guéris ont été testés après leur quarantaine et de nouveau déclarés positifs !

Voici un extrait de sa déclaration :

Le virus a très probablement été réactivé, plutôt qu’une réinfection, car les personnes en question ont été à nouveau testées positives dans un délai relativement court après avoir été libérées de la quarantaine.

Jeong Eun-kyeong a été saluée par The Wall Street Journal comme « un héros national » pour sa bonne gestion du coronavirus, modèle du genre pour montrer comment combattre la pandémie. Le directeur du KCDC, Jung Ki-suck a déclaré :

« Personne ne peut produire un meilleur travail que Jeong dans ce contexte. Car ce travail ne peut pas être mené uniquement sur des théories. Elle a l’expérience des épidémies passées. Elle sait ce qui doit être fait et ne doit pas l’être« .

Le 11 avril, c’est 91 personnes déclarées guéries qui sont à nouveau testées positives au Covid-19. Le 13 avril 2020, c’est 116 personnes guéries du coronavirus qui ont été retestées positives.

Là encore, c’est la thèse de la réactivation du virus qui est la plus plausible. Les deux autres thèses non retenues étant la défaillance possible des tests, ou bien l’adaptation immunitaire extraordinairement courte.

D’après une étude détaillée chinoise publiée dans le Journal of the American Medical Association, les patients peuvent présenter des tests positifs au coronavirus longtemps avoir été guéris.

Cela a été confirmé aussi en Thaïlande : en Avril 2020, une semaine après avoir été guérie, une femme de 38 ans est de nouveau tombée malade du Covid-19. La source est le journal local « Thai Rath » et se référait au département de la Santé de la province de Chaiyaphum.

Impact sur le déconfinement

Réflechissons un instant aux conséquences de cet état de fait établi par plusieurs pays. Tous les raisonnements qui se basent sur une immunité nouvelle, supposée à toute épreuve (et nous savons que plusieurs pays tiennent ou ont tenu ce raisonnement, tandis que l’OMS, pour sa part, ne le tient pas : l’immunité « reste une inconnue« ), et les projets actuels de déconfiner en priorité les malades guéris, voire même de leur donner un certificat d’immunité pour qu’ils aient plus de droit de circulation que les autres, se risquent à favoriser l’émergence rapide d’une seconde vague. En effet, les patients libérés du confinement, guéris puis réinfectés par les cellules dormantes réactivées, pourraient répandre le SARS-CoV-2 très sûrement, puisqu’avec l’aval de l’autorité gouvernementale. C’est un scénario qui pourrait arriver si les décisionnaires politiques n’obtiennent pas cette information, ou bien s’ils ne veulent pas en tenir compte.

En misant sur les personnes guéries, cette stratégie de la libre circulation lors du déconfinement serait comparable à un cheval de Troie au sein de la population. Les tests négatifs ne signifient donc pas que plus tard, ils ne seront pas positifs si les cellules du Covid-19 sont réactivées.

Nous voyons, de ce fait, que la gestion du déconfinement ne peut pas se faire sans prendre en compte toutes les données, notamment celles qui nous viennent de la Corée du sud qui a joué la transparence pour sa part. Il ne fait pas mystère, en outre, que ce pays est celui qui gère le mieux la crise pandémique à l’heure actuelle. Mais ils ont imposé le masque pour tous dans les déplacements et les entrées dans les lieux publics, ainsi que déployé une armada de tests. À la différence de la France qui a condamné une pharmacienne à 4 mois de prison (avec sursis) et à dix mille euros d’amende pour avoir vendu des masques dans son officine sur ordonnance d’un médecin, accusée de vouloir s’enrichir, la Corée du sud n’interdit pas, mais favorise l’usage du masque pour tous. Ce pays ne réserve pas les masques ni au personnel soignant, ni aux malades. Ils sont nécessaires pour chacun. La stratégie est donc l’inverse de l’Asie (puisque la France interdit même la vente des masques au détail) où chacun sait que les masques sont utiles et pas uniquement aux malades. Nos mentalités sont donc à la traîne et nos usages à reconsidérer car nous n’avons pas été exposés, comme eux, à des virus similaires, certes de moindre ampleur, par le passé. De plus, si la vente de masques homologués pouvait devenir légale et diffusée à grande échelle à toute la population (et non pas réquisitionnés au détriment des livraisons pour les collectivités locales), cela pourrait contrecarrer la vente des contrefaçons et des abus puisque les gens n’auraient plus besoin de s’en procurer par tous les moyens, peu regardants de leur qualité et fiabilité. Si les gens aujourd’hui en fabriquent en tissu, ou utilisent des masques périmés, c’est qu’ils se retrouvent sans rien – et cela concerne aussi le personnel hospitalier, les médecins et les professionnels de la santé en général.

Le journal le Point précise que : « Plus de sept Français interrogés sur dix (72 % et 81 % chez les 65 ans et plus) pensent par ailleurs qu’il faut « rendre le port du masque obligatoire dans toutes les communes », comme l’ont déjà fait plusieurs d’entre elles« . L’Académie de Médecine a publié le 2 avril 2020 un communiqué affirmant que le port du masque « devrait être rendu obligatoire pendant les sorties » :

« En situation de pénurie de masques et alors que la priorité d’attribution des masques FFP2 et des masques chirurgicaux acquis par l’État doit aller aux structures de santé (établissements de santé, établissements médico-sociaux, professionnels de santé du secteur libéral) et aux professionnels les plus exposés, l’Académie nationale de Médecine recommande que le port d’un masque « grand public », aussi dit « alternatif », soit rendu obligatoire pour les sorties nécessaires en période de confinement ».

Certaines villes françaises commencent à montrer l’exemple : c’est notamment le cas de Nice par la volonté du maire Christian Estrosi, de Sceaux par la volonté du maire Philippe Laurent et de Cannes, par la volonté du maire David Lisnard. Quant à Bordeaux, une commande de 800 000 masques a été faite pour les bordelais sans toutefois le rendre obligatoire.

S’il existe des porteurs sains (et c’est le cas), s’il existe des personnes guéries, puis réinfectées (c’est aussi le cas), la vente des masques ne devrait pas être interdite et soumise à des condamnations comme cette pharmacienne en a été la victime. N’oublions pas que des médecins n’ont toujours pas de masques à l’heure d’aujourd’hui alors qu’ils sont en contact avec le Covid-19. On leur a fourni des masques périmés pour certains d’entre eux, et ce, dans plusieurs régions de France. Et s’ils prescrivent une ordonnance pour en obtenir ou en faire obtenir à leurs patients en pharmacie, les pharmaciennes sont condamnées. Tels sont les faits. Bien sûr, ceci est le fruit d’une grande confusion dans les stratégies à tenir et cette confusion pourrait aussi générer un déconfinement catastrophique en autorisant les personnes guéries à circuler librement comme autant de « bombes à retardement » au sein de la population. Espérons que les pharmaciennes ne soient plus condamnées pour venir en aide aux médecins car eux aussi font partie du personnel soignant, même s’ils travaillent en cabinet. Soyons attentifs aux criantes injustices et aux dysfonctionnements afin qu’ils ne se reproduisent plus car les erreurs de stratégies se comptent aujourd’hui en morts supplémentaires. C’est un devoir civique.