Vaincre la cécité dans la vision à distance et en spiritualité

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Beaucoup se heurtent à une vision trouble ou très partielle lorsqu’ils font des exercices de vision à distance. Le problème est qu’il ne suffit pas de vouloir avoir une vision claire et nette pour l’obtenir comme dans l’Astral, par exemple, où seules les fermes injonctions suffisent.

Comment s’y prendre concrètement ? Comme dans tout exercice de spiritualité authentique, il faut travailler en soi-même le lâcher-prise pour comprendre quel est cet état mental particulier. Lorsque nous avons une vision trouble, il faut prendre conscience que nous sommes très et donc trop focalisés sur la volonté de voir. C’est comme si l’esprit conscient était trop fort/trop éveillé et cela bloque la vision car c’est sans doute lié à un niveau de fréquences psychiques. Si notre état mental est « trop bas », il n’est pas aligné sur certaines réalités, pas totalement du moins. La vision trouble est un indice que l’esprit conscient est trop vif et trop bas. Il n’y a pas suffisamment de lâcher-prise.

Quelle attitude adopter ? On pourrait nommer l’état recherché « la vision de Bouddha », c’est-à-dire une vision totalement détachée comme « lointaine » (comme si l’on regardait un « arrière-plan ») qui considère que tout n’est qu’illusions ou apparences. C’est une vision qui ne cherche pas à voir, totalement détachée de son objet, mais paradoxalement qui est d’une grande efficacité car elle fonctionne très rapidement, même dans les états semi-conscients avec les images hypnagogiques. Tous les flashs deviennent très nets, immédiatement.

Il ne faut pas chercher à « ruser » car c’est la fréquence de nos ondes mentales qui fait l’adaptation recherchée. Il faut donc véritablement travailler le lâcher-prise et cette vision « de fond » ou lointaine qui n’attend rien. C’est l’authenticité de notre intention qui changera ce niveau de fréquences. C’est assez simple à comprendre : si nous voulons nous endormir et rêver, nous ne pourrons pas y parvenir en nous crispant dans notre état de conscience lucide et par la force de notre volonté. C’est exactement du même ordre : il faut entrer dans l’état d’esprit propice à ce qui est recherché.

On remarquera ainsi que le « lâcher-prise » enseigné dans diverses spiritualités est en fait une méthode pour rendre efficace de nombreux états mystiques. La vision trop recherchée, trop volontaire : ce n’est plus du lâcher-prise.

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Faisons une autre analogie : si nous marchons sur un fil en équilibre ou un pont avec un précipice visible dessous, il est évident qu’il faut regarder devant soi afin de bien se concentrer, et non pas regarder sous ses pieds, le vide déstabilisant. Cette vision très concentrée est une forme de confiance, de lâcher-prise.

C’est tout à fait comparable à la vision recherchée, « lointaine », qui est là sans être là, qui voit sans rechercher à voir. C’est éminemment paradoxal, ce qui justifie sans doute la spiritualité du Tao où les contraires parfois se jouxtent et se mélangent. Au cours des méditations, il arrive aussi que l’on perçoive très clairement les choses à 360 degrés alors que les yeux physiques sont clos. C’est aussi un paradoxe apparent (qui ne l’est pas vraiment puisque nous avons des sens propres à nos corps subtils).

N’oublions pas que dans ces spiritualités, il est enseigné que c’est justement parce que nous renonçons à tout, que nous obtenons tout. C’est du même ordre. Là aussi, c’est logique : ne pas renoncer, c’est renforcer son égo et l’égo est une structure retranchée du Tout. Renoncer, c’est transcender son égo, et de ce fait, on augmente en conséquence le champ de perception. L’égo serait comme un zoom. Il n’est pas possible en mode « zoom » d’obtenir une large focale.

La vision de l’égo qui veut voir, c’est le « mode zoom ». Elle n’est pas propice à une large vision. Le lâcher-prise, le renoncement, revient à « débrayer le zoom », à pouvoir modifier la focale. Ce sont des analogies mais elles peuvent permettre de bien comprendre ce processus de façon rationnelle.

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Pour voir aisément les auras, c’est aussi de cette façon que cela fonctionne, ce qui prouve l’efficacité du procédé. Si une vision très attentive permet de percevoir la couche première purement éthérique (blanche et lumineuse) autour du corps physique, pour basculer sur les autres couches de l’aura qui sont colorées, il faut adopter une vision globale très relaxée, presque « en mode trouble » et qui ne cherche plus à voir. Cela va d’ailleurs de pair avec la bienveillance envers autrui car ce sentiment permet de ne plus se crisper par la volonté du seul égo.

L’égo agit tel un filtre. Par définition, il a des œillères. Il ne voit qu’une petite partie de la réalité sur laquelle il se fige et adhère pleinement. Il y aura donc des limitations inhérentes à l’égo et cela est vrai même lors des expériences hors du corps physique.

Ne confondons pas l’égo et l’être car beaucoup font des amalgames et justifient ainsi un retour volontaire à l’égo. L’égo est une identification à la personnalité présente (en grec, le mot racine persona était le masque des comédiens). L’égo est une façade, un habit utilisé provisoirement, ce n’est pas notre âme profonde, notre essence spirituelle. Il est tout à fait possible d’exister pleinement sans s’identifier à son corps de chair et à la personnalité actuelle provisoire. Donc, il est possible de vivre normalement sans la crispation qui consiste à tout ramener à son petit égo. Ainsi, voir clairement durant des états modifiés de conscience est possible, même si l’égo est mis de côté. On pourrait dire que l’égo est un « soi étanche » qui se retranche du Tout. C’est un mode d’être. Il en existe d’autres. On peut exister en mode « perméable », ouvert où l’on se différencie moins des autres par empathie, par exemple. Lorsque Jésus enseigne « aime ton prochain comme toi-même », c’est qu’il a su, par ses expériences, qu’il n’était pas différent des autres, par son essence purement spirituelle. C’est d’ailleurs la preuve qu’il n’était pas verrouillé dans son égo sans quoi il n’aurait jamais pu avoir une pensée semblable. Il n’y a plus de frontière bien nette, bien délimitée entre soi et autrui quand l’égo et son masque, sa persona est affranchi. Les mystiques comparent souvent la goutte d’eau avec l’océan car, bien sûr, ce sont deux états différents quantitativement, mais pas du tout qualitativement. On n’est pas autrui puisqu’on a toujours notre propre essence individuelle, néanmoins, l’osmose est possible, la goutte d’eau peut rejoindre l’océan. Autrement dit, « faire Un » dans le Tout est une expérience possible. Mais pour cela, il faut faire tomber les murs, les carapaces, les constructions défensives de l’égo. Plus fort est l’égo, plus pauvre sera le résultat spirituel. Et c’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi nous avons tant de supercheries en spiritualité et dans les domaines connexes, car les gens y voient un terrain pour « faire des affaires », ils sont prêts à vous vendre n’importe quoi et tôt ou tard, on comprend qu’il y a une bataille d’égos dans leurs intérêts personnels. Ils profitent bien sûr de la naïveté, de la crédulité des ignorants. D’où la nécessité de s’éveiller soi-même, de pratiquer, d’ouvrir son champ d’horizon pour ne pas tomber dans tous les pièges de notre époque.

Cécité intérieure et marchands de rêves

L’authentique spiritualité a toujours été « minée » par de fausses croyances. La cécité concerne aussi la difficulté de trier le bon grain de l’ivraie. Une authentique spiritualité est basée sur la nécessité de la remise en cause personnelle, la transcendance de l’égo, l’apprentissage des valeurs éthiques et morales (respect de la nature, d’autrui, conformité des pensées aux paroles et aux actions, honnêteté, bienveillance, etc.) afin de se transformer soi-même et de ne plus adhérer aux illusions qui divisent. En revanche, les fausses spiritualités induisent subrepticement la passivité en enseignant l’attente nécessaire. Elles enseignent donc de fausses croyances pour justifier cette attente : ainsi l’individu ne change pas puisque tout va se faire indépendamment de lui. Ce sont donc des spiritualités qui s’achètent au sens métaphorique (les croyances à adopter) et au sens littéral (stages, formations, livres, webinaires…). On vend un accès en quelque sorte, un accès au paradis comme au temps des « indulgences« . Et pendant qu’on attend, on reste ce que l’on est, avec les mêmes illusions, les mêmes erreurs, si ce ne sont des déceptions de plus en plus fréquentes.

« Voir clair » signifie aussi ne plus se faire piéger. Or, on sait que très souvent, on se fait avoir parce qu’on voulait y croire… C’est notre propre envie de croire qui fabrique notre cécité intérieure. On les nomme pour cette raison, des « marchands de rêves ». L’expression est heureuse car elle est juste. On vous vend un rêve qui est le vôtre : votre envie d’y croire. Si nous avons un réel lâcher-prise, un détachement pour toute apparence – et mieux encore, que nous savons qu’il existe des illusions -, il n’y aura plus de cécité personnelle : une envie de croire. Alors les discours mensongers tomberont facilement parce qu’ils ont toujours en leur sein de nombreuses incohérences. N’oublions pas que ce qui est vrai est toujours vérifiable. La science est d’ailleurs basée sur l’expérimentation. Si l’on vous vend quelque chose à venir, de non visible, de jamais là, c’est qu’il y a tromperie (comme 2012 et les artisans de l’apocalypse qui ont été nombreux avec l’aspect commercial pris en compte). En ce moment, je constate que beaucoup produisent des inventions parce qu’ils y croient eux-mêmes. Il est plus difficile de démasquer des charlatans lorsqu’ils sont de bonne foi d’une certaine manière puisqu’ils se leurrent eux-mêmes par leur imagination. Il n’y a plus tous les signaux mensongers connus dans les théories comportementalistes (PNL, mentalisme, etc.). On entre donc dans le domaine des auto-illusions ou chimères personnelles. Il faut savoir que même dans l’Astral (et je dirai même surtout dans l’Astral), nous sommes dans des plans d’auto-créations. Ce n’est ni bien, ni mal en soi, de la même façon qu’il est absurde de juger une œuvre d’art d’un point de vue moral. Mais les auto-illusions sont des formes de prisons mentales. Vous savez sûrement que des défunts hantent des lieux mais pourquoi le font-ils ? Pourquoi sont-ils attachés au passé ? Parce qu’ils vivent dans une prison mentale qu’ils peuvent faire durer des siècles ou des millénaires – le temps étant très généreux dans l’Astral surtout s’il relève aussi d’une illusion. La cécité peut donc jouer aussi à ce niveau : ne pensons pas qu’elle n’existe que sur Terre. On pourrait ici parler de « cécité spirituelle ».

L’ennui avec les « vendeurs de rêve », c’est qu’en définitive, ils découragent les gens comme si toute magie était forcément fausse, « trop belle pour être vraie ». Ils masquent ce qu’est une authentique spiritualité qui ne s’ancre pas dans des chimères, des promesses invérifiables. La vraie magie existe néanmoins, mais sans des atours de séduction de premier plan. C’est la fausse magie qui a besoin de rêves, de spectaculaire, de séduire de nouveaux partisans. D’ailleurs, on remarquera que les authentiques spiritualités ont toujours combattu la fausse magie, celle des trucs, des tours de passe-passe qui égarent les gens, produisent en eux de la confusion.

Tester notre éveil véritable

Vaincre la cécité n’est donc pas qu’une question de point de vue, de mise au point très technique. On peut même dire que c’est l’une des portes d’accès à l’authentique spiritualité. D’un autre côté, les charlatans peuvent être considérés comme des tests sur notre route d’évolution spirituelle : nous pouvons ainsi vérifier si nous nous laissons facilement piéger ou si nous avons compris les dissonances, les incohérences de leurs rêveries. Si nous nous sommes peu abusés, c’est que notre taux de croyances est faible : le lâcher-prise, le détachement est alors vérifié. Si nous ne sommes pas du tout entrés dans leurs rêveries, c’est que nous sommes déjà réalisés. En revanche, si nous sommes dupés et que nous nous en apercevons que tard, il faudra comprendre que nous sommes encore des clients pour les systèmes de croyances et que d’autres tests seront nécessaires pour apprendre à nous en défaire.

Si nous considérons ainsi les choses, nous comprenons que les mensonges, les charlatans participent à notre éveil : ils nous permettent de vérifier là où nous en sommes exactement. Car du fait de l’égo, tout le monde a tendance à se croire très éveillé, à être « un spécialiste » sur tout un tas de sujets… Mais les artisans du rêve regorgent d’imagination pour nous illusionner… et nous tester en définitive. Cela permet ainsi de pacifier notre rapport à l’ombre – surtout, comme nous l’avons souligné, qu’aujourd’hui beaucoup de mensonges sont diffusés par des rêveurs, des auto-rêveries. Ils sont les premiers dupés. Sur le plan psychologique, ils dégagent de ce fait une certaine authenticité. Ils peuvent duper plus efficacement ceux qui sont sensibles à l’apparence, à l’accent de sincérité. Comprendre qu’on peut diffuser des mensonges, y croire, tout en étant sincère, cela permet de relativiser notre rapport au mal, à l’ombre, à l’égarement.

L’éveil spirituel authentique n’est donc pas dans un discours ou un système de croyance. Comme dans « le livre de Job » biblique, Satan teste les âmes, vérifie leur fond intérieur, leur valeur réelle. Ce Shatan en question signifie « obstacle » : ce n’est pas l’antithèse de Dieu puisqu’il travaille pour lui. Nous ne sommes plus dans une perception manichéenne des choses avec le Bien opposé au Mal, mais plus dans une perception taoïste où les extrêmes sont combinés et inséparables. Comprendre cela est aussi une victoire de l’éveil véritable.

Vaincre la cécité revient par conséquent à clarifier ses propres zones d’ombre, à mettre fin à ses propres croyances.