Contamination par transmission féco-orale dans les toilettes publiques

Le Morning Post de South China, a publié une étude de lUniversité de Hong Kong qui doit nous alerter sur le danger propre aux toilettes publiques :

« Une chasse d’eau peut relâcher plus de 80 000 gouttelettes de résidus en suspension dans l’air pendant plusieurs heures si le couvercle reste levé ».

C’est la raison pour laquelle Quingyan Chen, professeur en ingénierie mécanique de l’Université de Purdue préconise de désinfecter entièrement la salle d’eau avec de l’alcool ou aux rayons des UV-C germicides entre deux utilisations… Mais est-ce vraiment réalisable ou réaliste pour les toilettes publiques ? Il recommande de rabattre la lunette des WC avant de tirer la chasse d’eau. Mais est-ce suffisant ? Évidemment que non. Le chercheur Alvin Lai déclare que « ce n’est pas suffisant en soi ».

En prévision du déconfinement prochain, il est très important de prendre conscience du danger des toilettes publiques qui seront très probablement contaminées et cela pour trois raisons :

  1. Les toilettes publiques ne sont pas équipées pour décontaminer le SARS-CoV-2 : il n’y a aucun système automatisé pour nettoyer à chaque passage la suspension aérosole dans de tels espaces confinés (par exemple, avec de l’eau mélangée avec un peu de Javel en le pulvérisant dans l’air ambiant), aucun système automatisé non plus pour nettoyer à chaque passage les zones touchées par les mains sur les murs et les portes où le coronavirus a été déposé, sachant qu’il a une survie sur les matériaux, ceci a été démontré par de nombreuses études scientifiques. Lorsque nous tirons la chasse d’eau, nous produisons la dispersion dans l’air de résidus d’urines ou de matière fécale. Selon l’APIC, (Association des professionnels de la lutte contre les infections et de l’épidémiologie), cela constitue une autre façon pour le virus de se répandre. Nous savons que le virus se déplace dans l’air ambiant car il a été retrouvé sur les grilles de ventilation dans la chambre des malades. La suspension aérosole ne concerne donc pas que la cuvette et la lunette des toilettes, mais tout l’espace ambiant. Le virus est très léger : il suit les courants aériens, les déplacements d’air.
  2. Les toilettes publiques reçoivent, par définition, des gens à une certaine fréquence. Or, en milieu confiné, le coronavirus survit jusqu’à trois heures en suspension aérosole. Un individu porteur du Covid-19 pourra donc contaminer les lieux pour les passages suivants.
  3. La plupart des usagers ne portent pas de gants, ils contaminent donc ce qu’ils touchent car le coronavirus se dépose sur les surfaces. N’oublions pas que les mains restent les sources les plus denses en virus et bactéries selon les études scientifiques, ce qui est logique puisque nous les utilisons sans cesse, sans même y penser.

Il est donc inévitable que dans les lieux publics, les toilettes, dès leur ouverture, soient rapidement contaminées en raison de ces trois points : la suspension aérosole, la fréquence des passages, l’absence de gants portés par les usagers. Or, le risque d’une contamination par le passage dans ces lieux est une réalité car plusieurs études scientifiques ont établi que le Covid-19 se transmettait aussi de cette façon. Mais cela n’est pas une surprise car c’était déjà une particularité du Sras :

« La transmission par voie fécale du Sras a contaminé des centaines de personnes dans un complexe résidentiel de Hong Kong en 2003« .

Au sujet du Sras, voici ce que déclarait l’OMS le lundi 5 mai 2013 :

« Le nouveau coronavirus peut survivre dans les selles et dans l’urine à température ambiante pendant au moins un ou deux jours« .

Quant au SRAS-CoV-2, certains médecins lancent l’alerte, comme par exemple, Laurent Lagrost, Directeur de recherche à̀ l’INSERM et Didier Payen, ancien chef du service d’anesthésie-réanimation de l’Hôpital Lariboisière à Paris, et déclarent :

« Chez les patients infectés, le SARS-CoV-2 a pu être retrouvé dans de nombreux fluides et excrétions biologiques (sécrétions de la bouche et du nez, sang, selles, urines…). Les possibilités et modalités de transmission sont donc multiples. Elles augmentent ainsi les incertitudes et compliquent les recommandations« .

Ainsi, les camionneurs dont on comprend fort bien le désagrément sur leurs itinéraires de découvrir que les WC dans les aires de repos soient fermés, prennent certainement moins de risques en faisant leurs besoins dans la nature où il n’y a pas de suspension aérosole, pas de passages antérieurs, qu’en allant dans des toilettes publiques non équipées pour décontaminer la suspension aérosole et les surfaces contaminées à chaque passage. En effet, à l’air libre, le risque n’est plus le même, l’atmosphère n’étant pas confinée et le virus étant sensible aux UV-C du soleil. Se laver les mains n’est pas suffisant. Respirer le coronavirus, qu’il pénètre par les yeux, le nez ou la bouche et nous sommes infectés !

Prenons aussi conscience que les surfaces infectées (murs et portes) correspondent à tout ce qui est à hauteur d’homme, c’est-à-dire, grosso modo, ce qui est à la hauteur de nos épaules (le rayon d’action de nos bras) – et dans certains lieux, ce qui est à hauteur d’enfants. Les zones touchées sont donc particulièrement celles où nous mettrons inconsciemment nos mains... Il n’y a donc pas que les poignées de porte qui sont dangereuses, mais toute surface à hauteur de nos épaules où les gens posent leurs mains. Nous pouvons constater ce phénomène, par exemple, en regardant les portes vitrées : nous verrons que les traces de mains sales sont effectivement à hauteur d’homme, dans le rayon d’action des épaules et des bras, et pratiquement absentes très bas ou très haut du plan vertical (sauf en raison du passage d’enfants pour les zones basses).

Le danger guette certainement tous ceux qui nettoient les toilettes publiques : ils doivent faire particulièrement attention car la concentration en SARS-CoV-2 joue aussi un rôle dans la puissance de l’infection. En raison de la suspension aérosole et des surfaces infectées, il leur faut un équipement étanche : lunettes, masques, gants – ceci est indispensable pendant l’opération. Nous mettons donc en garde tous ceux qui vont rouvrir les espaces publics et nettoyer ces lieux sensibles que sont les toilettes. Ceux qui décident de les fermer prendront une sage décision, même si cela ne plaira pas aux usagers qui ne sont pas encore conscients du danger encouru.

Dans un autre ordre d’idées, les ascenseurs sont également dangereux puisqu’il existe une suspension aérosole en milieu confiné et des surfaces touchées par les mains. Ainsi, après le déconfinement, il nous faudra être prudent sur ces lieux particulièrement à risques. Monter ou descendre des escaliers sera la solution la plus prudente pour ceux qui ne veulent pas risquer leur vie et leur santé. Essayons de voir les choses positivement : un peu de sport ne pourra pas que nous faire du bien après avoir été confiné pendant plusieurs semaines… à condition de ne pas toucher les murs et les portes. Pendant cette pandémie, chacun devra scrupuleusement être attentif à l’hygiène au quotidien.

Il ne faut pas écouter ceux qui interdisent les masques dans les diverses corporations, qui affirment qu’ils sont inutiles, ou qui prétendent qu’il est inutile de nettoyer les surfaces. Les chercheurs du centre national des maladies infectieuses de Singapour ont fait savoir par le Journal of the American Medical Association que le lavage du sol et des surfaces au dichloro-isocyanurate de sodium (nom scientifique du chlore ou bien eau de Javel) était efficace. Ceux qui interdisent le port des masques, dissuadent les autres d’en porter, préconisent de ne rien désinfecter, voudraient-ils confronter des malades sans aucune protection ? À l’heure où les preuves s’accumulent, notamment sur les malades en chambre qui contaminent tout leur espace de vie, il n’est plus temps d’écouter les irresponsables qui restent sous-informés, ou bien les désinvoltes. Des vies sont en jeu ! Et si l’on tient à sa vie, il vaut mieux être prudent, que pas assez.