Sœur Angel, symbole de bravoure

Sœur Angel est née le 18 mars 1973 au Congo, à Katanga. Photo prise lors de la remise de son diplôme.

On aura beaucoup critiqué les religions parce qu’elles ont eu du sang sur les mains (inquisitions, colonialisations), ou ont trop longtemps protégé des pédophiles en leur sein, mais il ne faut pas oublier pour autant les actions humanitaires de certains religieux envers les plus démunis, les plus défavorisés, les plus pauvres et aussi envers les gens de couleur quand ils sont souvent victimes du racisme que l’on voit malheureusement ressurgir en ces temps de graves crises et de désorientations. Le Covid-19 s’ajoute à la liste des maux, notamment au Congo, pays natal de Sœur Angel, où une autre épidémie fait des ravages sur les enfants : la rougeole. Les chiffres connus au 01/04/2020 : 335 000 enfants contaminés, 6 300 décédés de la rougeole.

Sœur Angel, âgée de 47 ans, qui travaille en Lombardie en sa qualité de médecin, a de la compassion pour le Congo, où dit-elle, « les gens sont abandonnés« . Il ne faut pas oublier en effet que les disparités sont encore plus violentes, face à cette pandémie, dans certains pays.

Réputée en Italie pour être « tenace et déterminée« , elle est sans aucun doute un exemple de bravoure, à l’exemple de tous ceux qui sauvent des vies dans de nombreux pays sans penser à la leur en priorité, compte tenu du manque de protections (masques, lunettes, gants, blouses ou surblouses), car elle relate, au cours de son existence, avoir pratiqué des accouchements en pleine mer, soigné dans des canots pneumatiques, des hypothermies ou des brûlures graves causées par le mélange d’essence et d’eau de mer lors de la fuite des migrants entre 2016 et 2018.

Aujourd’hui, comme beaucoup de soignants, elle sa bat aux côtés des malades en se rendant à leur domicile, dans la province de Bergame. Cette province d’Italie a découvert l’arrivée du Covid-19, le 21 février 2020. Au jour du 30 mars, 8350 cas positifs au Covid-19 ont été dénombrés. Certains comparent cette province très industrialisée à un « Wuhan italien » car c’est la plus touchée avec au moins 2000 morts, chiffre sous-estimé selon le maire.

« Je n’ai pas peur d’être infectée, j’ai juste peur de ne pas pouvoir faire tout ce que j’ai à faire ».

Avec ces chiffres et cette réalité du terrain, on mesure mieux le courage de Sœur Angel qui est représentatif du travail considérable dans les villes les plus touchées du monde et du combat inégal que mènent au quotidien les soignants. De plus, elle a vu de nombreux collègues emportés par le Covid-19 (ils seraient au moins une centaine, en Italie), ce qui arrive forcément sans les protections indispensables dont ils devraient disposer. Inégal à ce titre car dans de nombreux pays dont la France, le personnel hospitalier n’a pas suffisamment de protection, sans parler du manque de moyens matériels qui caractérise l’univers hospitalier en général. Il faut bien admettre que dans plusieurs pays, les gouvernements ont délaissé ce secteur, surtout dans le domaine public. Rappelons-nous qu’en France, fin 2019, nos personnels soignants étaient dans la rue pour faire la grève, se plaignant du manque cruel de moyens. Certains internes en sont venus au suicide face au stress et à la misère d’une situation ne cessant de se dégrader. Et cette situation n’est pas récente, dure depuis de nombreuses années, sous plusieurs gouvernements, comme si cela était devenue une triste tradition, celle d’oublier les conditions de vie de nos parents, grand-parents, nos aînés. Nous payons aujourd’hui en nombre de morts cette erreur qui reflétait déjà un manque patent d’humanité.

Le coronavirus nous rappelle à une réalité du terrain et souhaitons-le, à établir plus d’humanité les uns envers les autres, dans le monde que nous voudrons reconstruire après cette terrible pandémie sur des bases plus saines.