Un nouvel éveil collectif ?

Pendant cette période de pandémie mondiale, le pire et le meilleur de ce dont l’espèce humaine est capable refont surface. Dans le pire, nous avons les actes et les paroles racistes comme s’il fallait toujours des boucs émissaires à désigner et à sacrifier pour exacerber nos plus bas instincts. Le pire, c’est aussi de constater les agissements de ceux que l’on pourrait nommer « les artisans de la mort », c’est-à-dire ceux qui travaillent contre la santé des gens sans prendre en compte les lois internationales sur l’environnement et les droits de l’homme, mais aussi contre la santé à l’échelle planétaire en sacrifiant l’écologie dans leur quête d’avidité pour des millions, voire des milliards d’intérêts en jeu. Le pire, c’est aussi, l’intelligence rusée qui transforme ses vices en vertus, justifier des actions criminelles en tentant de mettre en avant de pseudos avantages collectifs, bref, l’art de manipuler les esprits par des techniques très connues déjà utilisées par les sophistes de l’Antiquité grecque pour lesquels la fin justifie tous les moyens. Le pire, c’est aussi tous ceux qui sont irresponsables et qui, par leurs négligences, sacrifient la santé de leurs enfants et des générations futures. Le pire, ce n’est pas seulement le mal à l’œuvre, mais la paresse tant morale qu’intellectuelle qui laisse finalement le mal se propager par l’inaction.

Cependant, de la même façon qu’un verre à moitié vide est aussi à moitié plein, il ne faudrait pas « condamner l’espèce humaine » en raison de sa stupidité et de son esprit vile et servile. Il y a aussi de la noblesse dans le cœur de l’homme. Cette pandémie permet également de mettre en lumière de l’héroïsme, de la bravoure, du courage, toute une échelle qualitative difficile à quantifier où beaucoup donnent le meilleur d’eux-mêmes pour sauver des vies ou les préserver. Il s’agit là d’un héroïsme silencieux, civique, discret en quelque sorte car nous voyons bien qu’en ce moment, tout s’accélère. La pandémie, finalement, fait office de révélateur entre ceux qui travaillent au service de la mort par leur cupidité, et ceux qui œuvrent au service de la vie et qui s’élèvent dans la dignité morale et spirituelle. Quelle est la place de l’Amour universel dans ce panorama violemment contrasté ?

Dans les spiritualités faciles et factices, on enseigne que l’Amour universel est un amour aveugle… On aime tout le monde comme si tout le monde était pareil, sain dans ses pensées et ses actions. Mais cette façon d’aimer sans aucun discernement est la meilleure façon de s’illusionner soi-même et d’être franchement déçu, tôt ou tard. L’Amour universel doit pouvoir être pensé avec le libre arbitre car chacun a toujours le choix du bien et du mal, ainsi que de l’ignorance qui se situe au milieu. Le véritable Amour universel s’accompagne de discernement, d’intelligence et de la compréhension du libre arbitre. Le véritable Amour consiste à être conscient que l’homme peut faire le choix du mal, comme il peut aussi faire le mal sans l’avoir choisi, par sa seule ignorance. Ce n’est pas aimer avec un bandeau sur les yeux en imaginant que tout le monde est bienveillant. En réalité, chacun évolue compte tenu de ses pensées, son intelligence, ses expériences, ses choix. Il n’y a donc aucune uniformité entre nous tous. Aimer, c’est aussi comprendre en profondeur la différence évolutive de chacun. Ce qui revient à dire qu’aimer, c’est aussi une façon de faire bouger les consciences, de les amener à réfléchir afin que les ignorants cessent de faire du mal lorsqu’ils sont les artisans de la mort. Ce n’est pas une indifférence passive qui consiste à tout laisser faire comme si tout était parfait, tout le temps. L’indifférence passive revient à participer à l’illusion, à l’ignorance, et en définitive au mal. Si nous continuons à vouloir rester ignorants et indifférents, notre planète se détruira très rapidement et toute la vie dont elle est le réceptacle avec elle. Son écosystème est fragile et elle est de plus en plus menacée par la cupidité des plus riches qui utilisent leur argent pour corrompre et faire sauter toutes les sécurités pour la mise en place de leurs projets. Le coronavirus agit comme une pause dans nos existences pour réfléchir, voir, s’informer, comprendre.

En effet, auparavant, chacun vivait dans sa propre sphère de travail, à toute allure. Une sphère qui devient petit à petit une bulle. Artificielle car le monde ne cesse pas d’exister pour autant. Mais le Covid-19 fige l’image. Stop. Prenons le temps de comprendre l’époque charnière dans laquelle nous nous trouvons ici et maintenant.

D’un autre côté, voir le mal, le dénoncer, en devenir obsédé est corrosif car le mal est par essence destructeur, auto-destructeur. Les artisans du mal finissent mal. C’est le vrai sens de la notion de « karma » (mot sanskrit qui signifie « action » dans le sens d’action/réaction). Agir mal finit toujours mal. Le karma est un phénomène miroir car notre univers est bâti ainsi : tout est miroir à de nombreux niveaux. La sagesse de Thôt-Hermes enseignait que « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas » car d’une part, le cosmos n’a ni haut, ni bas, mais surtout, ce qui est vrai sur le plan physique est également vrai sur les autres plans d’existence : nous récoltons toujours ce que nous semons, tant en bien, qu’en mal. Nous récoltons le Covid-19 ? Fatalement, oui. Mais la liste pourrait être longue de ce que nous récoltons : les cancers, les maladies diverses, les sécheresses, la famine… Cette situation qui s’accélère n’est pas si « ésotérique » que cela à comprendre car beaucoup de scientifiques établissent les liens rationnels entre causes et effets.

La vraie spiritualité n’est pas éloignée de la science. Elles seront sûrement amenées à converger dans un proche avenir si nous nous montrons à la hauteur de l’épreuve actuelle. Elles auraient chacune à y gagner quelque chose. Il y aurait plus de fondement rationnel dans la spiritualité et il y aurait plus de valeurs humaines dans la science. Chacune corrigerait ainsi ses faiblesses.

Ainsi, si nous augmentons notre conscience, nous agirons pour de justes causes. Nous agirons. Nous ne resterons plus passifs. Alors, l’Amour universel peut avoir du sens car aimer, revient aussi à protéger !

Nous aimons notre planète ? Protégeons-là. Nous aimons nos enfants ? Protégeons-les. Un amour universel qui ne protège rien, qui préfère mettre la tête dans le sable comme l’autruche afin de ne pas voir la réalité telle qu’elle est, mais telle qu’elle est hallucinée, est une illusion produite par les fausses spiritualités. Si le mal n’a pas d’obstacle, pas de contre-pouvoir, aucun frein : il est comme ce Covid-19. Et nous savons maintenant, de source sûre, que tous ceux qui s’en moquent, ne veulent pas porter de masques certifiés conformes parce qu’ils seraient jugés inutiles, ne veulent pas respecter les mesures barrière qui sont encore loin des mesures scientifiques idéales, vivent en réalité dans le déni. Et le déni s’expose à des risques réels.

L’Amour universel qui repose sur le déni est ignorance. Or un ignorant est un illusionné par de fausses doctrines. Nous ne sommes pas meilleurs parce que nous le voulons au stade purement théorique ou idéal (il est toujours facile de flatter son égo), mais parce que nous agissons en ce sens. En réalité, l’Amour universel est aussi un combat : un combat contre la bêtise, l’ignorance, mais aussi le mal. Nous ne pouvons pas protéger nos enfants sans rien faire. Nous ne pouvons pas protéger notre planète sans rien faire. Le mal, lui, ne vit pas dans la paresse. Il met quantité de moyens en œuvre pour parvenir à ses fins. Il redouble sans cesse d’efforts pour corrompre les gens à différents niveaux de la société. Il s’acharne pour remplir ses objectifs. Il planifie, étape par étape. Pourquoi l’Amour universel serait-il une forme de lâcheté, de fuite et d’indifférence ? N’aimons-nous pas la beauté qui nous environne ? Voulons-nous perdre tout ce qui est beau parce que nous préférons notre confort paresseux à l’action ? De telles questions méritent d’être posées car le Covid-19 marque un temps d’arrêt. S’arrêter peut faire du bien pour réfléchir lucidement, faire le point. Le monde de demain nécessite de faire le point. Un mal peut se transformer en bien – et la perte de tous ces morts sacrifiés peut trouver du senssi nous agissons dotés d’un nouvel éveil, c’est-à-dire d’un plus profond sens des responsabilités. Une bonne action isolée, c’est déjà valeureux évidemment, mais de bonnes actions conjuguées à l’échelle d’un grand nombre peuvent changer en profondeur le monde de demain. Nous sommes incités à y réfléchir car cette pandémie, à l’échelle planétaire, est partie pour durer, selon les experts. Autant de temps que nous pouvons mettre à profit dans l’intérêt de chacun. L’Amour Universel, ce n’est donc pas une idéalité belle en soi qui doit rester dans la petite sphère privée. C’est un moteur qui doit pouvoir s’enclencher pour mettre en œuvre des actions concrètes. L’Amour universel met en œuvre la bienveillance, là où le mal, par aveuglement, détruit et favorise encore plus de destructions.

Enfin, il est vrai que l’Amour universel pacifie le cœur de chacun. Si nous agissons par amour et non pas par vengeance, nous éprouverons de la paix. Si c’est la vengeance qui nous gagne, non seulement nous commettrons des injustices, mais nous deviendrons, nous serons à l’image de ce que nous combattons. Si nous devenons ce que nous combattons, notre quête devient absurde, insensée. Le mal ne peut donc pas se combattre par le mal car de cette façon, le mal se voit dans un miroir. Seul l’Amour universel est véritablement supérieur au mal, déjà parce que la paix de l’esprit permet d’être calme et d’y voir plus clair. La colère embrouille le cœur et l’esprit. Elle soulève des passions, elle réveille des instincts. C’est une spirale infernale. L’Amour universel n’utilise pas le poison du mal pour combattre le mal. Ensuite, parce que l’Amour universel englobe plus d’éléments dans sa représentation des choses : tous, nous évoluons, tous, nous pouvons commettre des erreurs par aveuglement, ignorance, folles quêtes de réussites, etc. Les causes du mal peuvent être nombreuses. En restant bien ancré dans l’Amour universel, nous offrons une terre hospitalière à celui qui est sur le point de modifier son point de vue et ses erreurs. Tandis que combattre le mal par le mal produit un retranchement dans le cœur d’autrui car nous ne lui offrons rien de meilleur en face, rien de plus valeureux et désirable, en définitive. On ne peut sauver quelqu’un du mal, si nous lui montrons les mêmes erreurs de notre part. En outre, nous n’avons pas de réel éveil spirituel si nous agissons ainsi puisque le mal est toujours une illusion à court terme. Le moyen ou le long terme démontrent l’erreur commise. Ainsi, les valeurs morales du bien et du mal ne doivent pas être anéanties par un relativisme à l’infini comme le font beaucoup de philosophes sophistes (qui ne s’avoueront pas comme tels). Aimer, signifie aider, être bienveillant, agir en ce but dans le respect d’autrui. Quant au mal, il se détecte par sa nocivité, sa toxicité, sa létalité, sa perfidie du double discours en jouant sur les apparences désirables et bien sûr, les souffrances qu’il cause. Ce n’est pas en fait une joute intellectuelle car tous ces philosophes sophistes qui annulent le sens véritable de ces notions sont en fait très éloignés du terrain lorsqu’ils débattent de la sorte… Sauver une vie n’a plus rien du relativisme des notions. Préserver des êtres, préserver le vivant, protéger ce qui a de la valeur échappe à toute confusion intellectuelle. Quand une action est conduite par un cœur aimant, nous n’avons pas de dilemme intellectuel. Quand l’Amour devient universel, le mal n’existe plus en notre cœur puisque le mal est en définitive l’ignorance. Ceci démontre que la philosophie sophiste ne peut pas percevoir et trouver les vraies valeurs spirituelles parce qu’il n’y a pas de mise en pratique, pas de sagesse recherchée, pas de spiritualité en œuvre, uniquement des mots, des idées, des notions, tout un brouillard opacifiant sans réelle issue dialectique. Là encore, ne pas agir, en rester à une idéologie passive pour se donner raison, est une fuite face à la réalité du terrain. « Juger un arbre à ses fruits » est toujours une réponse valide car si un beau discours revient à commettre des atrocités dans les actes, il n’est plus possible d’adhérer au relativisme infini du bien et du mal. Ce relativisme est donc une illusion propre au discours – un jeu pour lequel les sophistes excellent, les experts en communication qui louent leurs services par exemple.

Il y a donc du travail à faire en cette période de pandémie et de confinement provisoires. D’une certaine façon, nous pouvons rompre avec le climat anxiogène ambiant en nous disant qu’il est rare dans l’histoire planétaire de nous retrouver tous au pied du mur pour opérer une modification radicale dans la construction de notre société. Il est rare de voir que beaucoup de masques hypocrites tombent, petit à petit et à différents niveaux. Il est rare de comprendre ce qu’il faudrait faire pour obtenir une société meilleure. Une telle opportunité est à saisir, dans l’éveil spirituel et dans l’action concrète, et non pas dans des discours qui conduisent à l’attente, à la passivité au nom d’une croyance magique. La vraie magie effective est celle de nos cœurs et de nos actions collectives. Nous donnons ainsi du sens à nos existences et à notre futur. Un éveil purement spirituel est encore virtuel, quand il est mis en acte, il s’accomplit enfin.