Comprendre ce qu’est la Libération

Toutes les couleurs lumineuses d’un prisme proviennent de la lumière blanche

La spiritualité, de nos jours, peut ressembler à une espèce de capharnaüm. Certains sont tentés de tout rejeter et de se fier à leurs seules expériences, se méfiant des fausses croyances, du charlatanisme ou de doctrines qui ne correspondent pas à leurs attentes. Mais nous allons voir que nos expériences ne garantissent pas la Libération recherchée. Et tout d’abord qu’est-ce que cette « Libération » ?

En premier lieu, nous constatons que ce sont nos préjugés et nos dogmes qui nous font passer à côté des vérités. La Vérité est en toute chose, disséminée, mais à travers tant d’opacité et de complexité, que nous n’en voyons que des reflets. C’est comme si nous ne pouvions voir que des couleurs projetées par un prisme sans jamais deviner que la Réalité est la lumière blanche qui les réunit toutes en son sein. Ainsi, nous sommes divisés les uns des autres car chacun défend la suprématie de sa couleur, voire combat les autres couleurs comme étant hérétiques, fausses, dangereuses. Chacun se sent dans « sa vérité » car il constate effectivement que sa couleur existe, mais il ne parvient pas à comprendre qu’il ne détient qu’une parcelle de vérité qui est encore très éloignée de la lumière blanche qui contient en elle toutes les couleurs. Chacun est comme aveuglé par ses certitudes.

La Libération est avant tout la compréhension que nous sommes immergés, voire perdus dans une Réalité trop complexe pour être saisie totalement par la Raison ou l’Intellect. Tant que nous ne comprenons pas cela, nous ne serons pas libérés car nous nous efforcerons toujours de « faire rentrer la Réalité » dans nos représentations intellectuelles étriquées. À chaque fois que nous nous forgeons des certitudes, des croyances, nous figeons une espèce de cliché mental en notre esprit qui est notre clôture. Ce que nous rejetons est aussi une part de la Réalité. Nous sommes donc emprisonnés dans le jeu de la dualité. La Libération consiste à en sortir.

Mais la Libération n’est pas uniquement une compréhension que Tout soit Un et relié en tout point de ce qu’il est, partout et en tout temps. Car il n’y a pas de véritable Libération sans liberté… Or la liberté consiste à défaire tout ce qui « charge la mule » qui l’empêche d’avancer sereinement et facilement. Même si la mule sait que Tout existe et que tout est lié, si elle croule sous les fardeaux, cette compréhension ne lui sert pas à grand chose. Nous devons nous délester.

Nos existences passées, celle présente, et celles futures peuvent être de véritables labyrinthes

Par exemple, nous avons tout l’arrière-fond de nos vies passées et dans ce passé, nous avons aussi tout ce qui s’accroche à nous dans cette existence présente. Si le passé est aussi lourd, pourquoi penser que le futur serait différent ? Des quantités de vies futures garantiront les mêmes aléas avec bonheurs, doutes, souffrances, déchirements.

« Les réminiscences créent des perceptions de souffrance et de bonheur particulières. Aussi longtemps qu’on erre dans le cycle des existences, la souffrance dénote un leurre de l’esprit, ô roi, chez les êtres, mortels et célestes. Ici-bas, (…) la conscience-réceptacle est confuse. Telle est la règle de la compréhension des réminiscences » (Tantra de Kalachakra – le livre du Corps Subtil, Desclée de Brouxer, 2000, 2020, p. 383).

En fait, que nous regardions dans le passé ou dans le futur, cela revient au même, exactement au même : nos jeux de rôles sont infinis et nous ne cessons d’accumuler joies, attachements, peines, colères par les injustices subies et souffrances. En fait, le temps nous garantit une fausse liberté : celle de toujours souffrir et de toujours nous illusionner. Mais le temps n’est pas responsable : en effet, dans le temps, dans chacune de nos vies, nous avons une nouvelle chance de nous éveiller, de rechercher la Libération. C’est comme une machine de casino, les chances sont minimes, mais il est possible que tout s’aligne pour favoriser l’éveil, le « jackpot ». Il faut peut-être 128 « coups pour rien », 128 existences pour enfin atteindre celle qui fait sens… qui comprend la Voie de sortie du labyrinthe infernal. Peu importe le nombre de vies en fait puisque tout ceci est très relatif, mais ce qui est possible dans 128 vies, pourrait, peut être atteint ici et maintenant, sans attendre !

« Ainsi, la chaîne de cause (le désir) et d’effet (les naissances) est sans fin jusqu’au jour où l’âme sculptée par les vies antérieures en a assez des cycles déchirants de naissances et de morts. L’âme désire profondément la paix mystique et tranquille, absente de changement, sans commencement ni fin. C’est vraiment un jour mémorable dans l’histoire de l’âme individuelle » (B. Nagaraj, V.T. Neelakantan, S.A.A. Ramaiah, La voix de Babaji – une trilogie sur le Kriya Yoga, Les Éd. et le Kriya Yoga de Babaji Inc., 2010, p. 127).

Comment nous libérer ? Tout comme en psychanalyse, en comprenant les liens pathologiques, en les disséquant. Comprendre, c’est dénouer les nœuds. C’est surtout ne plus les reproduire. Ne plus être aveugle. Ne plus se faire prendre à la même illusion. Celui qui ne comprend rien, n’a pas les moyens de se libérer, tout comme l’insecte qui confond la lumière du soleil avec celle d’une lampe. Comprendre, c’est donc être patient (cultiver la patience), pour observer (développer la concentration) et ouvrir ses horizons mentaux sur toutes nos zones aveugles (dépasser la dualité). C’est comme un gigantesque « zoom arrière » qui recontextualise une chose pour mieux la cerner, l’étudier, la connaître. On ne comprend rien si on isole une chose de son milieu car on obtient alors une « entité figée », une idéalité. C’est ce que faisait et fait toujours la science matérialiste, par exemple, en isolant un objet de l’observateur. Un objet coupé de tout est « mort ». C’est comme l’insecte de l’entomologiste. Il est épinglé, mort : on ne peut plus rien apprendre sur lui dans sa façon d’exister et d’échanger avec son milieu. De la même façon que nous observons un insecte mort, nous avons quantité de concepts « morts » : ils correspondent à des images figées de notre esprit. La Libération nécessite des préalables : aimer la vie, la respecter. Aimer la vie, c’est aussi l’apprécier dans son flux, son élan, son renouveau. C’est la laisser être ce qu’elle est, librement.

Il y a donc nécessairement une éthique et une morale : pour soi-même et pour autrui. Nous devons respecter ce que la Réalité exprime. La violence est un retranchement dans la dualité car c’est un acte d’opposition, conflictuel. Et comme l’Univers est harmonieux dans son mécanisme, tout ce qui est impulsé dans un sens, produit une impulsion en retour tel un balancier. C’est le mécanisme dit du « karma » (mot sanskrit qui signifie « action » dans le sens action/réaction).

« Lorsque la tempête des illusions se calme dans l’esprit, les vagues de l’action et de la réaction s’affaiblissent automatiquement » (Kriyananda, L’Essence de la Réalisation du Soi : la Sagesse de Paramhansa Yogananda, Adyar, 2002, p. 88).

Ainsi, tout rejet, toute violence produit en retour son équivalent. Il ne peut donc jamais y avoir de paix dans les illusions de la violence. Seules la paix, la fraternité, l’acceptation de toute vie peut garantir le juste équilibre. Il n’y a pas de Libération possible sans pacifier entièrement son cœur et son âme. Pas de Libération sans la paix de l’esprit.

La Libération est de ce fait un programme de vie qui concerne tout acte du quotidien incluant nos pensées, nos paroles, nos intentions, mais aussi nos rêves, nos projections. Or, nous devons être conscients de ceci : tous nos désirs et toutes nos aversions génèrent des attachements mentaux. Plus nous sommes attachés, plus nous sommes soumis à ces conditionnements. Il n’y a donc pas de Libération possible dans nos attachements.

Voilà pourquoi la Libération n’est pas localisée dans un ailleurs spatial ou temporel puisqu’il dépend non pas d’une cause extérieure, mais de ce que nous sommes et de ce que nous faisons. Nous sommes les Auteurs de nos vies, de nos créations, de ce que nous avons vécu, de ce que nous vivons, de ce que nous vivrons. Nous en sommes les auteurs car nous sommes des êtres pensants et nous faisons tous des choix. Chaque choix débouche sur quelque chose. Même si nous croyons « subir » notre existence, nous sommes en réalité IMPLIQUÉS par nos paroles, nos pensées, nos actions. Et même si nous ne faisions rien du tout : tel est notre choix avec ses conséquences. Ne rien faire produit aussi quelque chose en retour. Ainsi, même si nous ne sommes pas conscients de notre rôle dans l’existence, le fait que nous nous y trouvions nous implique forcément.

La Libération est de ce fait un choix radical. Nous ne pouvons pas initialiser un jeu qui a ses règles, ses lois et en même temps penser que nous sommes libres ou serons libres dans ce jeu. Non, si nous entrons dans le jeu, nous serons soumis à ses règles, à ses lois. Nous ne serons pas libres, nous serons dans l’expérimentation du jeu avec tout ce qu’il a à offrir en bien, comme en mal, comme en mélange des deux. La Libération est forcément un choix radical : se défaire de toutes nos attaches, tous nos désirs, toutes nos aversions. Pourquoi ? Parce que cela fabrique des obsessions.

« De quoi faut-il protéger l’esprit ? demande Serkhong Rinpoche. De l’apparence ordinaire des choses et de l’attachement obsessionnel à ces apparences ordinaires » (Traité du Mandala – Tantra du Kalachakra, Desclée de Brouwer, 2003, p. 17).

La mule se charge et avance péniblement. La Libération implique donc un travail sur nous-mêmes pour défaire, petit à petit, toutes nos attaches, conscientes et inconscientes.

Mais s’il y a un « défaire », il y a aussi un « faire » car un éveil spirituel nécessite inévitablement une modification dans nos pensées, nos paroles, nos comportements. Ainsi, aimer notre prochain, n’est pas « du sentimentalisme », c’est simplement comprendre que nous partageons le même Être, sans réelle différence. C’est comprendre que l’habit est provisoire et illusoire. Nos couleurs sont illusoires dans la matière. Toutes les couleurs lumineuses sont réunies dans la Lumière blanche. Nous avons tous la même Source. Comprendre cela, c’est agir différemment les uns envers les autres. Nous ne cherchons donc plus querelles, nous évitons les conflits stupides.

« Puisque toujours et en toute circonstance, les autres désirent autant que nous ce qui est bon et procure le bien-être, efforçons-nous de faire leur bonheur comme nous nous efforçons de faire le nôtre. Évitons-leur la moindre souffrance comme nous le faisons pour nous-mêmes » (Patrul Rinpoché, Le chemin de la Grande Perfection, Padmakara, 1997, p. 272).

Mais pour parvenir à cela, encore faut-il résoudre notre rapport à l’égo. N’oublions pas que l’attachement et l’aversion sont des attaches. Ainsi, l’égo et le non-égo sont deux faces du même problème. Être obsédé par le non-égo revient à faire référence à l’égo. Celui qui est obsédé par l’alcool, n’est pas véritablement soigné de l’alcool… L’égo et le non-égo, une chose et son contraire doivent être résorbées et dépassées. l’Être dépasse tous nos clivages : alors pourquoi en créer dans notre esprit ? Ceux qui sont obsédés par la faute, le péché, même s’ils n’en commettent pas en acte, les commettent dans l’esprit. Toute réalité pensée est une réalité pour l’esprit. Toute création psychique est une réalité pour notre esprit. Nous vivons avec ce que nous pensons. Vivons-nous dans un palais ou dans une prison mentale ?

Le Libéré dans le plan matériel a donc toujours un corps physique, il a toujours son individualité propre, mais il n’a plus d’illusions dont celle d’un « je » qui serait différent du Tout de la Réalité. Il sait que son « je » est l’expression du Tout, de la même façon que tous les autres « je ». Il se montre tolérant car si chacun vit dans ses propres illusions, il y a forcément des conflits sous-jacents aux croyances, aux certitudes, aux quêtes insensées. Le Libéré vit aussi ici-bas dans la réalité du quotidien, même s’il sait que cette réalité du quotidien est comparable à un songe. Étant donné qu’il expérimente la Réalité Une et Multiple, il est en paix car il sait que « Tout est là », toujours, tout le temps, même si les gens ne le soupçonnent pas et élaborent sans cesse des rêves, des projets, des croyances, même s’ils remettent au lendemain l’éveil qu’ils pourraient avoir ici et maintenant.

Ayant dépassé l’égo et le non-égo, il est en paix avec lui-même. Il ne se torture pas l’esprit par des pensées obsessionnelles. Il expérimente une certaine simplicité d’être puisque plus rien n’est à acquérir… si ce n’est de nouvelles attaches. Voilà ce qu’est la Libération. Elle a une infinité de portes d’accès avec les sagesses passées, présentes et futures. Chacun peut donc trouver la Libération car la Vérité est Une dans la multiplicité de ses reflets. Elle se reflète partout et tout le temps.

Nous avons donc beaucoup de chance par toutes les opportunités qui nous sont offertes car les véritables spiritualités enseignent des vérités qu’il s’agit de mettre en pratique. À quoi serviraient-elles sinon ? Elles sont authentiques si elles enseignent l’Amour désintéressé, la tolérance, la bonté, la bienveillance, le respect de toute vie. L’Éveillé ne voit plus dans une couleur, un ton qui s’oppose à un autre ton, mais un fragment de la même lumière blanche. Il expérimente un esprit de fraternité au cœur de chaque différence comme autant d’expressions possibles de la même Source. Il voit au-delà des mots, au-delà des concepts car le langage est aussi composé de « mots couleurs ». Et tous les mots peuvent se fondre dans le Silence… Le Silence UN qui dépasse toutes les oppositions. Un silence d’Amour…

Quand l’être réincorpore son égo : palais ou prison ?

En rentrant dans mon corps physique, ce matin (étape du réveil), j’ai assisté à un processus très conscient qu’il me semble important de partager pour la compréhension de la réalité de nos conditionnements.

À chaque fois que j’entre dans mon corps physique le matin lors de l’étape du réveil, je sens que peu à peu, je réceptionne tout autour de moi, dans l’habitacle du corps physique et de ses énergies, petit à petit, progressivement, tout ce qui fait mon identité physique, ce qui s’est passé la veille, l’avant-veille, etc. On dirait que je télécharge à toute vitesse tout ce qui fait « mon égo » pour entrer dedans. L’impression est d’entrer dans un « volume spatial » et en même temps d’entrer dans un conditionnement.

Ce matin, le processus était là, comme d’habitude, mais j’y ai mis tellement de conscience que je me suis dit que c’était à partager pour bien comprendre qu’il y a de l’être – notre être – au-delà de notre égo.

Les hindous dans leur tradition ancestrale démontrent que l’égo n’existe pas véritablement car lorsque nous dormons dans un état sans rêve, nous existons, et pourtant il n’y a plus d’égo, et lorsque nous dormons en rêvant, nous existons dans une autre individualité (ou plusieurs en même temps) et ce n’est toujours pas notre égo du monde de l’état de veille. Nous existons selon divers états de conscience hors de l’égo.

Le matin, avant la phase de réveil, je sens nettement que « ce que je suis » N’EST PAS l’égo que j’incorpore progressivement en « téléchargeant » tous les souvenirs, toutes les habitudes, toutes les particularités qui font que j’ai une identité personnelle propre à l’état de veille : mon égo.

Et cela m’évoque la pensée suivante : nous sommes accueillis dans nos propres constructions mentales. Ainsi, si nous sommes dans l’Amour, la joie, un esprit positif, nous avons un sentiment de bien-être à réincorporer un tel habitacle. Mais si nous sommes des êtres avec de mauvaises habitudes de pensée (des rancœurs, des angoisses, des peurs, des attachements, etc.), nous allons réincorporer au matin, avec un certain malaise, cet habitacle-égo.

« Tout ce que nous sommes est le résultat de ce que nous avons pensé ; tout ce que nous sommes est basé sur nos pensées et formé de nos pensées » (Paroles du Bouddha in Michèle et Salim Michaël, Le Dhammapada, Phénix, 1988, p. 7).

Et pour une tradution directe du pâli (par Jean-Pierre Osier) :

« La pensée préside aux choses ; pour l’essentiel, elles sont pensées, faites de pensées ; parle-t-on ou agit-on avec une pensée malveillante et la douleur suit l’agent telle la roue, le pas des bœufs. La pensée préside aux choses ; pour l’essentiel, elles sont pensées, faites de pensées ; parle-t-on ou agit-on avec une pensée bienveillante, et le plaisir suit l’agent telle l’ombre qui ne se dissipe pas » (Le Bouddha, Dhammapada : Les stances de la Loi, trad. J.-P. Osier, Flammarion, 1997, p. 54).

Ce processus est très rapide : une seconde, peut-être moins, peut-être légèrement plus. Peu importe. Mais souvent, nous n’y prêtons même pas attention. Nous disons « je ne sais plus où j’étais, qui j’étais pendant un instant« . Ou bien, nous ne le remarquons même pas car nous n’y prêtons aucune attention, tant le processus est quotidien, banal, naturel.

Néanmoins, ce processus est porteur d’enseignement car NOUS HABITONS DANS CE QUE NOUS SOMMES, au même titre que nous habitons dans une maison, un appartement, un lieu spécifique.

En somme, nous pouvons réincorporer un palais, un temple ou une prison. Le palais, le temple, la prison : telles sont nos constructions mentales. Tout ce que nous pensons dans la journée, toutes nos actions, toutes nos paroles, tout cela construit cet habitacle.

« Le matin, quand on ouvre les yeux, on ne se dit pas qu’on va encore vivre une journée pleine d’ennuis. D’abord, on entend le bruissement des draps sur le lit. On sent ses cheveux sur l’oreiller, si on a des cheveux. En tout cas, on sent sa tête sur l’oreiller et on commence à regarder autour de soi, à voir les murs de sa chambre. Le plaisir commence dès le réveil. On a une sensation de beauté et de sensualité presque comme si on était dans un palais royal » (Chögyam Trungpa, Sourire à la peur, Les Éd. de l’Homme, Le Jour, 2012, p. 95).

Ainsi, quand les spiritualités orientales enseignent que l’égo est illusion : c’est vrai ; que l’égo est une prison : c’est vrai. C’est vrai au regard de notre être profond qui en est distinct.

Et si nous ne voulons pas y croire, l’illusion sera d’autant plus puissante car nous ne remettrons pas en question nos constructions mentales. Et le sceptique restera sceptique, l’arrogant restera arrogant, et ainsi de suite car le plus souvent, nous réalimentons constamment « le modèle » de la veille, c’est-à-dire NOS SCHÉMAS MENTAUX... Nous sommes comme en train de poursuivre une trajectoire, notre trajectoire… sans nous questionner sur ce que nous sommes en train de faire avec cette trajectoire… Ce serait comme si chacun avait pris un train… sans savoir lequel il a prisNous serions ainsi des VOYAGEURS INCONSCIENTS. Les fameux somnambules, les endormis dont parlait Héraclite, chacun vivant dans son propre monde.

Il est important d’en prendre conscience car NOTRE ESPRIT PEUT CRÉER TOUT CE QU’IL VEUT. J’avais été choqué par la richesse de ce que je voyais à Shambhalla, notamment l’or, et l’on m’a répondu que l’Esprit peut tout créer. Nous pouvons être pauvre dans la matière, mais riche dans l’Esprit. Ainsi, même si nous habitons dans un lieu, un espace très modeste car c’est ainsi avec les contraintes matérielles, en revanche, en ce qui concerne NOS CONSTRUCTIONS MENTALES, NOUS POUVONS TOUT AMÉLIORER.

La situation est simple à comprendre : ce serait comme si nous avions une baguette magique pour réaliser plein de belles choses et que nous ne nous en servions pas. Pourquoi ? En raison de « l’hypnose du quotidien« .

Cette illustration n’est pas Shambhalla mais offre plusieurs ressemblances

Ceci m’a été enseigné à Shambhalla car je m’imaginais à tort qu’un lieu saint devait forcément être simple, pauvre, rudimentaire, sobre, c’est-à-dire se réduire à l’essentiel, au strict minimum. Mais pourquoi l’Esprit qui peut tout créer devrait reproduire une certaine pauvreté de moyens physiques matériels? Attention, cela n’a rien à voir avec le luxe (ce qui serait une illusion et un attachement, une dépendance), mais tout à voir avec ce que l’Esprit peut faire, sait faire, démontre pouvoir faire. Ce serait en quelque sorte LE POUVOIR DE TRANSMUTATION de l’Esprit. Il ne s’agit donc pas de vivre dans le luxe, l’opulence, mais uniquement de comprendre que « la pauvreté spirituelle » comme reflet de « la pauvreté matérielle » est le fruit d’une hypnose du quotidien, d’un programme aberrant. Le pauvre dans le plan physique ignore sa richesse intérieure.

Alors, il en va de même avec nos constructions mentales qui forment notre égo. Si nous cumulons les vices, les défauts, nous créerons une espèce de tanière très nauséabonde pour notre être profond, tel un habit peu flatteur. Si nous accentuons l’Amour désintéressé, la bonté, la générosité, la joie, le détachement, toutes sortes de qualités, nous construirons un palais pour réceptionner notre être profond au matin, chaque jour.

Ceci signifie qu’en réalité, nous sommes libres ! Sur le plan spirituel, nous sommes libres de nos constructions mentales. Nous habitons dans ce que nous sommes.

Par conséquent, il est essentiel de travailler sur nous-mêmes, d’améliorer la situation de notre être intérieur. Mais cela ne dépend de personne… de personne d’autre que de soi-même. Nous devons nous aimer assez pour nous prendre en main.

Ainsi, ce texte est la suite de celui sur le vide mental car nous comprenons bien qu’il ne suffit pas de faire régner le vide mental, quelques secondes ou quelques minutes, pour modifier toutes nos habitudes de pensées dès que nous cessons cet exercice de purification. Le travail est plus « sérieux » que cela car il s’agit de tout passer en revue, jour après jour, de se surveiller soi-même, de s’inspecter au quotidien afin d’améliorer progressivement tout ce qui peut l’être. Le vide mental est un outil précieux telle une pelleteuse, mais ensuite, il faut déblayer encore et encore… Le vide mental n’est pas « la baguette magique », mais notre volonté de progresser quotidiennement avec de bons outils, de défaire nos schémas mentaux limitatifs et pesants, sera très efficace.

Si chaque jour nous accentuons des qualités du cœur, de l’esprit, nous mettons en œuvre des vertus, nous aurons petit à petit un joli palais intérieur dans lequel il sera agréable d’habiter. Nos constructions peuvent être belles, plutôt que laides, lumineuses, plutôt qu’obscures, de la même façon que nous portons soin à notre apparence physique. Nous devrions adopter la même consécration pour notre être social quotidien, de l’intérieur. Plus notre égo sera lumineux avec de moins en moins de limite mentale (les stéréotypes de pensées, les dogmes, les raideurs), plus nous nous rapprocherons de l’état idéal de notre être profond. Le corps (avec son égo identitaire) – temple de l’Esprit – prendra alors tout son sens.

Trois problèmes relatifs au Voyage Astral : obtenir son « passeport »

La notion de « Voyage Astral » utilisée ici est au sens générique de « voyage dans les autres plans de conscience » et non nécessairement sur un plan en particulier.

Plusieurs religions et philosophies spiritualistes n’encouragent pas ce type d’expériences. Nous devons comprendre pourquoi et souligner trois problèmes fondamentaux concernant cette pratique.

  1. L’immersion dans des mondes illusoires

Quand le but recherché est la libération de toutes nos entraves, nos croyances, nos illusions, on peut comprendre pourquoi plusieurs traditions spirituelles ne voient pas d’un très bon œil ces expériences. En effet, l’esprit peut nous jouer des tours. Notre esprit étant créateur, nous pouvons nous diriger droit sur la fréquence de nos peurs inconscientes, appeler à nous ce qui nous obsède, voire matérialiser notre univers intérieur sous la forme de symboles, d’objets, de personnes.

Ainsi, il est important de savoir à l’avance certaines lois de l’esprit, de la même façon que pour jouer un jeu, il faut en connaître les règles.

La base de toute authentique spiritualité repose sur la maîtrise des pensées et des émotions. Cela peut prendre du temps, mais il faut commencer par se discipliner soi-même, devenir fort mentalement et spirituellement. Le mental doit être parfaitement concentré sur ses buts, ne pas se laisser distraire. Si un équilibriste sur son fil pense à autre chose, regarde ailleurs en se laissant distraire, il chutera. De la même façon, conduire une voiture en étant ivre, ce n’est pas se rendre service.

Le danger est de ce fait double : il est en nous-mêmes si nous avons des pulsions refoulées, des angoisses, des obsessions, et il est dans ce qui fait écho à nos vibrations personnelles. Quand nous avons peur des chiens, par exemple, ils se montrent le plus souvent agressifs avec nous car ils ressentent cette peur. Ils y répondent. Nous pouvons aimanter des gens, des situations aussi bien sur ce plan physique, que sur les autres plans. Maîtrisons-nous ce que nous faisons ? Telle est la question à se poser avant. Plutôt qu’après.

En quoi ces mondes sont-ils illusoires ? Ne durent-ils pas plus longtemps que nos constructions physiques ? Par définition, ce qui est illusoire est « ce qui ne dure pas« . Un rêve est illusoire car sa réalité est temporaire et brève. Mais du point de vue de la durée, tout ce qui est relatif est illusoire, tout ce qui est soumis aux changements, aux transformations. Les réalités passagères : c’est cela l’illusion. Ce n’est pas de nier la réalité d’un instant t vécu, bien entendu. C’est de constater que la chose vécue n’existe plus et était relative. Ainsi, quand les religions, les traditions spirituelles nous mettent en garde, il faut comprendre pourquoi. Prendre un film pour une histoire vraie, ne plus parvenir à discerner une fiction de la réalité, oui, cela est un danger, notamment pour les esprits qui n’ont pas encore beaucoup de vécus, de discernements. Combien d’entre-nous vivons dans des « représentations du monde » ? Une représentation du monde est déjà une fabrication de l’esprit... La fiction est d’autant plus forte, que nous y croyons. Vouloir y croire rend aveugle l’esprit. Nous avons un pouvoir de cécité qui est le pouvoir de concrétisation de nos croyances. Lorsque nous disons « je crois ceci », cela revient à dire, « je vois les choses de cette façon et pas autrement ». Pas autrement.

Les mondes correspondent donc à des niveaux de maturité de notre âme. « Dis-moi ce que tu crois, et je te dirai dans quel monde tu vis ». Dans l’Astral, chacun peut vivre dans son univers qui correspond à ses croyances. Alors, comment peut-on encore parler de « réalité » en ce cas ? Ma réalité est-elle mon illusion ? Pourquoi ma réalité n’est-elle pas celle de mon voisin ? Cela amène forcément à des questions philosophiques car en définitive, tout ce qui est impermanent est par définition illusoire… comparativement à l’Absolu, ce qui demeure éternellement inchangé.

Voici, brièvement, le premier problème exposé. Beaucoup d’êtres nous rendent service à ne pas troquer une illusion par une autre, si le but est d’œuvrer pour notre libération spirituelle. Rappelons qu’un être libre peut aller partout où il veut sans se laisser prendre aux pièges des illusions. De la même façon que nous pourrions regarder des hologrammes. La liberté, ce n’est pas la fuite, c’est de comprendre et de ne plus être trompé.

2. La déconsidération de notre rôle à jouer présentement

En cette période de Covid-19, pour un certain nombre d’entre-nous, nous avons pu comprendre que nous vivions dans le mensonge à l’échelle du monde entier. Nous vivons dans le mensonge car il y a des secrets et ceux-là sont laids. Nous sommes témoins d’une misère qui est celle du cœur et des égos en guerre depuis longtemps. Notre monde terrestre est une épreuve. Il n’est pas facile à vivre. Pour beaucoup, la Terre est une vallée de larmes quand l’homme se fait diable et loup pour l’homme. Si nous fuyons cette réalité sordide (passagère) pour une autre réalité magnifique (mais illusoire), que se passera-t-il ? Eh bien, il y a des chances pour que cela soit de plus en plus pénible de quitter des paysages magnifiques, paradisiaques avec un corps léger comme une plume, pour rentrer dans une espèce de grotte où tout est lourd, obscur, violent, terrible.

Cela ne nous aidera pas à donner le meilleur ici-bas. Ceux qui ne croient pas en ces autres dimensions sont préservés de ce risque, mais les autres ?

Si nous sommes confrontés à des refus, des échecs répétés, dans « le passage forcé » : cela n’est pas sans raison. Cela peut sembler un peu cruel que des anges disent aux âmes qui vivent des Expériences de Mort Imminente, « retourne sur Terre, ton heure n’est pas venue, tu as encore des choses en cours à régler » : c’est du même ordre. Nous ne sommes pas ici sur Terre pour perdre notre temps, mais pour faire quelque chose : trouver notre rôle, notre raison d’être, donner le meilleur de nous-même, agir, évoluer, comprendre, muter.

Si nous « zappions » cette réalité terrestre chaque matin, quel sens aurait notre incarnation ?

On peut concevoir que voyager dans l’Astral ou les autres dimensions supérieures ne va pas aider ceux qui veulent fuir ce monde physique dans lequel ils ne se plaisent pas. Cela ne va pas les aider à comprendre pourquoi ils sont là, ce qu’ils ont à chercher, à trouver. Car il faut chercher pour trouver.

3. L’égo à dépasser sera-t-il amplifié ?

Enfin, une troisième raison qui peut poser problème est notre rapport à notre égo. Combien de ceux qui croient aux vies antérieures ne nous disent-ils pas qu’ils ont été de grands personnages de l’Histoire, illustres, brillants ? C’est très valorisant pour l’égo de s’inventer des titres prestigieux… Mais quelle chute alors ! Quelle chute que tous ces personnages prestigieux se retrouvent si bas, ici-bas, non ? Généralement, on évolue… On progresse… Nous devrions monter de mondes en mondes, de plans en plans. Si tant de personnages prestigieux sont toujours dans « le monde de pierre », dans « l’âge de pierre », c’est que l’égo est incorrigible, d’une certaine façon. Soit il nous ment, soit il se ment à lui-même. Cet égo si pesant ne voit pas comment se libérer de ses entraves… parce qu’il cherche à l’extérieur de lui-même, et non en lui-même, les racines du problème.

L’Astral peut renforcer l’égo. Certains ne font qu’une seule expérience consciente dans un domaine, et ils s’autoproclament grands spécialistes et vous vendent des affirmations catégoriques. Comme si nous n’étions pas tous semblables ! Il est donc facile de se sentir un « élu » parce qu’on a rencontré untel ou vécu telle chose de rare. Ces égos très fragiles vont avoir encore plus de difficulté à progresser dans le long chemin de la Vie…. Plus l’égo est boursoufflé, plus difficiles sont les remises en cause. Souvent, les plus sages sont ceux qui parlent le moins…

Remarques

Nous ne concluons pas « qu’il ne faut pas ». Car il n’y a pas que des aspects négatifs à considérer dans ces expériences. Mais quel est le but que nous recherchons ? Si c’est du tourisme pur et simple, l’esprit s’égare forcément puisqu’une incarnation implique une espèce de contrat à durée de vie limitée dans ce plan. Nous naissons : nous sommes voués à mourir. C’est une ronde infinie. Une naissance, une mort. La vie n’est que passage. Mais à quoi sert un passage en ce monde, si c’est pour le fuir ? le vivre de façon lointaine, distraite ? Ce serait passer à côté… Passer à côté de sa vie. Rater le coche.

Il nous faut donc lever ces obstacles : ne pas prendre le monde des formes où qu’il soit, qu’il soit physique, éthéré, astralisé, énergétisé par l’esprit, pour l’essence des choses éternelles. Ne pas s’illusionner dans les reflets. Alors, les images peuvent défiler devant nos yeux comme des projections temporaires, des costumes. Si nous savons que nous sommes invités dans un bal masqué, il n’y a plus de danger d’être illusionné. Nous devons aussi être très au clair avec notre présence dans l’incarnation. Que pouvons-nous faire de concret dans ce plan matériel avant de le quitter ? Il faudrait quand même se poser la question… un jour, pendant qu’il est encore temps, non ? Sinon pourquoi être venu ? Voulons-nous gaspiller notre temps de vie terrestre ? Ce serait dommage de ne pas le mettre à profit. Si nous savons ce que nous voulons faire et que nous savons que le but recherché est utile aux autres et à soi-même, alors nous ne fuirons plus cette réalité pour une autre. Dans un tel contexte, les réalités illusoires se complètent, au lieu de se combattre, de peser l’une sur l’autre. Il nous faut prendre du temps pour considérer ce point car nous sommes trop souvent conditionnés par la société, nos peurs et nos croyances. Il nous faut dépasser ces écrans-carcans. Enfin, si nous comprenons que notre égo est une construction temporaire et que notre être est beaucoup plus intéressant que le petit rôle social que nous croyons avoir, si nous comprenons que nous ne sommes que la partie d’un Tout, avec ni plus, ni moins d’importance que tous les autres membres qui le composent, si nous vivons cette prise de conscience au quotidien, alors aucun lieu ne nous fera croire que nous sommes d’une importance infiniment supérieure à tous nos semblables. Que nous soyons dans la poussière d’une grotte, ou sous les étoiles d’un tapis fleuri, quelle importance ? Nous ne serons ni plus grand, ni plus petit puisque toutes ces dimensions de l’égo sont des illusions personnelles. C’est cela « le passeport ». Les Anges ne fermeront plus la porte si ces trois points sont clairement assimilés.

Mais attention, nul ne peut tricher car nous portons toutes nos paroles, toutes nos actions, toutes nos pensées en notre âme. Et cela leur est transparent. Nous ne pouvons mentir… qu’à nous-mêmes. Ce qui ne conduit nulle part en définitive. Alors, puisqu’il n’est pas possible de tricher, autant considérer sincèrement et sérieusement ces trois points. Pourquoi ?

Parce que si ces mondes existent et si notre esprit a de telles capacités, pourquoi n’en ferions-nous pas usage ? Si tout est clair et noble, pourquoi pas ? Ceci est d’autant plus évident que beaucoup d’êtres spirituels ont cette liberté… Mais eux, sont évolués, réellement évolués spirituellement.

Conclusion

Le Covid-19 marque une pause mondiale dans nos consciences, nos rythmes effrenés de vie, nos habitudes, nos petites bulles personnelles. Beaucoup se sacrifient et partent. Beaucoup de souffrances aussi pour ceux qui les aiment et les savent partis. Le monde se révèle à nous dans des conduites laides, tristes, abominables, insupportables. Mais nous ne sommes pas tous des barbares et n’avons pas tous envie de fuir, de regarder ailleurs, de croire aux mensonges. Nous ne sommes pas tous passifs au point de continuer à vivre les yeux bandés. Nous pouvons retrouver notre pouvoir créateur car nous sommes des êtres spirituels, avant d’être des corps matériels physiques. Avant et après. Or, si nous avons un pouvoir spirituel, pourquoi ne l’utilisons-nous pas ?

Les temps changent. Nous devons changer avec. Nous adapter. Le « passeport » pourra être utile à tous ceux qui se sentent prêts ou sur le point de l’être. Nous donnerons petit à petit des programmes, des suggestions de belles choses que nous pourrions faire, tous unis collectivement. Les chaînes les plus puissantes sont mentales car ce sont des chaînes karmiques. Nous pouvons nous libérer de ces chaînes. Comment ? « Karma » signifie « action », dans le sens action/réaction. Dans le sens de l’effet domino : une chose en entraîne une autre. Si nous décidons de devenir plus lumineux, plus altruistes, plus aimants, plus conscients, nous obtiendrons notre passeport.

Des êtres très éveillés sont prêts à nous recevoir. Si l’ombre redouble d’efforts pour accélérer le processus des destructions et des départs, la Lumière peut agir et redonner des ailes à tous les êtres de bonne volonté. « Avoir des ailes » signifie « avoir de l’élan », l’élan du cœur. Si nous pouvions donner un peu plus d’équilibre à nos vies, à nos pays, à notre planète, le but ne serait-il pas intéressant à expérimenter ? La balance des forces existe toujours. Pourquoi ? Parce que tous, que nous fassions le choix du mal ou du bien, ou que nous ne soyons qu’ignorants et confus, tous, nous faisons partie du même Tout. Chacun a son rôle à jouer, sans avoir rien à fuir, en acceptant simplement la Vie telle qu’elle est dans tous ses plans de conscience.

Développer son troisième œil (partie 2)

Ce texte est la suite de celui-ci. Les informations qui vont suivre ne se trouvent pas forcément dans les livres, sauf ceux de l’hindouisme ancien. Nous pourrions élargir un peu ce sujet pour le rendre encore plus intéressant, ce qui changerait un peu de tout ce qu’on peut lire où chacun se recopie… Par exemple : pourquoi avons-nous un chakra de troisième œil ? N’est-ce pas une question intéressante ? Si nous avons une contrepartie subtile de nos organes physiques (et c’est bien le cas), nous avons donc deux centres énergétiques pour nos deux yeux (au même emplacement). Mais quelle est la nécessité d’avoir un organe subtil pour… le front ? C’est une question très intéressante car chaque chakra est la source vitale d’un organe physique, d’une fonction physiologique.

Alors, certes, la littérature spécialisée mentionne la glande pinéale, mais celle-ci n’est pas derrière le front… elle est logée entre les deux hémisphères cérébraux, à leur base (donc plutôt proche du haut de la nuque). Le chakra du troisième œil est relié à la glande pinéale, mais ce n’est pas sa contrepartie.

Dessinateur : Christian Gottlob Heyne (1729-1812) d’après un original du IIe siècle av. J.-C.. BnF, Estampes et Photographie, Ta 4, t. 2 f. 26. © Bibliothèque Nationale de France

En fait, le chakra du troisième œil est véritablement la contrepartie d’un organe physique, d’un œil physique… qui est absent. Les Cyclopes ne sont pas qu’une légende (comme Polyphème dans le Chant IX d’Ulysse d’Homère), il a existé des êtres nés sur Terre avec un œil sur le front (il en reste des squelettes qui sont présentés comme étant des malformations), et plusieurs civilisations d’êtres matériels extraterrestres possèdent un œil sur le front. Il existe des géants cyclopes, ainsi que des êtres assez petits, cyclopes et chauves. La Nature a prévu ce type d’êtres humanoïdes. Nous avons la contrepartie d’un œil physique… absent.

Le chakra du troisième œil est donc une fonction latente. Cette petite digression explique pourquoi cet organe subtil permet aussi bien de voir (avec une vision forcément mentale puisque nous n’avons pas un œil matériel à cet emplacement), que de « percevoir » à distance, c’est-à-dire recevoir des informations qui ne passent pas nécessairement par la vue. C’est une double fonction : voir et capter à distance des données.

Mais c’est aussi une ouverture (un vortex est semblable à une porte ou un tunnel), c’est-à-dire un passage entre ce qui est dans notre habitacle physiologique et le dehors. Sauf que ce dehors n’est pas le monde matériel physique, mais un plan de conscience qui correspond à la réalité énergétique de ce chakra.

Les mystiques hindous des temps anciens savaient très bien cela. Mais cette connaissance a été oubliée (pas totalement) et dévaluée parce que la réalisation spirituelle est un objectif plus noble, plus ambitieux, plus ultime que de se balader dans d’autres plans de conscience. Cette dévaluation est constatée aussi bien dans l’hindouisme, que dans le bouddhisme. Cette dévaluation touche aussi toute connaissance à distance. Pourquoi ? Parce que les sages authentiques savent que l’égo est une structure factice qui peut s’illusionner d’existence en existence, de mondes en mondes. Pour faire une analogie, ce serait comme recevoir un abonnement gratuit illimité pour aller au cinéma et perdre, petit à petit, le sens de la réalité. Les authentiques sages veulent que les êtres se libèrent des illusions dans tous les mondes – plan physique inclus.

Nous venons de dépeindre un contexte derrière ce troisième œil. Il est en quelque sorte « magique » : il permet de voir, d’acquérir des connaissances à distance, et même de nous projeter dans des plans de conscience merveilleux, mais tel un labyrinthe, nous pouvons nous perdre dans l’infinie liberté que nous avons, puisque nous sommes des êtres spirituels avant d’être des êtres incarnés dans des corps subtils et un corps physique. Par la volonté de nombreux sages réalisés, ces connaissances mystiques ont été codées, rendues « hermétiques » et aussi secrètes car ils considèrent que cette liberté est potentiellement dangereuse. Prenons encore une analogie : si nous ouvrons les portes d’un immense magasin de jouets à un enfant, celui-ci pourrait s’y perdre et oublier sa mère, ne plus la retrouver, ne plus la rechercher. C’est, d’une certaine façon, la différence qu’il existe entre l’authentique magie (de l’esprit) et l’authentique spiritualité qui vise à la libération totale : vaincre toutes les illusions.

Que sont ces illusions si dangereuses ? Les anciens sages mystiques ont été divisés sur ce point (il nous reste des textes hindous qui en sont la preuve avec diverses écoles traditionnelles qui s’opposent) nourrissant un débat qui ressemble beaucoup à ce qui passe aujourd’hui avec ceux qui croient que notre monde matériel n’aurait que trois dimensions (ce qui est faux), et qu’un transit serait en cours avec un passage dans des dimensions supérieures au nombre de cinq. Ces croyants actuels pensent que notre monde physique est synonyme de dualité et qu’il serait mauvais en soi. Ils croient qu’un passage dans une Terre en 5D offrirait le Nirvana : il n’y aurait plus de dualité, chacun pourrait vivre une vraie Réalité sans illusion, sans la présence du mal. Or, le débat très ancien des Rishis (sages mystiques ou voyants hindous) était du même ordre : les mondes superposés et imbriqués qui existent en présence du plan physique seraient dangereux car ils seraient autant d’écrans entre notre individualité personnelle et notre essence divine éternelle. Les mondes seraient responsables du mal, tout comme ceux qui croient que nous vivons sur une Terre en 3D. Cependant, les autres Rishis leur opposaient un désaccord : le mal, l’ignorance, l’illusion n’est pas dans tous les mondes possibles et les plans d’existence… mais dans la façon d’appréhender les choses et la croyance en notre égo. Le mal ne serait plus dans le principe de la création, mais dans l’endormissement de la conscience : l’égo lui-même. Pour ceux qui connaissent l’allégorie de la caverne mise en scène par Platon dans son livre République (ch. VII) : le mal ne serait plus dans les ombres projetées sur les parois de la caverne qui sont confondues avec des hommes, mais dans le désir de vouloir rester enchaîné. Ces Rishis postulaient que « voir » n’équivaut pas nécessairement à se laisser prendre au piège de la vision. Voir un film ne suscite pas forcément d’oublier que l’on voit une fiction. De même, lorsque nous rêvons, il se peut que nous le sachions. Platon a créé une allégorie qui résume parfaitement notre affaire : l’homme vit enchaîné à ses illusions et il ne veut pas se défaire de ses chaînes – comme s’il ne voulait pas se réveiller – pour affronter la lumière éblouissante de la Vérité qui brille dans le monde supérieur de toute éternité.

Le troisième œil est au cœur de ce contexte car si ces connaissances ont été si jalousement cachées, c’est que les sages redoutent que nous nous perdions en cours de route, comme nous pouvons nous perdre sur ce plan physique. En effet, beaucoup se prennent terriblement au jeu dans ce monde, oublient totalement qu’ils sont des êtres éternels de lumière ayant une origine unique. En adoptant une tunique de peau, colorée, ils en viennent à créer des différences. La vue, d’une certaine façon, nous enchaîne dans « le voir » des formes, des apparences.

Résumons tout ceci : « voir pourrait être une façon d’aveugler notre esprit« . Pensons, par exemple, à voir des richesses. Aujourd’hui, sur Terre, ne voyons-nous pas toute l’horreur produite par ceux qui ne vivent que pour les milliards de leurs intérêts ? L’homme ne compte plus, la vie humaine ne compte plus, l’environnement, l’écologie, la planète ne comptent plus, seule la quête des milliards importe. Le mal, la corruption, la méchanceté, tout dérive de ce poison. Voir peut donc être lourd de conséquence quand il revient au final à oublier notre vraie nature spirituelle. L’homme en vient à se confondre avec ce qu’il voit, à commencer par son corps de chair. L’homme-machine, l’homme-neurones. Pour aller encore plus loin : « voir peut rendre fou« .

Cela devient un débat philosophique car s’il existe un « voir » qui nous affranchit comme avec ce coronavirus qui fait tomber beaucoup de masques et qui nous permet d’y voir plus clair sur le vrai visage de certains hommes et certaines institutions, il existe aussi un « voir » qui nous aveugle.

Revenons à notre troisième œil : faut-il alors vouloir le développer ? Sachant qu’il fonctionne chez chacun d’entre-nous, mais petitement puisque notre éducation matérialiste nous pousse à ne pas prêter attention à tout ce qui n’est pas tangible et démontré physiquement. Faut-il vouloir voir ? La question a son importance car si nous voyons le monde physique tel qu’il est réellement avec tout le mal, toute la corruption dont il est le support, nous pourrions ne pas le supporter. Nous pourrions nous dégoûter facilement d’une telle réalité. Comment faire ?

Eh bien, nous avons aussi d’autres chakras et nous ne devons pas isoler l’un d’entre eux sans comprendre qu’il existe un système harmonieux dans l’ensemble de ces chakras. Le chakra qui lui est supérieur, nommé en sanskrit « sahasrāra« , est le plus mystique qui soit : « le lotus au mille pétales » – 1000 étant une allégorie pour dire « pouvoir infini de l’esprit ». Avec ce chakra coronal, nous ne sommes plus dans le voir ou dans la vision, mais au-delà, avec la conscience synthétique des autres chakras et de notre pouvoir créateur. Quant au chakra du cœur, il est fondamental car il corrige l’égo de sa tendance à se centrer sur lui-même. Aimer, c’est prendre soin d’autrui, devenir altruiste. Mais c’est aussi une façon de partager de la joie, d’échanger, de faire rayonner de l’harmonie. On le comprend par exemple lorsqu’on aime un beau paysage.

Conclusion

Si c’est notre égo qui veut voir pour savoir, avec une volonté ferme, c’est à double tranchant. Ce que nous verrons sera une vérité, tout à fait relative. Or les vérités relatives sont illusoires. Et les illusions nous enchaînent. Les bouddhistes notamment ont beaucoup insisté sur la tragique souffrance de toute vie basée sur l’égo. Le coronavirus en est une illustration frappante : nous sommes nombreux à souffrir du délire de certains égos absolument malades d’eux-mêmes avec leur désir de pouvoir et d’argent. Nous pouvons voir les mensonges de façon encore plus éclatante avec le troisième œil. Mais à l’ère d’internet, nous avons aussi d’autres moyens de voir la vérité. Difficile de nos jours de se retrancher d’internet. Ce réseau est aussi une arme à double tranchant. Tous les petits secrets peuvent être trouvés, dévoilés au grand jour. Voir peut nous libérer. Mais voir peut aussi nous aveugler. Il y a donc besoin de développer l’éveil du cœur et de l’esprit. Plutôt que d’accepter un « passeport santé » qui permet la manipulation à distance comme des robots télécommandés, le passeport du cœur et de l’éveil spirituel est la libération de toute servitude. Aujourd’hui, nous pouvons transformer un monde cauchemardesque où l’homme est devenu négligeable selon la volonté de certains, en un monde plus éveillé et plus responsable. L’éveil du troisième œil pourrait être connecté au cœur et à l’esprit afin que nous ne soyons pas prisonniers de nos créations, mais des acteurs conscients de la nécessité de nos actions. Nous avons oublié notre potentiel créateur. Nous avons laissé les fous contrôler nos vies ou bien les menacer. Nous avons laissé faire car voir peut aussi signifier « être distrait ». Nous sommes distraits par nos rôles dans la société, nos passions, nos problèmes, nos loisirs, nos quêtes. Cette distraction sert les intérêts de certains. Il nous faudrait apprendre à mieux voir et cela commence déjà par regarder bien au-delà de son petit nombril. Voir au-delà de sa planète aussi, comme si elle était le centre de l’Univers. Voir au-delà des limites de nos carcans mentaux. L’éveil du troisième œil peut s’accompagner d’une nouvelle société à l’image de nos prises de conscience. Il faut parfois de douloureuses épreuves pour nous réveiller. Ainsi, un mal peut se transformer en quelque chose de bien. Notre faculté de création en a le pouvoir. Que souhaitons-nous voir ?